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mardi 17 décembre 2013

Le vrai visage de Robespierre par Guillaume Mazeau

L'un des manuscrits de Robespierre, racheté en 2011,
Essai sur le bonheur, 1792.
(photo@VServat)

Il n’en finit pas de faire le buzz. Un peu plus de deux ans après la mise en vente de manuscrits inédits de Robespierre, des spécialistes de la reconstruction faciale en 3D viennent d’annoncer avoir reconstitué le « vrai visage » de celui qui, dans la mémoire nationale, incarne toujours le sanglant dictateur de la « Terreur ». Massivement diffusé depuis quelques jours à l’occasion d’une grande opération médiatique, le visage numérique s’offre au regard des Français, invités à enfin juger par eux-mêmes, d’un coup d’œil, de la « vraie nature » de l’Incorruptible. En théorie parée de toutes les garanties scientifiques, l’équipe de Philippe Froesch, déjà responsable de la reconstruction du visage d’Henri IV, inspire spontanément confiance et laisse croire qu’il est possible, grâce à la technique numérique la plus pointue, d’accéder à une réalité du passé jusqu’ici cachée.


Reconstitution 3D du visage de Robespierre, telle qu'elle circule
depuis quelques jours dans les médias.


Pourtant, de nombreuses raisons nous incitent à garder la tête froide devant cette « découverte scientifique ». Ce visage a été reconstitué à partir d'une copie d’un masque mortuaire moulé par madame Tussaud, dont l’authenticité a depuis longtemps été mise en cause ou rejetée. A la fin du 18e siècle, les vrais, les copies et les faux moulages pullulaient d’ailleurs dans toute l’Europe tant ils étaient une source de profit, jusqu’à se confondre, rendant leur authentification aujourd’hui extrêmement difficile. D’autre part, le visage ici dévoilé est bien surprenant : ni l’épaisseur des traits, ni la largeur de l’ossature, ni la profondeur des marques de la petite vérole ne correspondent avec l’extrême majorité des dizaines de descriptions, de dessins, de gravures, de peintures ou de sculptures dont nous disposons  depuis très longtemps et qui évoquent, au contraire, un visage plutôt longiligne voire anguleux et légèrement ponctué de trous. De ce point de vue ce visage en 3D, décrit avec horreur dans les commentaires laissés sur internet, s'inscrit clairement dans une iconographie monstrueuse de Robespierre.


Ainsi, malgré le battage médiatique, l’intérêt historique de cette modélisation numérique a toutes les chances d’être bien faible… sauf si l’on s’intéresse aux fantasmes que cette figure continue d’inspirer : « Lorsque j'ai ouvert les yeux de Robespierre, son regard était glaçant, inquiétant. Pas de doutes cet homme faisait peur », explique Philippe Froesch dans Le Parisien du 13 décembre. On ne saurait mieux avouer que des procédés de moulage de la fin du 18e siècle à la biométrie actuelle, les techniques les plus sophistiquées des époques successives restent discrètement et puissamment guidées par les imaginaires politiques et sociaux que charrient les individus qui les utilisent. C’est d’ailleurs ici que se situe probablement le plus grand intérêt de cette vraie fausse découverte : montrer à quel point, plus de deux siècles après sa mort, la figure de Robespierre reste une source d’erreurs historiques et de fantasmes négatifs dans l'imaginaire collectif.


Guillaume Mazeau, historien, Institut d’Histoire de la Révolution française.





mercredi 13 mars 2013

Petite leçon d’équilibre et d’histoire à destination de Marine Le Pen

NB : Cette tribune est parue dans l'Humanité Dimanche du 7 mars 2013. Elle est cosignée par Laurence de Cock et Véronique Servat pour le CVUH et le collectif Aggiornamento Histoire-Géographie. 

Peu de disciplines enseignées suscitent autant l’intérêt des politiques que l’histoire. Rien d’étonnant donc à ce que, Le 26 février dernier, Marine Le Pen s’exprime à son tour sur le sujet. A l’école primaire, L’histoire, apprend-on, devrait abandonner l’enseignement de la seconde guerre mondiale « trop complexe » et celui des aspects « trop négatifs » de la colonisation. Il faut “rééquilibrer” l’apprentissage de l’histoire de France selon Marine Le Pen. Les enfants pourraient donc se contenter de l’« histoire de France, la plus positive, la plus valorisante, pour que chaque Français conscient du passé en soit également fier, et pour que chaque citoyen français en soit un ambassadeur”.

Que Marine Le pen se rassure, les programmes Darcos depuis 2008, écrits dans une complète opacité, en reviennent déjà à ce modèle passéiste. Reposant à la fois sur la mémorisation de grandes dates-repères et de figures héroïques, les élèves de l’école primaire subissent une vision de l’histoire nostalgique, totalement éloignée des renouvellements historiographiques récents. Ces programmes, dénoncés par tous, n’ont comme seul mérite de n’avoir pas osé renoncer à l’enseignement des questions dites « sensibles », aux enjeux sociétaux importants, comme la destruction des Juifs d’Europe ou encore l’enseignement du fait colonial, de l’esclavage et des traites ; des thématiques, il est vrai, obligeant les élèves à aborder quelques facettes sombres du passé français et interrogeant d’autres héritages qu’une grandeur nationale fantasmée. 

Que l’on ne se méprenne pas : dénoncer la soi-disant « complexité » de la seconde guerre mondiale n’est qu’un cache-sexe d’une idéologie beaucoup plus lourde au sein du front national consistant, pour les uns, à nier l’existence des chambres à gaz, pour les autres à relativiser la portée historique de la shoah. Dans son discours de Rocamadour, Marine Le Pen maquille ces ambiguïtés derrière l’idée que les enfants de l’école primaire seraient trop jeunes pour disposer de l’ « esprit critique » nécessaire à la compréhension « des moments de notre histoire qui ont été des moments de souffrance ». On lui rétorquera alors que la grille de lecture d’un moment historique n’a rien à voir avec l’échelle de Richter des souffrances, et qu’il y a bien longtemps que les enseignants ne réduisent pas leur travail à la présentation d’une frise des émotions. On lui précisera également qu’un enfant de dix ans peut et doit comprendre que le passé du pays dans lequel il vit n’est pas une épopée lisse et glorieuse pour le bien de l’humanité. 

Connaître et comprendre la vérité des fait relève de l’intelligence, non de la soi-disant « repentance » que nous resservent régulièrement les nostalgiques du roman national. 

Car ce discours de réhabilitation d’un récit national aseptisé n’est pas l’apanage de l’extrême-droite. On le retrouve régulièrement sous les plumes alarmistes d’éditorialistes (du Figaro) ou d’historiens auto-proclamés surfant sur le soi-disant « malaise identitaire » des Français[1]. Nous dénoncions déjà cette « vague brune sur l’histoire de France » en septembre dernier[2] et ce marché éditorial juteux qui, lorsqu’il ne s’en proclame pas vertement, fait le jeu d’une extrême-droite ravie de camoufler sa politique de préférence nationale derrière une prétendue demande sociale trop souvent relayée complaisamment par les médias. 

