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samedi 23 janvier 2016

Les professeurs du Lycée Jean Moulin de Béziers s'adressent à R. Ménard

Le CVUH, alerté par les professeurs du lycée Jean Moulin de Béziers, relaie l'adresse publique  suivie d'une pétition qu'ils ont  faite à Robert Ménard, maire de la ville, pour protester contre les instrumentalisations réitérées de la mémoire de cette figure de la résistance. Voici leur appel. Le lien vers la pétition se trouve en bas de l'article.


Les vœux des citoyens-professeurs d’histoire et d’enseignement moral & civique, enseignant ou ayant enseigné au lycée Jean-Moulin de Béziers
à
Monsieur Robert MÉNARD,
Maire de Béziers
Monsieur le Maire,


En ce début de 2016, permettez-nous, tout d’abord, de vous adresser nos vœux de bonne année. Par votre intermédiaire, nous les souhaitons aussi à tous les Biterrois.
Professeurs d’histoire-géographie et d’éducation civique, nous constatons depuis bientôt deux ans au travers des publications
du bulletin municipal ou des interventions médiatiques du premier édile de notre cité, un « certain » intérêt pour l’Histoire et le patrimoine.
En tant que professeurs et pédagogues, nous devrions nous en féliciter.
Hélas, l’instrumentalisation et le retricotage de l’Histoire à des fins strictement polémiques confinent désormais à une orientation idéologique telle qu’il nous a paru relever de notre devoir de citoyens d’exprimer publiquement notre désaccord. Précisément parce que nous sommes des professeurs profondément attachés à la rigueur de la démarche historique.
Alors, en ce début d’année 2016, permettez-nous, Monsieur le Maire, au nom de l’ensemble [1] des professeurs d’histoire-géographie du lycée Jean Moulin, de vous adresser les trois vœux qui suivent en forme de requêtes.
Le premier vœu sera celui de l’apaisement et de la sérénité.
Parce qu’« ici, c’est Béziers » et que la situation nationale est déjà suffisamment tragique, les Biterrois ont, plus que jamais, un besoin impérieux de concorde et de confiance en l’avenir. Aussi, débaptiser un nom de rue pour rouvrir des plaies et raviver de vieilles rancœurs en faisant de Béziers la vitrine de la réhabilitation de l’OAS ou créer un raccourci historique inapproprié en référence implicite à la crise des migrants « Quand les Barbares envahissaient l’empire romain [2] » ne nous paraît pas concourir à l’établissement d’un climat serein au cœur de notre cité.
De la même manière, ressusciter d’entre les morts les poilus biterrois dans un mauvais tour de spiritisme lors de la traditionnelle commémoration du 11 novembre et leur prêter une interrogation sur ce qu’ils diraient « en voyant certaines rues de nos communes où le Français doit baisser la tête ? » [3] nous paraît relever d’une utilisation pour le moins abusive et peut-être indécente de l’Histoire.
Parce qu’« Ici, c’est Béziers », ville méditerranéenne de tradition républicaine pétrie de tolérance, le deuxième vœu sera celui du rassemblement et de l’unité : rassembler plutôt que diviser.
Ainsi, tenons-nous à rappeler, Monsieur le Maire, que l’organisation de manifestations religieuses dans un espace semi-public ne s’inscrit pas dans la tradition laïque garante de cohésion sociale et protectrice des libertés. Nous savons que Mairie et École sont deux piliers fondateurs de notre République laïque ; en ce qui nous concerne, nous sommes scrupuleusement attachés au respect des obligations de réserve et de neutralité qui nous incombent sur notre lieu de travail et dans notre enseignement.
De même, se réclamer de Charles Martel - « Je veux retrouver notre France […], celle de Charles Martel » - [4], ne peut, selon nous, contribuer à renforcer l’unité des Biterrois.
Au sujet de cette dernière et bien malheureuse référence historique , il convient de rappeler qu’en son temps, ledit Charles Martel fut le plus grand spoliateur de l’Église et surtout le bourreau de notre cité qu’il mit à sac, pilla et incendia en 737 . [5]
Enfin, le troisième et dernier vœu sera pour nous le plus cher :
celui du respect de la mémoire.
Parce qu’« ici, c’est Béziers », nous devons paix, respect et déférence à la mémoire de Jean Moulin, enfant de Béziers
et unificateur de la Résistance française.
« Trop souvent, ceux qui nous attaquent se dissimulent derrière la figure de Jean MOULIN. Ces gens-là sont des faussaires » twittait le premier magistrat le 9 décembre dernier, mettant en garde ceux qui voudraient récupérer l’héritage du plus célèbre des Biterrois.
Mais quelques heures plus tard, le même jour, le premier édile poursuivait dans un autre tweet : « Dimanche, au nom de Jean MOULIN, au nom de la République, nous ferons barrage à la gauche ». [6]
Nous rappellerons, Monsieur le Maire, qu’en son temps, Jean Moulin - dont le père était professeur d’histoire à Béziers -
avait fait le choix lucide et courageux de ne pas se soumettre à une idéologie reposant sur l’exclusion, la division et la fascination malsaine pour un passé idéalisé. Homme de tolérance et de conviction, il avait su rassembler autour de lui et du général de Gaulle, les résistants de toutes obédiences et de toutes origines, refusant de transiger avec le régime collaborateur de Vichy, dictature antisémite, xénophobe, régime d’ordre et d’exclusion aux antipodes de la République et de ses valeurs.
Nous n’avons pas la prétention d’être les dépositaires de la mémoire de Jean MOULIN. Mais nous savons que si son cénotaphe se trouve au Panthéon, c’est parce qu’il était le visage de la France républicaine.
Alors, Monsieur le Maire, de grâce, précisément parce qu’ « ici, c’est Béziers », les citoyens que nous sommes, professeurs
d’histoire-géographie du lycée de votre ville qui porte cet illustre nom, font le vœu, à l’orée de cette année 2016, que vous cessiez de « torturer » la mémoire de Jean MOULIN et que vous laissiez ses mânes reposer définitivement en paix.
Recevez, Monsieur le Maire, nos meilleures salutations.






