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samedi 5 novembre 2016

Les usages publics de l'histoire et le documentaire télévisé : le cas d'un documentaire sur Patrick Buisson

Auteure : Aurore Chery

Le 27 octobre 2016, France 3 diffusait Patrick Buisson, le mauvais génie. Réalisé par Tancrède Ramonet et produit par Morgane Production, il s'agit de l'adaptation de l'ouvrage homonyme d'Ariane Chemin et Vanessa Schneider. En le visionnant, on repense avec nostalgie à l'époque où inviter un leader d'extrême droite à la télévision suscitait le débat. Si le documentaire constate en effet que Buisson a contribué à faire sauter les digues entre « la droite traditionnelle et l'extrême droite », il se garde bien de préciser que la forme même qu'il adopte est le résultat de ces digues totalement absentes, qui n'affectent pas seulement la frontière entre la droite et l'extrême droite, mais une grande partie de la société française et, plus particulièrement, de ses médias. Ici, pendant près d'une heure, les grandes figures de cette droite nationaliste s'affichent à l'écran : Bruno Mégret, le souverainiste Paul-Marie Coûteaux, Eric Branca, ancien directeur de la rédaction de Valeurs actuelles, Jean-Sébastien Ferjou d'Atlantico, Yves Montenay, ancien de Minute, Martin Peltier de Radio Courtoisie. Notons au passage qu'en arrivant à France Télévisions en 2015, Delphine Ernotte avait déclaré : « On a une télévision d'hommes blancs du plus de cinquante ans et ça, il va falloir que ça change[1] ». Ici, bien que deux femmes soient les auteures du film, la seule présente à l'écran est Nathalie Kosciuzko-Morizet, pour une passage éclair. Il va sans dire que tout le monde est blanc. On remarque donc bien l'ampleur du changement. Notons encore que l'anti-intellectualisme règne et privilégie un confortable entre-soi journalistes-politiques. Le seul historien présent, Benjamin Stora, l'est à titre d'ancien étudiant de Nanterre, à la même époque que Buisson. Il s'agit donc avant tout d'un témoignage et non pas d'une analyse. Le recul critique est confié à Jean-Philippe Moinet, ancien journaliste au Figaro, créateur d'une association auto-proclamée Observatoire de l'extrémisme, organisme qui semble dormant et sert donc avant tout à gonfler le CV de son fondateur.

Le film commence par nous expliquer que ça n'a pas été facile, pour le jeune étudiant Buisson, d'être d'extrême droite à Nanterre, à la FNEF. Mais il assume, malgré tout. Pour un peu, il deviendrait presque héroïque, voire martyre quand les locaux de la FNEF sont attaqués. « Les gauchistes et Cohn-Bendit n'étaient pas des tendres » nous précise un de ses amis. Bruno Mégret nous évoque Minute « un journal un peu provocateur ». On débat pour savoir si c'était vraiment un journal antisémite. Au fond, Buisson, comme nous dit un autre intervenant, il a surtout permis de « libérer la parole ». La voix off tempère à peine. Par exemple, lorsqu'un extrait de la contribution de Buisson à LCI est présenté, on le voit évoquer un sondage relatif au procès Papon. Il  y expose que les plus âgés, c'est-à-dire, ceux qui ont connu Vichy, sont les plus indulgents à l'égard de cette période. A aucun moment, cette parole et ses implications ne sont décryptées. La lecture totalement spécieuse de l'Occupation à travers les ouvrages et les documentaires de Buisson (Paris Céline, L'Occupation intime, Amour et sexe sous l'Occupation) est à peine suggérée. Elle est pourtant sans ambiguïté quand l'auteur ne cesse de vanter les douceurs de la période – éminemment érotique selon lui – qu'il passe presque totalement sous silence l'antisémitisme de Céline et que les forces de la résistance sont les seules porteuses de violence et donc nécessairement néfastes. A cet égard, on est gêné de constater que le documentaire de France 3 a emprunté la rhétorique buissonnienne en décrivant les affrontements de Nanterre : les violences sont le fait exclusif des « gauchistes ».  En fait, c'est la geste buissonnienne qui nous est déroulée pendant une heure, son parcours, comment il a réussi, etc. Certes, il est bien un peu inquiétant, on nous précise qu'il est d'extrême droite mais puisque celle-ci s'est tant banalisée... Buisson devient ici intéressant en tant qu'être humain avec une histoire et c'est bien tout le problème puisque, parallèlement, il n'est jamais véritablement question des conséquences de ses idées autrement que sur un plan purement électoraliste. Les victimes du racisme et de l'islamophobie au quotidien, les victimes du sexisme aussi (un aspect de Buisson dont il n'est pas question dans le film) sont écartées. Enfin, le danger Buisson semble aujourd'hui appartenir au passé. Même si l'on voit Bruno Mégret affirmer fièrement que leurs idées ont triomphé, le film laisse croire que l'affaire des enregistrements à l'Elysée et, sous-entendue, l'élection de François Hollande, ont mis fin à son influence délètère. On va voir que les conditions de réalisation du film même montrent tout à fait le contraire.