A tous ces gens qui se découvrent une soudaine passion pour la question de l’histoire et de son enseignement, nous souhaiterions une nouvelle fois préciser qu’il existe des historiens dont les réflexions ont pour but de rendre accessibles les avancées scientifiques sur la compréhension du passé. Ils ont montré depuis longtemps qu’au même titre que la chevauchée de Jeanne d’Arc, la colonisation faisait partie de l’histoire de France, tout comme la traite. Ils ont montré que l’histoire ne résulte pas que de l’action des grands hommes mais aussi d’hommes et de femmes anonymes. Ils ont montré enfin que l’histoire ne répond pas aux obsessions politiques de la fermeture des frontières. 

Quant aux enseignants du primaire et du secondaire, ils savent qu’un enfant n’apprend pas uniquement en empilant des connaissances. Les chemins transversaux, complexes, sinueux sont bien plus savoureux à emprunter car ils éveillent la réflexion et la curiosité des élèves. Complexité, ruptures, transformations, rapports de domination sont au cœur de nos disciplines, et, en aucun cas, nous ne laisserons ces hérauts de la fierté nationale servir de boussoles à la rédaction des nouveaux programmes scolaires annoncés par le ministre pour 2014. 


[1] Voir les ouvrages de Dimitri Casali, Lorant Deutsch ou Jean Sevillia récemment décryptés par William Blanc, Aurore Chéry, Christophe Naudin, Les historiens de garde, Inculte, 2013. 

lundi 4 février 2013

Les trafiquants de la mémoire ou la Vendée vendue... par P. Serna




Une fois, deux fois, trois fois et maintenant quatre fois !
En moins d’un an, la direction de la programmation de France 3, chaine publique, met à l’affiche, cette nuit, 4 février 2013, une émission au titre des plus nuancés, comme si le point d’interrogation devait lever un doute « Robespierre, bourreau de la Vendée ? ». Non spécialiste de la Vendée, et plutôt rétif, à tort, à la culture télévisuelle, j’avais décidé d’ignorer l’émission. Mais devant ce qu’il convient d’appeler un acharnement médiatique dont le but ou la conséquence est de créer une vulgate partagée et finalement acceptée à force d’être répétée et ânonnée, quelques réflexions s’imposent. Un génocide aurait eu lieu en Vendée et qui dit génocide dit forcément que le coupable de l’histoire ou celui que l’on peut comparer à Hitler n’est personne d’autre que Robespierre.

Le véritable génocide des uns est relativisé – 6 millions de personnes sont mises sur le même pied que 170 000 personnes- le génocide inventé des autres se trouve décontextualisé et rendu incompréhensible parce que bricolé et impossible historiquement à démontrer.

J’ai dû regarder l’émission deux fois pour mieux comprendre les ressorts émotionnels qui structurent le docu-fiction avec ses ficelles, comme le film des cadavres et squelettes, exhumés sur fond de film de musique d’horreur dès l’introduction, ou bien à d’autres moments, c’est une musique de série d’angoisse qui envahit l’espace sonore.

Passe encore sur les approximations historiques, les documents filmés non identifiés, les interprétations des personnes interrogées, par exemple la théorie selon laquelle l’étude des coups d’épée relèveraient d’une situation d’acharnement, là où quelques années d’études de combat à l’arme blanche amènent à des conclusions inverses pour qui connait la force d’un sabreur à cheval (1).

Passe les ignorances sur le contexte de guerre européenne, passe sur les interprétations fondamentales de la thèse sur la Vendée de Jean-Clément Martin, non utilisées, alors que l’ancien directeur de l’IHRF, auteur d’un travail magistral sur la Vendée et son invention est interrogé seulement sur des aspects factuels et en tout dernier lieu sur l’interprétation des faits, là où tous les autres historiens soutiennent de suite leur position, des positions différentes et le plus souvent hostiles, développant longuement leur interprétation… Passe sur l’ignorance de ce qu’est dans l’histoire longue des répressions, les formes de mises à sac que des troupes militaires peuvent perpétrer sur des populations civiles comme un fait connu, et hélas déjà bien intégrées par les populations de Provence, des Cévennes dans la mémoire douloureuse des armées catholiques du roi massacrant des sujets protestants de sa majesté, bien avant la Vendée. Passe sur le feint étonnement de voir des ennemis traités de brigands et donc pourchassés et exécutés lorsque pris les armes à la main… comme si les cours prévôtales d’Ancien Régime et de la guerre des farines en 1775 et 1776 n’avaient pas connu le terme de brigand. Passe sur l’incapacité à penser la spécificité des combats entre militaires de lignes et population civiles révoltées qui, sous toute latitude, conduit les premiers à une férocité disproportionnée parce qu’ils ne reconnaissent pas aux seconds le statut de combattant, élément expliquant l’ensauvagement des guerres civiles.

A ce propos, passe aussi le long entretien demandé au spécialiste des guerres révolutionnaires, Bernard Gainot dont tous les propos ont disparu (censuré ?) au montage. Il avait osé comparer et montrer des parallèles entre la violence extrême des soldats bleus, et la brutalité sans limite des soldats anglais au même moment contre les patriotes irlandais, finissant par inquiéter leurs officiers soucieux de voir se transformer en animaux féroces leurs soldats, selon les témoignages de l’époque. Surement les propos de Bernard Gainot, maître de conférence habilité à la direction de recherches, ne cadraient pas avec la volonté délibérée de démontrer l’unicité du crime franco-français, hors de tout contexte de guerre…

Passe l’ignorance de Stéphane Courtois faisant preuve de sa demi-science en soutenant que le concept de crime contre l’humanité avait été inventé en 1944. S’il connaissait un tant soit peu l’an III et la réaction thermidorienne il saurait que les contemporains eux mêmes et Cambon en particulier ont conscience de l’importance de la violence qui vient de se déchaîner (qui le nie ?) et emploie déjà l’expression dès l’automne 1794 (2).

La litanie peut être longue. On arrête ici le démontage de la manipulation d’histoire et de la transformation des faits au profit de deux thèses : il y eut génocide, mieux « dépopulation » (ce n’est pas nous qui le disons, affirment les concepteurs de l’émission, c’est Babeuf lui-même, donc on peut le dire après lui, belle démonstration d’une imposture méthodologique : une fois, l’on utilise les propos des révolutionnaires contre eux, une autre fois pour la cause de la démonstration !!).

Deux point cruciaux, car ils sont les structures invisibles de l’émission, retiennent l’attention tant ils encadrent l’émission et constituent les deux bornes idéologiques sur lesquelles se construisent les deux supercheries constitutives du message matraqué pour la quatrième fois le 4 février.


Les deux mensonges de l’émission

Le premier est répété par S. Courtois, qui n’a jamais travaillé sur la Révolution française, et qui comme tous les convertis à la cause adverse de ce qu’il a adoré dans sa jeunesse, a fait son fonds de commerce de la détestation de tout ce qui est resté un peu plus à gauche que lui dans le monde universitaire, sans partager ses outrances de jeunesse. Comportement des plus banals. S. Courtois assène donc qu’en France, il est impossible de critiquer la Révolution ! Il est le premier historien à intervenir dans l’émission, l’un des derniers à donner son avis final, alors qu’il n’a jamais travaillé sur la période. Son avis est net. En France « on ne touche pas à la Révolution ». Dont acte. Mais qu’à cela ne tienne dans cette émission, des journalistes courageux vont défaire le mythe pour faire la lumière sur le génocide, ou pas ... La seconde posture qui encadre le film est celle de R. Sécher qui soutient sans hésiter l’idée que l’on tue deux fois la Vendée par l’opération du mémoricide. Selon le polygraphe, on tue une seconde fois la Vendée en l’oubliant systématiquement, en refusant d’en parler, en l’omettant sciemment des histoires. Ces deux faits énoncés aux moments clés de l’émission constituent le principal piège du documentaire qu’il faut avoir à l’esprit.