[1] Citoyens-professeurs du LPO auxquels se sont joints d’anciens citoyens-professeurs d’histoire-géographie ayant enseigné au lycée Jean-Moulin de Béziers.
[2] Tweet de R. MENARD du 23/11/2015 recommandant l’article du Figaro-Histoire.
[3] Extrait du discours de M. le Maire lors de la commémoration du 11 novembre 2015 : « Ceux qui sont morts
pour sauver la France de la victoire allemande, que diraient-ils en voyant certaines rues de nos communes
où le Français doit baisser la tête ? »
[4] Extrait du discours de R. MENARD lors du meeting de Marion MARECHAL-LE PEN, à Toulon, le 1er décembre 2015. Nous faisons le vœu, Monsieur le Maire, qu’au regard du triste sort de Béziers en 737, vous cherchiez encore longtemps « la France de Charles Martel ».
[5] Henri JULIA, Histoire de Béziers, Paris, MAILLET, 1845, page 22, reprint Éditions de la Tour Gile, Péronnas, 1997
et dom Claude DEVIC et dom Joseph VAISSETTE, Histoire Générale du Languedoc, Tome 1, édition accompagnée de dissertations & notes nouvelles, Toulouse, Édouard PRIVAT, 1872, page 807.
[6] Tweet du 9/12/2015 lors du second tour des élections régionales.

lundi 27 octobre 2014

Thiaroye 1er décembre 1944 : pour que cesse le silence.

Le CVUH relaie et soutient cette initiative citoyenne et la pétition qui l'accompagne pour la reconnaissance du massacre de Thiaroye par la France. L'adresse mail qui permet de rejoindre la liste des signataires se trouve au bas du texte produit ci-dessous.


Fresque murale à Dakar.


LA FRANCE DOIT RECONNAITRE OFFICIELLEMENT LE MASSACRE DES TIRAILLEURS SENEGALAIS DE THIAROYE SURVENU LE 1ER DECEMBRE 1944 APRES QUATRE ANS DE CAPTIVITÉ. 

LA GARDE DES SCEAUX, MINISTRE DE LA JUSTICE DOIT SAISIR LA COUR DE CASSATION DANS LE BUT DE REHABILITER CES SOLDATS DE L’ARMEE FRANCAISE, INJUSTEMENT CONDAMNES.

A l'occasion du 70ème anniversaire du massacre de Thiaroye, et en marge du sommet de la Francophonie, le Président de la République François Hollande, suivant sa promesse faite dans son discours du 12 octobre 2012 à Dakar, va faire remettre aux autorités Sénégalaises, la totalité des archives que possède la France. 

A notre connaissance, seules les archives numérisées du Service historique de la Défense sont concernées par ce transfert. La restitution des Archives nationales de l'Outre-mer (ANOM) et celle du dépôt central d'archives militaires de la justice n'est pas programmée, alors même que ce sont ces documents qui permettent de comprendre ce qui s'est réellement passé à Thiaroye. 