Bien évidemment, tout cela n'a rien d'étonnant dans le climat actuel, le site Acrimed se fait régulièrement l'écho de ces dérives mais si je m'y intéresse aujourd'hui, c'est parce que j'ai été le témoin privilégié des transformations radicales subies par ce film, ce qui m'a conduite à me retrouver – bien malgré moi au vu du résultat final – mentionnée dans les remerciements. Ce point de vue de l'intérieur m'amènera à poser plus largement la question du statut du documentaire à la télévision. Il y a quelques mois, j'ai été contactée par Tancrède Ramonet,  dont je connais le travail par ailleurs et qui est aussi un lecteur des Historiens de garde, pour intervenir dans son film. Son objectif était alors de traiter de la « buissonnisation des esprits ». Les usages publics de l'histoire par Patrick Buisson, directeur général de la chaîne Histoire depuis 2007, réalisateur de documentaires et d'ouvrages de vulgarisation sur l'Occupation, Louis-Ferdinand Céline ou les guerres de Vendée devaient être au cœur du propos. Etait-ce un choix légitime ? Parfaitement, dans la mesure où l'histoire est absolument centrale dans la stratégie buissonnienne : dans une interprétation très personnelle de Gramsci, Buisson fait de l'histoire l'un des principaux éléments pour imposer l'hégémonie culturelle de l'extrême droite. Une telle ambition ne s'est évidemment pas bornée à la chaîne Histoire. Comme l'a montré l'ouvrage publié par le CVUH, Comment Nicolas Sarkozy écrit l'histoire de France, l'histoire a été un des fondements de la campagne du candidat et ce, au prix de déformations et de manipulations dans le but de servir son discours électoral. De même – et ça le documentaire le précise – c'est Patrick Buisson qui a imposé dans le débat politique le terme « identité », utilisé par Philippe de Villiers, avant de se voir consacrer par le « Ministère de l'immigration et de l'identité nationale » sous la présidence Sarkozy. Pendant une demi-journée de tournage, nous avons donc abordé ces sujets, nous avons même traité de l'image de la femme chez Buisson mais il est vrai, aussi, que nous avons parlé de son influence plus large, et ce jusqu'à la télévision publique. En effet, comme je l'ai déjà montré ailleurs, la télévision publique a été totalement conquise elle-même par les idées buissonniennes. Sous la présidence Sarkozy, elle a largement participé à la réécriture d'un nouveau roman national réactionnaire[2] qui se poursuit actuellement à travers le soutien de productions comme Métronome de Lorànt Deutsch sur France 5 ou encore de Secrets d'histoire sur France 2. Tout cela, il en a donc été question et Tancrède Ramonet avait l'air véritablement déterminé sur le sens qu'il voulait donner à son film. De manière tout à fait anecdotique, il m'est arrivé de parler de « la Fête du travail », ce qu'il a absolument tenu à corriger pour que je parle de « la Fête des travailleurs ». De cette demi-journée de tournage, il n'est absolument rien resté. A ce moment-là, j'étais cependant loin d'imaginer ce qui allait se passer même si des expériences antérieures à France Télévisions m'y avaient préparée. Pour rappel, en 2011, j'avais participé à un documentaire de Frédéric Compain intitulé Tête-à-tête avec Louis XVI. Il était destiné à être diffusé sur France 2, en deuxième partie de soirée, à la suite du film de Thierry Binisti, Louis XVI, l'homme qui ne voulait pas être roi. Frédéric Compain est connu pour être un réalisateur qui donne une patte très personnelle à ses films et, au fond, c'est bien aussi le rôle du réalisateur de documentaire. Il n'hésite pas à explorer des terrains inhabituels. Au cours de ce tournage, nous avons donc parlé usages publics de l'histoire, transformation de l'image de Louis XVI à travers les médias et plus particulièrement la télévision, comment tout cela était en très grande partie liée à la présidence Sarkozy et, par ricochet, à l'influence de Patrick Buisson. Au cours de cette partie du tournage, une représentante de la chaîne n'a pas cessé d'intervenir auprès du réalisateur pour lui faire savoir qu'il allait trop loin, que ce n'était pas possible. Même s'il n'est rien resté de cette partie dans le montage final, la sanction est tombée à la programmation avec une diffusion sur France 5, en plein été, à un horaire tardif...  On le voit donc, cela fait longtemps que les usages publics de l'histoire font partie des grands tabous de France Télévisions, on regrette cependant de constater que la situation s'est encore dégradée. Ainsi, j'ai non seulement été rayée du film mais je n'ai même pas été invitée à la présentation à la presse, une pratique tout à fait inhabituelle. S'il est peu probable que j'aie souhaité me rendre à une soirée où se trouvait tout le gratin de l'extrême droite, je ne peux que remarquer que j'embarrassais. Qui ? C'est la question qui reste posée et qui semble, elle aussi, éminemment embarrassante. Le réalisateur m'a appelée le lendemain de cette présentation à la presse pour me faire croire que ma radiation du film s'était décidée le matin même de cette présentation. Outre que la pratique est concrètement peu envisageable, le site coulisses-tv.fr annonçait la liste des intervenants du documentaire dès le 5 octobre, et je n'y apparaissais évidemment pas[3]. Questionnée sur le sujet, Ariane Chemin n'a trouvé rien de mieux que de nier le fait que je n'aie pas été invitée.