Pour cela, il faut convoquer le livre de Pierre Vidal Naquet pour bien comprendre le fonds négationniste de cette présentation historique et sa recette que le grand historien de la mémoire assassinée et spécialiste des négateurs des chambres à gaz a construit. P. Vidal Naquet explique la ruse du fonctionnement des négationnistes : il s’agit de construire une fausseté que personne n’a jamais soutenue, pour, en la déconstruisant, remettre en doute une autre vérité qui, elle, a été établie (3). Que font d’autres S. Courtois et R. Sécher que d’utiliser ce procédé pour mettre en doute la valeur de la Révolution et instiller l’idée d’une volonté politique et planifiée de destruction d’une population ?

Première contre vérité patente donc : en France on ne critique pas la Révolution , on n’y touche pas…Mais dans quel monde vit S. Courtois ? Depuis le 15 juillet 1789, on n’a cessé de critiquer, vilipender, détester, démonter et blâmer la Révolution. Depuis le 15 juillet 1789, dans ce pays, il y a au moins 10 % de la population qui n’a jamais accepté la Révolution, ses principes, ses valeurs et qui l’ont exprimé… parce que le nouveau régime leur en a donné le droit. Ils n’ont cessé de s’exprimer, au mieux dans la meilleure tradition libérale des études historiographiques, depuis Madame de Stael jusqu’à François Furet. La révolution a été l’objet de critiques parfois fondées, acceptables , mais permanentes, continues, à livres édités à des dizaines de milliers d’exemplaires. A qui fera–t-on croire qu’en France « on ne touche pas la Révolution » ? C’est là une contre vérité qui permet d’inventer un doute là où toute la verve anti et contre révolutionnaire s’est toujours tranquillement exprimée. Et que l’on ne prenne pas comme exemple la chaire d’histoire de la Révolution française que j’ai l’honneur de diriger, comme exemple d’une volonté d’imposer un seul discours. Elle a été explicitement fondée pour contrer Taine et Sorrel qui ne cessaient de massacrer l’héritage de la Révolution en présentant une lecture univoque aux jeunes élites de la France en 1880-1890 ! Comme dans le procédé négationniste, disséqué par Vidal-Naquet, cette fausseté permet d’instiller l’idée que la République cache quelque chose, une histoire monstrueuse , le crime de la Vendée et son oubli.

Car c’est là le second mensonge patenté soutenu par M. Sécher, l’idée du mémoricide qui repose sur le même principe : on veut oublier donc on veut cacher le génocide. La fable du mémoricide est donc construite. On aurait voulu occulter la Vendée. Mais combien de centaines et de centaines, voire de milliers d’ouvrages ont été écrits sur tous les épisodes sanglants de la Vendée depuis 1793 ? En affirmant cette contre vérité patente, l’auteur du pamphlet invente une fable avec tous les atours de la vérité pour instiller un autre mensonge, celui du génocide caché par la République et ses universitaires. Mais où est passée dans cette émission le travail de Jean-Clément Martin, certes interrogé mais point sur le fonds de son travail. Cet historien est le fondateur d’une autre vérité, sur l’absence d’un pouvoir au printemps 1793, capable de contrôler les troupes militaires, fin observateur de la manipulation à Paris, par les différentes factions de la violence désordonnée en Vendée pour s’imposer dans la capitale, en inventant "la Vendée" (4) ? Ce n’est pas là un oubli des contemporains ni des historiens mais au contraire une sur-présence de cette violence, de son récit, de son traumatisme et de ses séquelles dans la mémoire de l’Ouest de la France et de la république allant jusqu’à imaginer et nommer un espace qui n’existait même pas en tant que tel avant la Vendée !! de tout cela rien. Ou plutôt si avec l’aplomb des négationnistes connus dans d’autres champs : la fausseté affirmée avec une certitude sans faille. Ne tombons pas dans le piège de la surenchère. Ici, ce ne sont même pas des assassins de la mémoire, tout au plus des trafiqueurs de l’histoire. C’est leur droit, ils ne poursuivent qu’une longue généalogie de fossoyeurs des faits historiques, les fossoyeurs d’une histoire complexe, nuancée, douloureuse mais faisant sens, de la république. Les trafiquants du doute bricolent la montée de l’audimat… France 3 se prête à ce jeu, et nombre de leurs lecteurs n’ont jamais constitué une minorité brimée… Heureusement quelques historiens ont encore un peu de mémoire, la cultivent, non pour raconter la fable rose ou le livre d’horreurs du passé, mais pour comprendre et expliquer la violence outrancière des guerres civiles dans leur contexte.


Pierre Serna, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française.


(1) P Brioist, H Drévillon , P Serna, Croiser le fer, culture et violence de l’épée dans la France moderne XVI-XVIIIe siècle, Seyssel Champ vallon, 2002 réed. 2008
(2) « Cambon à la séance du 3 frimaire an III affirme que « Carrier a participé à des actes atroces exercés à Nantes, contre l’humanité », Moniteur XXII, p 595
(3) Pierre Vidal Naquet, Les Assassins de la mémoire, « Un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme), 1981, Paris Maspéro.
(4) Depuis 1985, et la parution au Seuil de La Vendée et la France, Jean-Clément Martin, auprès d’un lectorat nombreux n’a jamais cessé de travailler sur la guerre de Vendée et sa mémoire, renouvelant sans cesse ses travaux, ses analyses, offrant régulièrement au public l’avancée des travaux les plus récents et fort nombreux sur la guerre civile dans l’Ouest de la France

samedi 3 novembre 2012

Journée d'études du CVUH (4) : Histoire et séries TV.





La dernière table ronde de la journée d'étude du CVUH qui s'est tenue le 2 juin 2012 est consacrée à la série "Un village français".

J-P Azéma, T. Bonzon et I. Deroide (historiens) et F. Krivine (scénariste) interrogent les enjeux de la scénarisation dans l'écriture d'une série historique. 

La table ronde est animée par S. Aprile. 






lundi 22 octobre 2012

Journée d'études du CVUH : Histoire et séries TV (3)


"Louis XVI l'homme qui ne voulait pas être roi"de T. Binisti
diffusé sur France 2 en novembre 2011.
Le 2 juin 2012, le CVUH organisait sa deuxième journée d'études de l'année sur le thème "Histoire et médias" focalisant son attention sur les rapports entre histoire et séries tv. Constatant le succès grandissant des séries télévisées, le CVUH proposait à différents intervenants, journalistes, historiens, scénaristes de questionner ces fictions afin de déterminer ce qu'elles donnent à voir et à comprendre des moments d'histoire qu'elles explorent et d'interroger les enjeux historiographies sous-jacents à ces productions.