Nous saluons le geste du Président Hollande qui honore la France, et qui, sans aucun doute, constitue un pas vers la sortie de l’obscurité que la censure, la confusion et le silence avaient organisée autour de ce massacre. 

Nous encourageons le Président Hollande à aller plus loin dans sa démarche en étendant la numérisation et le transfert vers le Sénégal de la totalité des archives nationales de l’Outre mer et des archives militaires de la justice. 

Nous demandons au Président Hollande de mettre un terme à la fuite en avant de l’Etat français et de la classe politique, et de faire tout ce qui est en son pouvoir pour en finir avec le mensonge sur le massacre par l’armée française de ses propres soldats à Thiaroye, ainsi qu'avec les manœuvres de la hiérarchie militaire locale pour couvrir leur forfaiture. 

Le ministère de la Guerre a couvert au-delà de toutes raisons la spoliation de ses soldats dont les reliquats de soldes à percevoir à leur arrivée à Dakar n'ont jamais été payés. Dans la mesure où ces sommes n’ont pas été versées à leurs bénéficiaires, on peut légitimement se demander pourquoi le Ministère de la guerre a couvert cette spoliation. 

Des preuves ont été fabriquées pour camoufler le forfait de la hiérarchie militaire locale, et des histoires montées de toute pièce pour salir la mémoire de ces tirailleurs, de ces soldats, afin de justifier et légitimer a posteriori la force déployée pour les anéantir ! 

L'histoire de Thiaroye a aujourd'hui beaucoup progressé grâce aux travaux d'historiens notamment Africains, nord-Américains et Français. En France, principalement grâce au patient travail mené par Armelle Mabon dans les archives. 

Nous savons donc maintenant que les rapports officiels se sont avérés mensongers, que certaines informations ont été falsifiées pour faire condamner des innocents sur la base d'informations tronquées et fallacieuses. Il n'y a pas eu de rébellion armée et la première 1 désobéissance est le fait de ceux qui n'ont pas appliqué la réglementation en vigueur concernant le paiement des soldes de captivité. 

Ces recherches historiques ont permis de faire naître un doute sérieux sur la culpabilité des soldats africains du camp de Thiaroye. Bien qu'amnistiés par les lois de 1946 et 1947, les condamnés demeurent coupables, devant l'histoire, d'un crime qu'ils n'ont pas commis. 

Les faits aujourd'hui incontestables. 

Le 1er décembre 1944, dans la caserne de Thiaroye au Sénégal, l'armée tire avec des automitrailleuses sur des Tirailleurs Sénégalais, ex-prisonniers de guerre sans défense, revenus de France après quatre longues années de captivité dans des frontstalags. Le bilan officiel est de 35 morts et 35 blessés. Mais, à ce jour, le bilan véritable est impossible à déterminer. Le 5 mars 1945, 34 ex-prisonniers de guerre, considérés comme les meneurs de la « mutinerie », sont condamnés à des peines allant de 1 à 10 ans de prison, avec pour certains, une dégradation militaire et une interdiction de séjour. Les chefs d'inculpation de l'acte d'accusation vont de la provocation de militaires à la désobéissance, en passant par la rébellion commise par des militaires armés. 

Des droits spoliés. 

Ces hommes qui s'étaient battus pour la France, ont réclamé le paiement de leurs soldes de captivité que les autorités militaires de Dakar avaient refusé de leur verser, enfreignant ainsi la réglementation en vigueur. 
Cette spoliation fut couverte par le ministère de la Guerre qui a fait croire, par une circulaire datée du 4 décembre 1944 -donc postérieure au massacre-, que les rapatriés avaient perçu la totalité de leur solde avant leur embarquement en métropole. 

Un massacre prémédité puis camouflé.

Dans le but de faire taire les légitimes revendications de ces hommes, une opération des forces armées destinée à écraser/réduire les rebelles a été montée. Pour camoufler le massacre, certains officiers ont produit des rapports à charge, et ont fabriqué de toute pièce l'histoire officielle d'une mutinerie. Dans ces rapports, les ex-prisonniers de guerre sont décrits comme étant à la solde des Allemands et lourdement armés. Afin de justifier la lourde riposte, ils sont accusés d'avoir tiré les premiers. 