Cette troisième table ronde évoque tour à tour "Héros et anti héros de la Révolution française" autour des figures de louis XVI et Robespierre à l'écran.



mardi 9 octobre 2012

Journée d'études du CVUH : Histoire et séries TV (2)


Le 2 juin 2012, le CVUH organisait sa deuxième journée d'études de l'année sur le thème "Histoire et médias" focalisant son attention sur les rapports entre histoire et séries tv.

Constatant le succès grandissant des séries télévisées, le CVUH proposait à différents intervenants, journalistes, historiens, scénaristes de questionner ces fictions afin de déterminer ce qu'elles donnent à voir et à comprendre des moments d'histoire qu'elles explorent et d'interroger les enjeux historiographies sous-jacents à ces productions.

Cette deuxième table ronde avec P. Boucheron et E. Le Nabour s'intéresse à la  série Kaamelott et l'imaginaire du Moyen Age :






La prochaine table ronde mise en ligne sera à "Héros et anti héros de la révolution française".

To be continued...

jeudi 4 octobre 2012

Journée d'études du CVUH : Histoire et séries TV (1)


Le 2 juin 2012, le CVUH organisait sa deuxième journée d'études de l'année sur le thème "Histoire et médias" focalisant son attention sur les rapports entre histoire et séries tv.

Constatant le succès grandissant des séries télévisées, le CVUH proposait à différents intervenants, journalistes, historiens, scénaristes de questionner ces fictions afin de déterminer ce qu'elles donnent à voir et à comprendre des moments d'histoire qu'elles explorent et d'interroger les enjeux historiographies sous-jacents à ces productions.

Les différentes table rondes sont désormais consultables en vidéo. Elles seront mises en ligne en 4 temps. Pour cette première restitution, vous retrouverez une des contributions de la matinée : 

Rome : Retour sur le succès d'une série historique et ses débats historiographiques. 

Avec Pierre Langlais (Journaliste) et Vivien Bessière (Université de Toulouse 2). 










Prochaine table ronde : Kamelott et l'imaginaire du Moyen Age aujourd'hui.

To be continued ...

mardi 25 septembre 2012

« La Résistance » ou le balancier de l’histoire par Sonia Combe.

Ce texte a été publié dans la revue Témoigner entre histoire et mémoire, revue de la Fondation Auschwitz de Belgique, n°108, septembre 2010, dossier « Témoins et historiens à l’épreuve de l’écriture filmique ». Il est reproduit ici avec l’autorisation de la revue.



« La Résistance », docu-fiction diffusé en prime time à l’automne 2008, semble avoir définitivement légitimé le genre. En atteste sa réception auprès de la presse, dont les critiques n’ont pratiquement pas porté sur la forme, et auprès du public puisque ce docu-fiction qui appartient au genre du documentaire historique généralement relégué aux cases horaires plus tardives, aurait, selon les estimations de l’audimat, avec ses 4,5 millions de téléspectateurs, devancé « Jurassic Park » de Steven Spielberg (4,4 millions) et l’émission de Mireille Dumas « Vie privée, vie publique » (3,5 millions) au programme de la même soirée.
Cette performance tient au fait que le réalisateur à l’origine du projet, Christoph Nick, a su s’adjoindre les compétences nécessaires et bénéficier d’un budget plus que conséquent (6 millions d’euros). C’est là le fruit de la collaboration de deux chaînes du service public, France 2 et France 5. Composé de documentaires-fictions (2 fois 90 minutes) produits par France 2 et de documentaires (4 fois 52 minute) produits par France 5, « La Résistance » a mobilisé en tout 3 réalisateurs, 110 comédiens, 1500 figurants, 2 documentalistes et 10 historiens. Sans compter quelques « aimables participations » dont les bénéfices secondaires peuvent être gratifiants en termes d’image et, last but not least, le patronage de Simone Veil. On avait donc à faire à un travail doublement accrédité, à la fois par un témoin doté d’un fort capital symbolique et par les savants.

mercredi 11 juillet 2012

Communiqué du CVUH à propos de "Metronome".

Le CVUH souhaite revenir brièvement sur les raisons de son soutien aux critiques du métronome impulsées par William Blanc (les Goliards) et Christophe Naudin (Histoire pour tous).

La mise en scène médiatique d'un face à face Blanc/Deutsch, depuis la dénonciation d'un élu FDG du soutien officiel de la mairie de Paris à l'ouvrage de Lorànt Deutsch, couvre l'importance de la critique déjà faite et à poursuivre. 

Nous ne considérons pas que l'histoire appartient aux historiens et qu'il convient de traquer toutes les contre-vérités historiques des ouvrages relevant du champ historique. En revanche, qu'un livre comme  Métronome, vertement antirépublicain et truffé d'erreurs grossières, connaisse un tel succès, ne peut que nous interroger. 

En ce sens, le travail de déconstruction entamé par William Blanc et Christophe Naudin procède d'une nécessaire vigilance sur les instrumentalisations et détournements de l'histoire à des fins politiques. Pointer les réseaux éditoriaux, médiatiques et politiques de soutien et promotion à des ouvrages comme  Métronome ne relève pas d'un pointillisme sourcilleux, mais du souci de s'inscrire dans un débat démocratique sur les finalités critiques et civiques de l'histoire.

Laurent Colantonio, Sylvie Aprile, Anne Jollet, Fanny Madeline, Laurence de Cock, Véronique Servat,  Aurore Chery, Jean Vettraino, Blaise Dufal, Catherine Coquery-Vidrovitch (membres du CA du CVUH) et Michèle Riot-Sarcey.

dimanche 10 juin 2012

"Métronome" : un succès historique ?


"Métronome" dans ses différentes versions (brochée, 
brochée illustrée et télévisée)


Souvenez vous, c'était en septembre 2009. Lorànt Deutsh publiait sa première Histoire de France au rythme du métro parisien intitulée "Métronome". Porté par une critique unanime, le livre, devenu best-seller, s'est durablement installé dans les rayons histoire et sciences humaines des distributeurs. Ainsi adoubé, les produits dérivés de l'exemplaire d'origine (version illustrée, documentaire pour France 5, site internet avec carte interactive) se sont multipliés. Miraculeusement, Lorànt Deutsh semble avoir réussi, là où les historiens échouent : rendre leur discipline populaire et accessible. 

Mais quelle histoire nous donne-t-il à lire ? Livre en main, William Blanc et Damien Boone nous proposent deux lectures critiques... 


 Métronome de Lorànt Deutsch. 

Un défi lancé aux historiens. Les historiens ne peuvent ignorer Métronome de Lorànt Deutsch. Vendu à plus d'un million et demi d'exemplaires, vu par 1,3 million de téléspectateurs lors de la seconde diffusion en prime time sur France 5 le 4 juin 2012, l'ouvrage est devenu un vrai phénomène social et même historiographique qu'il convient d'analyser, ne serait-ce que parce qu'il remet en cause, sur un ton très badin, les fondements mêmes de la discipline historique. 