Des histoires inventées pour salir la mémoire de ces soldats et légitimer «l’exécution de vulgaires brebis galeuses» qui avaient dépouillé les soldats ennemis morts… 

En aucun cas le change des marks allemands ne fut l’objet du conflit pas plus, d’ailleurs que le change entre les francs français et les billets de l'AOF. 

Le travail des historiens a permis de rétablir ces soldats dans leur honneur. 

Ces soldats étaient d'anciens prisonniers de guerre, tous détenus en France. Dans certains camps de travail, des officiers des troupes coloniales ou des fonctionnaires civils ont remplacé des sentinelles allemandes à la demande de l'occupant acceptée par le gouvernement de Vichy. 

Certains captifs ont réussi à s'échapper des camps et ont combattu dans la résistance.

Malgré toute cette connaissance péniblement accumulée, quelques historiens continuent 2 de salir l'honneur de ces Tirailleurs en renforçant l'histoire officielle… 

Il est à craindre que le colloque qui se tiendra à Dakar les 19 et 20 novembre 2014 à quelques kilomètres seulement de Thiaroye, sous l'égide des autorités françaises et sénégalaises, et en partenariat avec l'armée sénégalaise, s'inscrive dans cette histoire falsifiée. Soixante-dix ans après le massacre de Thiaroye, ce colloque entend passer l'événement sous silence. Le programme annoncé semble vouloir mettre l'histoire au service du discours officiel. 

Afin que la mémoire des victimes de Thiaroye soit respectée, nous demandons au Président de la République de reconnaître au préalable la spoliation et le massacre.

Nous demandons que la garde des Sceaux ministre de la Justice saisisse la Commission de révision de la cour de Cassation pour que la dignité et l'honneur des condamnés soient restaurés. 


Pour signer cette pétition nous remercions d’envoyer un mail de signature :    

A l’adresse mail suivante : rehabilitation.tirailleurs@gmail.com  

Avec votre prénom, nom, ville et pays de résidence et la fonction sociale que vous souhaitez mettre en avant.   

A cette même adresse, vous pouvez également envoyer vos textes de contribution à la présente campagne.  



*********

En complément et pour information : 

De Thiaroye, on aperçoit l’île de Gorée. Histoire, anthropologie et mémoire d’un massacre colonial au Sénégal.

 Soutenance de thèse de Martin Mourre 

Cotutelle, directeurs de thèse : Elikia M’Bokolo et Bob White Le 18 novembre 2014, à 10h30, site Raspail 

mercredi 12 février 2014

Des stéréotypes bon chic bon genre ? Non à la manipulation des sciences sociales

Tribune publiée dans Le Monde, 12 février 2014
Depuis plusieurs semaines se multiplient les propos et les rumeurs les plus invraisemblables sur ce que d’aucuns nomment la « théorie du genre ». Même le Ministre de l’Education Nationale se croit obligé de dire qu’elle n’est pas enseignée dans les écoles !
Mais comment le serait-elle puisqu’elle n’existe pas ?! Rappelons ici quelques vérités toute simples qui semblent pourtant avoir déserté le débat public à force de discours mensongers.
La notion de genre remet en question des stéréotypes liés aux différences biologiques, qui ne sont aucunement niées. La question n’est pas de faire comme s’il n’y avait pas de différence physique entre un garçon et une fille (sexe biologique) ; la question est de savoir en revanche comment cette différence biologique sert d’argument pour légitimer des inégalités (sexe social) de tous ordres au détriment des femmes.
Les études sur le genre s’appuient sur un corpus de travaux empiriques validés au sein de communautés scientifiques internationales dont la rigueur et l’autonomie intellectuelles sont  reconnues ; elles ont notamment montré que cette différence biologique sert dans nos sociétés, y compris prétendument développées et éclairées, de justification magique à un certain nombre de discriminations : les femmes participent moins à la vie publique ou politique, elles bénéficient d’une moindre reconnaissance professionnelle dans les déroulements des carrières, elles touchent des salaires inférieurs pour le même travail, elles accomplissent la plus grande part des tâches domestiques (cuisine, ménage, courses, soins aux enfants ou aux personnes âgées).…Leurs choix de métiers sont plus contraints et restreints que ceux des hommes, elles ont des libertés de choix en matière amoureuse ou sexuelle diminuées voire niées…
Les études sur le genre ont  donc permis de comprendre et de lutter contre les stéréotypes associés aux différences entre les sexes et leurs effets dévastateurs aussi bien pour l’épanouissement des filles que des garçons. Afficher fièrement comme certains : « Touche pas à mon stéréotype ! » c’est revendiquer un droit à la bêtise, à la paresse intellectuelle et aux conceptions les plus rétrogrades et conservatrices qu’elles autorisent !
Dans la tradition intellectuelle des Lumières, les sciences humaines et sociales – et parmi elles les études sur le genre qui associent des sociologues, des politistes, des historiens, des juristes, des ethnologues… – contribuent par leurs analyses et leurs travaux à démonter les mécanismes des inégalités sociales et contribuent ainsi au progrès social. Nous ne pouvons donc que condamner les invocations fallacieuses à des fins politiques rétrogrades, sexistes et racistes de prétendues théories sociologiques qui n’ont jamais eu cours dans nos domaines scientifiques. Car, redisons-le : “la théorie du genre n’existe pas”.
Malheureusement dans la période de crise et de désespérance sociale que nous connaissons, ce discours manipulatoire trouve un certain écho même dans les familles qui sont victimes au quotidien de ces inégalités. Il est du devoir des éducateurs, – enseignant.e.s et familles – de condamner ces discours aussi mensongers que dangereux.
Les membres signataires de ce collectif sont Laurent Colantonio ( Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire) ; Laurence De Cock (collectif Aggiornamento histoire-géographie) ; Didier Demazière (Association française de sociologie) ; Julien Fretel  (Association des enseignants et chercheurs en science politique) ; Marjorie Galy (Association des professeurs de sciences économiques et sociales) ;Françoise Lafaye  (Association française d’ethnologie et d’anthropologie) ; Margaret Maruani  (Réseau de recherche international et pluridisciplinaire « Marché du travail et genre » )Nonna Mayer (Association française de science politique)  ; Julien O’Miel (Association nationale des candidats aux métiers de la science politique) ; André Orléan (Association française d’économie politique) ; Laurent Willemez  (Association des sociologues enseignants du supérieur).

Merci, si vous le voulez bien, de signer et faire signer massivement cette pétition qui constitue la reprise de l’Appel de Strasbourg pour la défense des études sur le genre et contre la campagne de désinformation menée par les milieux d’extrême-droite :
http://www.petitionpublique.fr/?pi=P2014N45876


dimanche 23 octobre 2011

Soutien à J.-P. Chrétien et J.-F. Dupaquier.


Deux spécialistes reconnus de l’histoire rwandaise, Jean-Pierre Chrétien, historien, directeur de recherches émérite au CNRS, et Jean-François Dupaquier, journaliste et écrivain, auteurs de Rwanda. Les médias du génocide (1995) et de Burundi 1972. Au bord des génocides(2007), témoins-experts auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda en 2002, sont poursuivis pour diffamation par l’ancien ambassadeur du Rwanda en France de 1990 à 1994.Celui-ci leur fait grief d’avoir critiqué, dans un courrier adressé à des responsables associatifs de Rouen, le caractère univoque d’un cycle de conférences consacrées en principe à la « réconciliation » au Rwanda et d’avoir expliqué à des personnes de bonne foi, mais mal informées, que ces conférences avaient été confiées, en fait, à des orateurs déniant la réalité historique du génocide des Tutsi et du massacre des Hutu démocrates en 1994 au profit de la thèse du « double génocide ».

Comme l’indique la pétition d’historiens et de chercheurs diffusée par le Centre d’études des mondes africains et l’Association des chercheurs de politique africaine, que soutient la Ligue des droits de l’Homme, il s’agit une nouvelle fois d’une tentative d’intimidation des chercheurs en fonction d’ambitions politiciennes.

Le travail historique n’est pas désincarné, il n’ignore pas les interrogations de son temps et il ne peut méconnaître les valeurs impliquées par les situations qu’il analyse. La liberté des chercheurs implique aussi le droit de ces derniers à faire bénéficier la société des acquis de leur travail, surtout concernant des questions aussi graves que celles liées à un génocide.

Dans le cas du Rwanda (comme dans celui de l’Arménie) les discours du déni ne sont pas pénalisés et ils s’étalent d’ailleurs librement dans des publications, des conférences et sur des sites internet. Il serait étrange et scandaleux que le droit de les identifier comme tels, de les critiquer et de les dénoncer soit refusé à des chercheurs dont la rigueur intellectuelle est connue.

« Le génocide de 1994 au Rwanda suscite de nombreuses controverses qui ne relèvent pas de la compétence du tribunal correctionnel. D'où notre décision de rendre publique cette pétition".



Une nouvelle fois, un acteur politique cherche à obtenir de la justice
qu’elle sanctionne le travail et la liberté d’expression des chercheurs.