 Les choix de Lorànt Deutsch

L'acteur, qui prétend remettre de l'ordre dans une histoire qu'il estime « déséquilibrée » [1], ne cesse par exemple d'étonner par ses choix. Dans le chapitre consacré au XXe siècle, alors qu'il décrit sur une page et demie la manifestation d'extrême droite du 6 février 1934 [2], il ne consacre ainsi que trois lignes à l'Occupation allemande en évitant soigneusement de parler de toute collaboration [3]. Pour le reste, le lecteur attentif redécouvre un récit héroïque comme pouvait le proposer Le Tour de la France par deux enfants. Les rois et les saints catholiques en sont les héros et le moteur. Paris, et a fortiori l'État, leur doit tout. Preuve en est des monuments qu'ils auraient laissés là comme autant de marques de la permanence de leur œuvre. Face à eux, un peuple informe, jamais individualisé (sauf par quelques rares tribuns toujours issus des classes aisées), s'opposant toujours sans que l'on sache trop pourquoi au « progrès » impulsé par les monarques, dont la caractéristique la plus saillante reste la violence aveugle qui l'aurait amené à détruire lors de la période révolutionnaire une partie de ce patrimoine qu'affectionne tant Lorànt Deutsch [4]

La différence de traitement est criante lorsqu'on analyse le traitement des mouvements populaires dans le Métronome. Alors que 8 pages sont consacrées à saint Denis, 13 à sainte Geneviève, 15 à Pépin le Bref, la Commune de Paris et ses 20 000 morts n'ont droit qu'à un petit paragraphe. Et en quelques lignes, pas question d'expliquer pourquoi le peuple parisien s'est soulevé en 1871. Tout au plus l'acteur parle-t-il d'une « fureur populaire » [5] venue d'on ne sait où et de soldats rompant les rangs, parce que « fatigués, démoralisés, déboussolés. » [6]. L'épisode de la Commune sera même ignoré lors de l'adaptation télévisuelle au profit d'un panégyrique de l'oeuvre d'Haussmann. 

Pour comprendre la construction de ce récit, il suffit de prêter attention aux déclarations de l’acteur qui affiche bien haut ses convictions royalistes et catholiques ultra et milite pour un « nouveau Concordat ». Il affirme ainsi que « sans religion et sans foi, on se prive de quelque chose dont on va avoir besoin dans les années à venir » et que l'Histoire « de notre pays s’est arrêtée en 1793, à la mort de Louis XVI. Cet évènement a marqué la fin de notre civilisation. » [7] Autant de convictions, en fin de compte, qui le poussent à remettre au goût du jour un récit héroïque poussiéreux et figé, dédaigneux des débats et des avancées de la recherche historique. Mais jusqu'à quel point ? 

 Aux sources de la méthode Deutsch 

Après analyse, il s'avère que Lorànt Deutsch va jusqu'à inventer des faits pour embellir son histoire. Le Louvre aurait été ainsi construit par le père de Clovis (preuve de la permanence de l'action royale), et les communards auraient tenté de détruire la colonne de Juillet en la bombardant depuis Montmartre (preuve de leur violence aveugle). Pinaillages, nous répondra-t-on ! Pas si l'on comprend que ce procédé interroge la limite de l'Histoire. S'il est entendu qu'elle ne peut (et ne doit) pas être l'apanage des seuls historiens, s'il est entendu qu'elle soit vulgarisée, il est essentiel qu'elle obéisse à certaines règles scientifiques, dont la lecture et la critique des sources (que Lorànt Deutsch ne cite presque jamais) restent la clef. Oublier ce principe, c'est laisser la porte ouverte à toutes les inventions, à toutes réécritures, même les plus nauséabondes. On nous objectera que Lorànt Deutsch se défend parfois d'écrire de l'Histoire. C'est oublier un peu vite qu'il prétend, en introduction de Métronome, le contraire (« L'Histoire est devenue mon métier » [8]), qu'il clame dans certaines interviews être soutenu par des historiens et que son livre est vendu, dans les librairies, au rayon histoire. 

Ces erreurs ne constituent pas un simple oubli. Lorànt Deutsch oppose en effet très clairement son idéologie et le fait scientifique lors de son passage sur France Inter dans l'émission Les Affranchis du 18 avril 2012 : « L’idée n’était pas le fait, mais le fait ne doit pas l’emporter sur l’idée. Par moment, c’est l’idée qui est constitutive d’une réalité historique même si elle n’est pas inscrite dans le fait, elle est inscrite dans l’idée, c’est-à-dire qu’on voulait le faire, qu’on y pensait, c’était quelque chose de projeté. L’idéologie ne doit pas être détruite au nom du fait scientifique. » La dernière opposition est intéressante à plus d'un titre. L'acteur place autoritairement les historiens dans la position des défenseurs d'une science « froide », figée dans le rôle d'énonciateurs de faits imposés sans débat (alors que la science historique repose au contraire sur un débat aux règles acceptées par tous).

 La construction d'une autorité 

Pourtant, au contraire d'une science débattue publiquement, Métronome représente bien un point de vue imposé d'un haut et érigé en fait indiscutable parce qu'indiscuté, jusqu'à en faire un ouvrage de référence. Ignoré par la plupart des spécialistes de moins en moins enclins à verser (faute de temps, de volonté, d'accès aux médias) dans l'exercice difficile (et pourtant essentiel) de la vulgarisation, adoubé par des responsables politiques (Robert Hue, mais aussi Bertrand Delanoë qui lui a remis, le vendredi 4 juin 2010, la médaille vermeille de la ville de Paris pour son livre) et scolaires (Lorànt Deutsch est intervenu plusieurs fois devant des classes) et surtout encensé par la presse écrite et audiovisuelle qui n'hésite pas à le présenter comme un livre d'Histoire [9], Métronome est en passe de faire autorité pour ses millions de lecteurs, une autorité construite médiatiquement qu'il est de plus en plus difficile de remettre en cause depuis son adaptation télévisuelle en avril 2012 sur une chaîne de service public. 

L'action des historiens de terrain et des éducateurs populaires, incitant plus à la réflexion et au débat qu'à la consommation d'images d'Épinal, s'en trouve mis à mal. Des années de travail patient, loin, très loin des cercles médiatiques dominants, sont parfois à reprendre à zéro face à cette offensive (dont Lorànt Deutsch n'est que l'exemple le plus connu. Nous pourrions, par exemple, parler des ouvrages de Franck Ferrand et de Dominique Casali) qui voudrait que l'Histoire se fige dans un réflexe identitaire crispé, où les Gaulois restent à jamais « nos » ancêtres, les saints « nos » saints (Lorànt Deutsch ne cesse d'employer le possessif en parlant d'eux) et les rois des héros. Un retour aux mythes inviolables chers à Barrès en contradiction avec la construction d'une société de citoyens libres. 

 Le Métronome. Une nouvelle histoire libérale ? 

L'analyse ne serait pas complète sans envisager Métronome pour ce qu'il est : un produit de consommation de masse, décliné sur plusieurs supports (écrit, audiovisuel, multimédia) dans lequel deux grands groupes industriels (France Télévision et la RATP) ont investi massivement (plus d'un million d'euros pour la série télévisée Métronome) et dont ils espèrent des retombés en terme d'image et de profit. Certes, cela a un goût de déjà-vu si l'on regarde la querelle opposant Pierre Vidal-Naquet à Bernard Henri-Lévy entre une histoire de qualité et un faussaire médiatique [10]. Mais le contexte a bien changé. À une époque où des menaces fortes pèsent sur les services publics de l'éducation et de l'université [11], Métronome est symptomatique d'une histoire qui se voudrait immédiatement rentable, purement utilitaire et en fin de compte privatisée, où celui qui possède de moyens financiers conséquents et un capital social important (sous forme de réseaux médiatiques), impose son point de vue à l'ensemble du public. Dans cette Histoire, la forme, inspirée des techniques de communication moderne et du storytelling (impossible en effet de détacher Métronome du récit, sans cesse répété, de son « auteur », sorte de cancre devenu historien à la seule force de sa passion, un « bon » opposé - dans un réflexe à nouveau très barrésien - à des « méchants » que sont les professeurs et les chercheurs [12]), importe plus que le fond, au point de ruiner, comme l'expliquait Cornelius Castoriadis, un « espace public de pensée » [13]

Que faire maintenant ? Réagir, réagir encore, et prôner, au sein des médias, un sain retour à la controverse public [14], sans laquelle il ne peut exister de science en démocratie. 