L’ancien ambassadeur du Rwanda en France de 1990 à 1994 a porté plainte pour diffamation contre deux éminents spécialistes de l’histoire rwandaise : Jean-Pierre Chrétien, historien, directeur de recherches émérite au CNRS, et Jean-François Dupaquier, journaliste et écrivain. Il leur reproche d’avoir critiqué, dans un courrier adressé à des responsables associatifs de Rouen, le caractère univoque d’un cycle de conférences consacrées en principe à la « réconciliation » au Rwanda, mais confiées exclusivement à des orateurs déniant la réalité historique du génocide des Tutsi et du massacre des Hutu démocrates en 1994. Le courrier signé des deux accusés soulignait que l’ancien ambassadeur, un des conférenciers invités, venait de publier un ouvrage défendant, entre autres, la thèse dite d’un « double génocide » entre Hutu et Tutsi, un argumentaire habituel des réseaux négationnistes.

Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier travaillent sur cette région d’Afrique depuis les années 1960-1970. Ils avaient dénoncé en son temps le génocide des Hutu commis au Burundi en 1972. Ils ont publié de nombreuses études sur le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, sur sa préparation, son organisation et ses séquelles. Ils ont tenté de mettre en garde l’opinion publique française sur ce danger dès le début des années 1990. Ils ont publié en 1995, avec le soutien de l’Unesco, un ouvrage crucial sur « Les médias du génocide ». Ils ont été témoins-experts auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda en 2002.

La plainte pour diffamation vise à dénier à deux spécialistes reconnus du Rwanda le droit d’informer des responsables d’associations bernés, en septembre 2009, au point d’accepter des conférenciers très orientés dans le cadre d’une manifestation internationale pour la paix. Elle a aussi pour but de faire interdire par la justice le droit de qualifier de « négationnistes » les réseaux qui propagent la thèse d’un double génocide en 1994 au Rwanda. Plus généralement, il s’agit une nouvelle fois d’une tentative d’intimidation des chercheurs pour mettre l’Histoire au service d’ambitions politiciennes.

Solidaires de Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier, nous nous indignons que les controverses sur le génocide des Tutsi et le massacre des Hutu démocrates en 1994 au Rwanda soient considérées comme relevant du tribunal correctionnel. Non, l’Histoire ne se fait pas dans les prétoires !

PETITION DIFFUSEE PAR :

Les membres du Centre d’études des mondes africains (CEMAf, UMR 8171 du CNRS)

L’association des chercheurs de Politique africaine



Pour vous joindre à cette pétition, veuillez envoyer votre accord, en mentionnant vos nom, prénom , fonctions et titres, à l’adresse suivante :

petition.jpc.jfd@gmail.com

lundi 25 janvier 2010

Soutenir la reconstruction du système éducatif et de recherche d’Haïti ciresc@ehess.fr


Toutes nos pensées sont tournées en ce moment vers Haïti, pays où nous avons des racines, des amis, société avec laquelle nous travaillons - à travers des programmes de recherche menés avec des enseignants et des chercheurs haïtiens ou des enseignements que nous y faisons, ou encore des étudiants que nous formons -, pays aussi que nous étudions pour sa contribution à l’histoire de l’Humanité et à celle de la Liberté. Nous présentons nos sincères condoléances à chaque Haïtien et nous voudrions, plus particulièrement, les adresser à nos collègues des écoles et des universités ruinées par le tremblement de terre.
L’ampleur du désastre est choquante mais au-delà des urgences vitales, il faut déjà penser à l’avenir et soutenir la reconstruction d’un système éducatif et de recherche, gage d’un avenir meilleur... s’il est bien organisé. Le « séisme de décrochement » qu’a connu Haïti devrait inviter à prendre cette rupture dramatique et fatale à trop d’Haïtiens comme le signal des changements nécessaires à opérer vis-à-vis de ce pays, notamment en termes de représentations d’Haïti et de conception de la solidarité internationale, les deux étant liés. Nulle « fatalité », ni « malédiction » dans la destruction de la majeure partie des structures éducatives mais plutôt effet de l’exode rural et installation dans des zones d’habitat précaires. Nulle « agitation », ni « désordre » mais dignité et résilience dans les descriptions de l’écroulement des bâtiments de l’Ecole Normale Supérieure et dans les demandes de reprise des cours que font parvenir nos correspondants haïtiens grâce à l’incroyable mobilisation des réseaux de recherche internationaux à travers l’Internet. Les clés d’Haïti ne sont pas remises aux étrangers comme le précise le Président d’Haïti, René Préval, même si la solidarité est demandée à la communauté internationale.
Gérard Barthélémy, anthropologue récemment disparu, n’a eu de cesse de rappeler que le mal développement en Haïti était inversement proportionnel à l’aide internationale apportée au pays, il faut sans doute s’en souvenir aujourd’hui en ce qui concerne la formation. Il faut éviter que le réseau éducatif soit reconstruit sur des initiatives dispersées, lancées par des nations, des organismes, ou des individus. Sous l’égide des responsables haïtiens, un schéma global intégrant aussi bien les formations primaires, l’enseignement technique (agriculture, artisanat) que le supérieur et aussi la formation d’enseignants doit être établi. C’est la raison pour laquelle, dans la perspective de la prochaine conférence de Montréal du 25 janvier prochain, nous demandons à chacun de nos gouvernements, et ici au gouvernement français, d’en appeler à l’organisation d’un plan international qui mettrait en synergie toutes les compétences qui peuvent concourir à la remise en route du réseau éducatif et de recherche en Haïti, fondement de la vitalité culturelle et intellectuelle de ce pays et garantie de sa survie.
Sans attendre cependant ces décisions futures, il est indispensable de soutenir les chercheurs et étudiants haïtiens au niveau des pays et universités qui les accueillent actuellement. Pour la France, nous demandons au Ministre de l’Education Nationale, à la Ministre de l’Enseignement supérieur et de la Recherche ainsi qu’aux Présidents des instituts de recherche et d’enseignement supérieur le financement de « chaires Haïti » qui permettraient de recevoir des chercheurs et des enseignants, la création de bourses destinées aux étudiants haïtiens, la mise en place de missions d’enseignement et de formation en Haïti selon les besoins exprimés par nos interlocuteurs. Nous demandons au Ministre de l’Intérieur, l’attribution plus souple de visas pour les étudiants qui veulent venir étudier en France. Il en va de notre honneur d’enseignants, de chercheurs et de citoyens dans la communauté internationale.
Premières signatures :
Jean Luc Angrand, historien, Prix de l’Académie des Sciences d’Outre-mer, France.
Cédric Audebert, Chargé de recherches au CNRS, Migrinter, Université de Poitiers, Centre International de Recherches sur les Esclavages.
Hilaire Bakala, Maître de conférences en physiologie, Université de Paris 7
Charles Becker, chercheur CNRS retraité, membre du Centre d’études africaines
Carmen Bernand, historienne, Professeur émérite de l’Université de Paris X-Nanterre
Maryse Condé, écrivain, Professeur émérite de Columbia University
Catherine Coquery-Vidrovitch, historienne, Professeure émérite de l’Université Denis Diderot
Myriam Cottias, Directrice de recherche au CNRS, Centre International de Recherches sur les Esclavages, EURESCL (7e PCRD), CRPLC, Université des Antilles et de la Guyane.
Marie Cuillerai, Maître de Conférence, Département de Philosophie- LLCP Université Paris 8
Jacky Dahomay, professeur de philosophie à la Guadeloupe.
António de Almeida Mendes, Maître de Conférences, Université de Nantes, Centre International de Recherches sur les Esclavages
Laurence De Cock, enseignante, Lycée Nanterre
Chouki El Hamel, Associate Professor of History and African and African-American Studies, Arizona State University
Marie-Albane de Suremain, Maître de Conférences en Histoire, Université Paris Est Créteil, Centre international de Recherche sur les Esclavages, SEDET Université Denis Diderot
Yveline Dévérin, Maître de Conférences, Géographie, Université de Toulouse-le-Mirail
Michel De Waele, Directeur du département d’histoire, Université de Laval, Canada
Marcel Dorigny, Historien, Université de Paris 8
Liviu Dospinescu, Professeur adjoint, Département des littératures, Université de Laval
Stéphane Douailler, professeur de philosophie, Université de Paris 8
Daniel Friedmann, chercheur CNRS, équipe Edgar Morin du IIAC, EHESS
Ratiba Hadj-Moussa, Sociology, York University, Toronto, Canada
Sindani Kiangu, Historien, Université de Kinshasa, R.D.C.
Bogumil Jewsiewicki, Professeur émérite, Université de Laval.
Maud Laëthier, anthropologue, URMIS-IRD, Paris
Paul Lovejoy, Distinguished Research Professor, Canada Research Chair in African Diaspora History, The Harriet Tubman Institute, Member, International Scientific Committee, UNESCO Slave Route Project, York University, Canada
Eric Mesnard, professeur d’histoire et de géographie, Paris 12-IUFM
Stéphanie Mulot, Maîtresse de conférences, Université Toulouse 2 Le Mirail, LISST.
Gérard Noiriel, historien, Directeur d’Etudes à l’EHESS
Bruno Ollivier, Professeur de Sciences de l’information et de la communication, Université des Antilles et de la Guyane
Clotilde Policar, professeur des universités, ENS-Paris
Alain Policar, professeur agrégé, faculté de droit et des sciences économiques de Limoges, chercheur associé au Cevipof (IEP de Paris)
Dominique Rogers , Maître de Conférences, Université des Antilles et de la Guyane, Centre International de Recherches sur les Esclavages, laboratoire AIHP-GEODE, CRPLC.
Francine Saillant, Directrice du CÉLAT, Université Laval, Québec.
Ibrahima Seck, historien, The West African Research Center, Dakar, Sénégal
Blaise Tchikaya, droit public, Maître de conférences, Université des Antilles et de la Guyane, Membre de la Commission de droit international de l’Union Africaine
Jean-Marie Théodat, Maître de Conférences Université Panthéon-Sorbonne, laboratoire PRODIG.
Patrice Vermeren, professeur de philosophie, Université Paris 8