William Blanc
Président de l'association d'éducation populaire Goliard[s]
Doctorant en histoire médiévale


Pour plus d'informations 
Une analyse de la vision de Lorànt Deutsch de la Révolution française : http://www.goliards.fr/goliardises-2/la-revolution-version-deutsch-ou-lhistoire-yop/ 
Une analyse générale du phénomène Métronome : http://www.histoire-pour-tous.fr/actualite/58-television/4102-pour-en-finir-avec-lorant-deutsch-et-le-metronome.html William Blanc Président de l'association d'éducation populaire Goliard[s] Doctorant en histoire médiévale


Notes : 
1. Propos de L. Deutsch in Olivier Bailly, « Entretien avec Lorànt Deutsch : l'histoire sur toute la ligne », Nouvel Observateur, le 3 décembre 2009. 
2. DEUTSCH Lorànt, Métronome [version non-illustrée], Paris, Michel Lafon, 2011, p. 363-364. 
3. Idem, p. 361. 
4. Idem, p. 49, 53, 98, 108, 128, 139 et 323-337. 
5. Idem, p. 353. 
6. Ibidem. 
7. Interview de Lorànt Deutsch au Figaro le 5 mars 2011. 
8. Métronome, op. cit., p. 10. 
9. « Certes il a écrit son texte, mais il n’a pas inventé l’histoire. Il l’incarne avec justesse. C’est autant le bouquin d’un dévoreur d’histoire que celui d’un piéton parisien. », nous explique Olivier Bailly, loc. cit. Sa consoeur, Odile Quirot, nous explique que le Métronome est « un pavé d'une science impressionnante. » et que, si Lorànt Deutsch a d'abord lu des romans historiques, « il s'est plongé plus tard dans Michelet et Braudel. » Odile Quirot, « Lorànt Deutsch, le titi parisien », Le Nouvel Observateur, 6 novembre 2009. L'allusion à Braudel est évidemment faite pour donner une caution scientifique à l'ouvrage. 
10. Voir pour cette controverse passionnante, le site suivant : http://www.pierre-vidal-naquet.net/spip.php?article49
11. Voir par exemple ce texte du collectif Sauvons l'université, « Quelle Europe pour l’université ? » : http://blogs.mediapart.fr/edition/observatoire-des-reformes-des-systemes-de-formation-enseignement-et-recherche/article-89. 12. « Ce n’est pas l’école qui a amené Lorànt Deutsch à l’histoire, mais Paris. C’est en déambulant dans la ville qu’il s’est pris de passion pour elle. Il avait à peine quinze ans. » Olivier Bailly, loc. cit. Sur le storytelling, voir SALMON Christian, « Une machine à fabriquer des histoires », Le Monde diplomatique, novembre 2006 (voir en ligne : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/11/SALMON/14124. Du même auteur, Storytelling la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Paris, La Découverte, 2007. 
13. Voilà ce qu'écrivait Cornelius Castoriadis en défense de Pierre Vidal-Naquet : « Plus insidieuse, l’imposture publicitaire n’est pas, à la longue, moins dangereuse que l’imposture totalitaire. Par des moyens différents, l’une et l’autre détruisent l’existence d’un espace public de pensée, de confrontation, de critique réciproque. La distance entre les deux, du reste, n’est pas si grande, et les procédés utilisés sont souvent les mêmes. » Cornelius Castoriadis, « L’industrie du vide », Le Nouvel Observateur, 9 juillet 1979. Ce texte, essentiel, est disponible à l'adresse suivante : http://www.pierre-vidal-naquet.net/spip.php?article49 et a été reproduit dans CASTORIADIS Cornelius, Domaines de l’homme. Les Carrefours du labyrinthe II, Paris, Seuil, 1986, pages 32 à 40. 
14. Sur l'importance des controverses en sciences « dures » et « molles », voir LATOUR Bruno, Cogitamus. Six lettres sur les humanités scientifiques, Paris, la Découverte, 2010, notamment p 151 à 183.



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"Lorànt Deutsh est entré dans
l'Histoire" - métro parisien.
[@GregSoussan]

"Métronome" Grand format dans le métro
parisien.
















Métronome, l'histoire de Lorànt Deutsch. 

Lorànt Deutsch, dans son ouvrage "Métronome", relaie une vision de l'histoire à partir des mêmes principes à l'aune desquels a été « inventée » la nation au XIXe siècle, c'est à dire via la construction d'un imaginaire national sous forme romancée. Cependant, là où l'histoire du XIXe faisait des Gaulois ou des révolutionnaires des figures centrales, Deutsch s'attache davantage à des repères religieux et royaux. L'ouvrage et son adaptation en série télévisée révèlent une vision de l'histoire partiale et dépourvue d'ambition scientifique, mais commercialement efficace. 


Dans la lignée des polémiques qui ont accompagné la sortie du livre de Lorànt Deutsch, Métronome, et la diffusion de son adaptation télévisée sur France 5, l'article publié fin mai par rue89 et les réactions de riverains qu'il a suscitées réveillent de vieux débats sur ce qu'est l'histoire, la manière dont elle est construite, et les usages que l'on en fait. Il lui est reproché de se revendiquer historien sans appliquer les préceptes de la discipline qu'il prétend pratiquer. Si l'opération de sélection des faits à laquelle il se livre n'est pas en soi contestable, l'histoire étant avant tout un travail de sélection, ce qui pose problème d'un point de vue scientifique est que cette sélection est parfois entachée d'erreurs factuelles et, surtout, elle semble reposer sur les propres convictions idéologiques de l'auteur : au final, la lecture et le visionnage de Lorànt Deutsch, en reprenant leur mode de construction mais à rebours de l'idéologie des manuels scolaires rédigés sous la Troisième République, donnent le sentiment que l'histoire de France suivait une direction cohérente jusqu'à la période révolutionnaire. 