Contact : ciresc@ehess.fr

Cette lettre a été traduite en anglais, créole, espagnol et portugais, modifiée selon les demandes spécifiques adressées aux différents gouvernements des chercheurs signataires de ce texte.

Le texte peut être signé au lien suivant :
http://www.petitiononline.com/EduHa...

jeudi 8 mars 2007

Pétition : Nous n’appliquerons pas l’article 4 de la loi du 23 février 2005.


Nous n’appliquerons pas l’article 4 de la loi du 23 février 2005 stipulant que « les programmes scolaires reconnaissent le rôle positif » de la colonisation.
Les députés de la majorité ont refusé le 29 novembre d’abroger cet article. Ce qui avait été adopté par une assemblée quasi déserte, en catimini, vient d’être confirmé en toute connaissance de cause. La pétition des historiens contre la loi, publiée par Le Monde du 21 mars, a été à l’origine d’un mouvement de protestation représentatif de la majorité des enseignants et des chercheurs. La demande d’abrogation a été faite aussi par l’Association des professeurs d’Histoire et Géographie, par les syndicats enseignants, par les associations telles que la LDH et la LEFP. La presse s’en est fait l’écho et a ouvert un débat depuis plusieurs mois. Le gouvernement, en particulier son ministre de l’Education nationale, qui affirme que les programmes demeurent inchangés, le Président de la République, qui parle de « grosse connerie », mesurent la gravité de la situation ainsi créée, le gâchis qu’ils ont laissé devenir insoluble :
    - Une loi qui ne peut être appliquée, mais dont on ne peut obtenir l’abrogation.
    - Une loi qui compromet le traité franco-algérien de paix et d’amitié en préparation, alors que des liens étroits et anciens associent les deux sociétés
    - Une loi privant de tout passé des millions d’habitants de ce pays, nationaux ou étrangers, qui ne se reconnaissent pas dans cette falsification de l’histoire
    - Une loi qui impose une histoire officielle et nie la liberté des enseignants, le respect des élèves. Cette loi permettra, à l’évidence, à des groupes de pression d’intervenir contre les manuels scolaires et les enseignants qu’ils jugeraient non conformes à l’article 4.


Cette loi, imposée par des groupes de pression nostalgiques du colonialisme et revanchards, nourris d’une culture d’extrême droite, est une loi de régression culturelle en ce début de 21° siècle où toutes les sociétés doivent relever le défi de leur mondialisation, assumer leur pluralité, qui est une richesse.
Cette loi discrédite et ridiculise l’image de la société française à l’étranger et le communautarisme chauvin qui l’inspire ne peut que favoriser des réactions de rejet. Présente dans le droit français, elle reste une menace pour l’avenir : si le gouvernement actuel promet d’en limiter la portée, qu’en sera-t-il de ses successeurs ?

Universitaires, chercheurs, enseignants, nous n’appliquerons pas cette loi scélérate et continuons d’en demander l’abrogation de son article 4.
Nous demandons aux institutions universitaires, aux IUFM, aux associations professionnelles, aux syndicats d’enseignants, aux parents d’élèves d’organiser un vaste mouvement de protestation.