L'histoire, un travail de sélection 

Parmi les reproches fréquemment adressés à Lorànt Deutsch figure celui d'une vision partielle de l'histoire. En fait, c'est la nature même de la démarche historique qui appelle des choix : il s'agit de rendre visible le passé. Mais comment ? Les ancêtres n'ont pas rédigé de testament indiquant ce qu'ils souhaitaient transmettre aux générations suivantes... Et quels ancêtres choisir ? Il ne s'agit donc pas d'inventorier un héritage, mais plutôt de l'inventer. Si Fénelon souhaitait que le « bon historien » ne fût « d'aucun temps ni d'aucun pays », cette exigence est aujourd'hui reconnue comme illusoire : c'est inversement à partir de son temps et de son pays que l'historien travaille et donne une unité rétrospective à ce qui n'a jamais existé que sous la forme d'une diversité confuse ; ainsi, le passé peut constamment être redécouvert ou relu à l'aune de valeurs différentes. L'objectivité de l'historien consiste davantage à exposer ses principes de recherche et d'interprétation (définir précisément son matériau, critique des documents, compréhension des faits) qu'à se prétendre « neutre ». L'historien est ainsi l'interprète du passé : pour imager le propos, l'histoire serait une toile d'araignée dont les points d'intersections sont des documents et les fils l'imagination historique de l'historien. C'est précisément là que le bât blesse pour Lorànt Deutsch.

« L'invention » de la France 

Entre le travail propre des historiens et ce que la majeure partie de la population en sait par le biais des manuels auxquels elle est familiarisée durant sa scolarité, il existe de nombreuses étapes. En France, le cadre réglementaire du contenu des manuels scolaires a un cheminement complexe, et vient en partie expliquer la façon dont Lorànt Deutsch romance le Métronome : c'est sous la Restauration que ce contenu devient un enjeu de débat : il s'agit de souligner que le présent s'ancre dans la continuité historique et doit se lire comme un aboutissement. Le but est de construire une histoire commune à tous les Français, quelles que soient leurs origines. A travers l'école, pensée comme un puissant instrument d'intégration nationale, les écoliers, durant les décennies suivantes et particulièrement sous la Troisième République, apprennent une histoire fondée sur des faits saillants et sur les figures de ceux qui ont eu « une influence sur les destinées des peuples ou sur la marche générale de l'histoire », comme le mentionne la circulaire du ministre Fortoul en 1852. Ainsi, dans le contexte post-révolutionnaire et au cœur du mouvement européen de création des identités nationales au XIXe siècle, l'histoire a une fonction éminemment politique : des chercheurs tels que Benedict Anderson ou Anne-Marie Thiesse ont souligné le caractère construit des nations et des identités nationales, à contre-courant de l'idée selon laquelle l'appartenance à une nation se baserait sur une filiation issue de grands ancêtres et que l’existence des nations remonterait à la nuit des temps [1]

Sous l'Ancien Régime, on avait vu apparaître Clovis comme héros dans l'historiographie : il était considéré comme le fondateur de la royauté française et, à ce titre, représentant de l'affirmation de la vraie naissance de la France (avec un roi digne de ce nom). Les Francs étaient célébrés pour leur bravoure, leur noblesse morale... et aussi parce que de l'invasion des Francs date la division entre nobles et roturiers. D'où leur opposition politique aux Gaulois, qui vont être brandis en 1789 comme les vrais ancêtres des Français, les références institutionnelles ayant changé à la Révolution : les Gaulois contre les Francs, c'est le peuple, nouvellement promu, contre les nobles, nouvellement déchus. Sous l'action des historiens libéraux du XIXe siècle, les Gaulois vont peu a peu vaincre les Troyens, les Celtes et surtout les Francs, leurs concurrents frontaux dans le concours du « meilleur ancêtre » et du « meilleur représentant de l'identité nationale », la Troisième République étant l'apogée des usages du « mythe » gaulois, à travers des ouvrages tels que Le tour de la France par deux enfants d'Augustine Fouillée et L’histoire de France d’Ernest Lavisse. Ces événements sont ainsi relus et réinterprétés comme événements fondateurs dans le cadre d’un projet politique qui leur est postérieur de plusieurs siècles : la République [2]

Ce long détour par la façon dont l'histoire est construite et la construction de l'identité nationale vise à illustrer l'idée que Lorànt Deutsch procède de façon similaire dans son Métronome. Il considère en effet que les événements forment un ensemble orienté et signifiant, à l'aune de grandes figures qui auraient impulsé ce mouvement. À la différence près que les héros de l'auteur ne sont pas ceux qui sont traditionnellement identifiés comme tels. Ainsi, de nombreux blogueurs y ont remarqué l'omniprésence des rois, chefs et saints, considérés comme les figures centrales voire les moteurs de l'histoire de France. A l'inverse, les mouvements qui tentent de subvertir l'ordre établi - comme la Révolution de 1789 - sont associés à la « fureur populaire », à la « foule en colère » [3] , soit une vision homogénéisante proche de la psychologie des foules incontrôlables chère à Gustave Le Bon. D'autres sont expédiés en quelques lignes, comme la Commune de Paris. De ce point de vue, la fonction matricielle de l'histoire, en tant que fondement du sentiment d'appartenance nationale, n'a pas disparu : on retrouve aisément une lecture du passé qui repose sur des jalons biographiques (les grands personnages) et des événements emblématiques véhiculant une version héroïsée d'un récit constitutif de la grandeur nationale. Le Métronome est donc aussi une contribution à l'édification d'un imaginaire national : l'existence d'un héritage commun, mythe nécessaire à une forme de cohésion nationale, n'est finalement pas contestée quelles que soient les options politiques de ceux qui l'érigent : c'est sa composition qui varie. 


 Lorànt Deutsch, historien d'une cause 

L'ouvrage de Lorànt Deutsch est en effet fortement marqué du sceau des convictions idéologiques de son auteur. Royaliste (« de gauche ») assumé, il déclarait récemment : « pour moi, l'histoire de notre pays s'est arrêtée en 1793, à la mort de Louis XVI. Cet événement a marqué la fin de notre civilisation, on a coupé la tête à nos racines [sic] et depuis, on les cherche » (Le Figaro, mars 2011). A la lecture, on constate assez facilement, par la mise en exergue des saints et des rois notamment, que Lorànt Deutsch plaque une sorte de grille d'intelligibilité sur le passé pour essayer de le comprendre, à l'aune de convictions royalistes et catholiques. Sa déclaration au Figaro trahit une conception selon laquelle l'histoire de l'homme aurait une origine, un développement et se dirigerait vers un but qu'il faudra atteindre, à savoir « un concordat », selon le même entretien. 

Se projeter dans l'histoire ne signifie pas y transposer arbitrairement son regard, ses jugements et ses passions. Or Lorànt Deutsch procède à une mise en ordre des événements qui correspond à l'image qu'il voudrait que la société laisse d'elle-même à travers l'héroïsation systématique des mêmes fonctions. Là où le Métronome tend à s'imposer comme une référence historique dans son domaine aux yeux du grand public, son contenu informe moins sur la nature de l'objet analysé que sur le parti pris de son auteur. 

On passera sur les erreurs factuelles, sur le manque de sources, de bibliographie et d'analyse critique des documents, d'autres s'en sont fort bien chargés (ici, , ou encore là). La méthode retenue laisse penser que le moteur de l'histoire est divin et donc transcendant : il n'y a aucune place laissée au hasard des circonstances, puisque cela manifesterait l'impuissance ou l'imperfection divines. Lorànt Deutsch tente de découvrir le sens que Dieu a donné aux événements du serrurier Biscornet à Notre-Dame, qui « signe un pacte avec le Diable », sa tâche étant impossible « sans aide surnaturelle » [4], à Martin de Tours sauvant un lépreux [5] , en passant par l'évêque Marcel tuant « un authentique dragon » [6] , on se demande bien quels faits peuvent étayer ces hypothèses. Sans parler du miracle de Saint Denis qui, bien qu'on eût tranché sa tête au mont des martyrs (Montmartre), parvint ensuite à marcher six kilomètres en la prenant sous le bras avant de s'effondrer sur le lieu de sa sépulture [7] (sans préciser que cette légende n'est issue que de la représentation iconographique des martyrs décapités)... S'en remettre à des explications irrationnelles quand on manque d'explication concrète suggère l'orientation globale d'une temporalité trouvant son point de départ dans la Création. 

La pédagogie du sentiment d'appartenance passe, aussi bien dans l'ouvrage écrit que dans le documentaire télévisé, par l'emploi répétitif des possessifs de la première personne du pluriel (« nous » et « notre ») quand il est question du christianisme et de ses martyrs, comme si ce sentiment d'identité à ces figures était collectif et partagé. Le corollaire de cette valorisation des chefs et des figures religieuses et la quasi-absence des classes populaires, groupes sociaux divers qui sont tout autant constitutifs d'une histoire qui ne serait pas vue « d'en haut ». Les faits s'imposent implicitement, ils ne sont pas le fait d'hommes et de femmes autrement désignés que sous forme globalisante. Encore une fois, quand la politique s'incarne, c'est autour d'individus majeurs (Les rois puis De Gaulle deviennent la France).    

En relayant une vision de l'histoire avant tout marquée par l'action des Saints et autres Rois, Deutsch plaque sur les faits ses propres orientations en suggérant l'ancienneté d'une détermination politique avant tout marquée par l'influence de la chrétienté, et en passant sous silence des faits majeurs, rappelant la façon dont l'histoire fut construite au XIXe siècle et au début du XXe siècle, à l'époque où elle était moins une discipline scientifique qu’une entreprise de construction d’une mémoire nationale, comme nous l'indiquions plus haut. La coupure de 1789 est presque niée, et on croirait presque à une filiation entre mérovingiens et républicains, comme pour mieux rappeler l'antériorité des racines de la France éternelle. Il est dès lors assez farfelu de voir resurgir un modèle dont les évolutions historiographiques ont entraîné de vives critiques envers une histoire enfermée dans un roman national où les dimensions compréhensive, comparatiste et critique sont totalement absentes. 

 Que fait le service public ? 

Ces remarques étant faites, on ne sait pas grand chose de la réception qui est faite par les lecteurs et téléspectateurs de Lorànt Deutsch. Après tout, on peut penser que ceux-ci ne sont pas tous des spécialistes de l'histoire et peuvent dès lors trouver matière à s'instruire en retenant quelques informations ça et là sans forcément saisir ou être influencés par l'idéologie sous-tendue dans le livre et le documentaire. Si l'opération permet à ceux qui ne l'auraient pas fait en d'autres circonstances d'aborder un pan de l'histoire qui leur était méconnu, on ne saurait la disqualifier. Cependant, afin de prévenir toute interprétation partiale de l'histoire, il serait bon que le financeur de l'adaptation télévisée, à savoir le service public (à hauteur d'un million d'euro quand même), s'interroge sur la position et la légitimité des intervenants auxquels il fait appel. On ne peut retirer à Lorànt Deutsch sa passion pour l'histoire, mais elle ne constitue en aucun cas un gage des fondements, historiques ou mythiques, de ses arguments. En fait, il ne semble plus nécessaire de disposer d'un capital proprement scientifique pour se retrouver bombardé présentateur d'une émission d'histoire sur France 5. Dans la tension entre ce qu’est la discipline historique, qui nécessite du temps, et la façon dont elle est relayée dans les médias, dans le but de séduire un public beaucoup plus large que le seul auditoire intéressé par l'histoire, France Télévisions s'en remet à un dispositif mettant en scène une histoire distrayante, qui parle à tous, présentée par un animateur sympathique et connu du grand public, agissant sous la contrainte économique et symbolique du média qui doit « faire de l'audience », et a pour ce faire une certaine conception stratégique : la notoriété acquise par Lorànt Deutsch via ses activités originelles (acteur) et son intérêt revendiqué pour l'histoire semblent contribuer à un travail de sélection purement médiatique des commentateurs. « Bien passer » à la télévision permet de court-circuiter les instances de consécration traditionnelles : laboratoires de recherche, professeurs, instances universitaires. 

Il est à noter que France Télévisions n'en est pas à son coup d'essai en la matière : entre la minimisation des faits de collaboration de Renault, la révision historique du procès de Nuremberg (que rue89 avait déjà soulignée), et les multiples invitations, dans diverses émissions, d'« experts » - sous entendu : neutres et dépourvus de tout intérêt personnel -, en fait des personnalités qui n'ont aucune reconnaissance dans les champs académique et universitaire, alors que c'est précisément par les titres auxquels ces champs donnent droit qu'ils se présentent et sont présentés, le groupe audiovisuel prend de nombreuses libertés avec l'histoire. Avec les critères d'audience, soit l'alignement sur les canons économiques des chaînes privées, comme seule et systématique justification des approximations historiques, le service public audiovisuel semble bel et bien faillir à ses missions d'information et d'éducation. Il n'est bien sûr pas question de mettre en question la légitimité de Lorànt Deutsch à parler d'histoire ; il s'agit de situer le personnage et de comprendre quel sens de l'histoire il véhicule, au delà des mystifications selon lesquelles Métronome ferait autorité dans les milieux historiens. Au vu du succès des entreprises de Lorànt Deutsch, l'enjeu éducatif et civique semble de taille. La vigilance s'impose donc chez les lecteurs et téléspectateurs : le Métronome est l'histoire de Lorànt Deutsch

 Damien Boone Doctorant en science politique (CERAPS-Lille2)

Notes
[1]    Sur ce point, voir : ANDERSON Benedict, L'imaginaire national : réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996 (traduit de Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, London, Verso, 1991) et THIESSE Anne-Marie, La création des identités nationales, Paris, Seuil, 1999.
[2]    CITRON Suzanne, Le mythe national, l'histoire de France en question, Paris, Les Editions ouvrières/ Etudes et documentation internationale, 1987.
[3]    Épisode 2 de l'adaptation télévisée du Métronome (réal F. Hourlier). « Le quartier [du Faubourg Saint-Antoine] est parcouru […] par des essaims de harangères [sic] redoutées pour leur violence et leur vulgarité… Cette population miséreuse, qui appartient au paysage quotidien du faubourg tout en venant de l’extérieur, se montre toujours prompte à exprimer sa colère ! C’est elle qui […] entraîne les artisans sur la route dangereuse de la protestation et de la rébellion » lit-on également dans la première version de Métronome (Paris, Michel Lafon, 2009, p. 327). On peut lire l'excellente critique de William Blanc à ce sujet à cette adresse : http://www.goliards.fr/goliardises-2/la-revolution-version-deutsch-ou-lhistoire-yop/
[4]    Épisode 1 de l'adaptation télévisée du Métronome (réal F. Hourlier).
[5]    DEUTSCH Lorànt, Métronome illustré, Paris, Michel Lafon, 2009, p. 43.
[6]    Idem, p. 57.
[7]    Idem, p. 33. On peut aussi lire p. 39 : « et le miracle eut lieu : saint Denis pris sa tête sous le bras pour une longue marche... »