Dans ces conditions, en notant l'opposition totale entre la note d'intention de l'auteur et le résultat final, on peut se demander s'il s'agit encore de documentaire. Le grand public confond régulièrement le documentaire (film d'auteur) et le reportage (travail journalistique), on le comprend tant la frontière semble de plus en plus ténue entre ces deux genres à la télévision. Néanmoins, malgré cela, on continue à agir comme si le réalisateur assumait bien son rôle d'auteur et je me suis trouvée particulièrement gênée quand Tancrède Ramonet a dû m'expliquer, de manière peu convaincante puisque c'était lui qui avait tenu à ce que je sois dans son film, pourquoi je n'y étais pas finalement. Il aurait été plus raisonnable que le véritable auteur de cette décision en assume toute la responsabilité. Je peux comprendre – et c'est plutôt risible – quand Secrets d'histoire m'appelle pour me demander, dans un premier temps, de participer à une émission sur Louis XVI puis finit par annuler sous prétexte que je critique les émissions de Stéphane Bern, avant de me rappeler – après une protestation publique de Jean-Luc Mélenchon, très relayée, concernant l'émission[4] – pour me demander de participer à une émission sur Louis XIV dont je ne suis absolument pas spécialiste et que j'ai donc naturellement décliné. Je comprends moins en revanche que le documentaire, théoriquement l'un des derniers espaces de liberté à la télévision, qui souffre déjà de se trouver réduit à des cases de diffusion de plus en plus réduites et de plus en plus tardives, doive en plus être ravalé aux pratiques d'une émission de divertissement culturel. Il est vrai, sans doute, que ce film ne changera pas grand chose à un climat déjà considérablement dégradé et inquiétant. Il révèle cependant plus ouvertement certains positionnements médiatiques qui font froid dans le dos.




mardi 25 septembre 2012

« La Résistance » ou le balancier de l’histoire par Sonia Combe.

Ce texte a été publié dans la revue Témoigner entre histoire et mémoire, revue de la Fondation Auschwitz de Belgique, n°108, septembre 2010, dossier « Témoins et historiens à l’épreuve de l’écriture filmique ». Il est reproduit ici avec l’autorisation de la revue.



« La Résistance », docu-fiction diffusé en prime time à l’automne 2008, semble avoir définitivement légitimé le genre. En atteste sa réception auprès de la presse, dont les critiques n’ont pratiquement pas porté sur la forme, et auprès du public puisque ce docu-fiction qui appartient au genre du documentaire historique généralement relégué aux cases horaires plus tardives, aurait, selon les estimations de l’audimat, avec ses 4,5 millions de téléspectateurs, devancé « Jurassic Park » de Steven Spielberg (4,4 millions) et l’émission de Mireille Dumas « Vie privée, vie publique » (3,5 millions) au programme de la même soirée.
Cette performance tient au fait que le réalisateur à l’origine du projet, Christoph Nick, a su s’adjoindre les compétences nécessaires et bénéficier d’un budget plus que conséquent (6 millions d’euros). C’est là le fruit de la collaboration de deux chaînes du service public, France 2 et France 5. Composé de documentaires-fictions (2 fois 90 minutes) produits par France 2 et de documentaires (4 fois 52 minute) produits par France 5, « La Résistance » a mobilisé en tout 3 réalisateurs, 110 comédiens, 1500 figurants, 2 documentalistes et 10 historiens. Sans compter quelques « aimables participations » dont les bénéfices secondaires peuvent être gratifiants en termes d’image et, last but not least, le patronage de Simone Veil. On avait donc à faire à un travail doublement accrédité, à la fois par un témoin doté d’un fort capital symbolique et par les savants.

samedi 7 février 2009

14-18, le bruit et la fureur : chronique d’une offensive télévisuelle par Julien Mary


Avez-vous vu mardi 11 novembre dernier, en prime timesur France 2, le documentaire 14-18, le bruit et la fureur ? Annoncé à grand renfort de tambours, le film a permis à la chaîne de réaliser un excellent score d’audience : 5 893 000 téléspectateurs, soit 21,3 % de parts de marché (source : Médiamétrie). Meilleure audience pour un documentaire sur France 2 depuis janvier 2006 et la sulfureuse Odyssée de la vie ! Avec la note de 8,5 / 10, à égalité avec l’émission Faites entrer l’accusé, le documentaire est également placé en tête du baromètre qualitatif publié par France Télévisions pour le mois de novembre, toutes chaînes et tous programmes confondus. On ne sait si le titre choisi en référence au chef d’œuvre de William Faulkner a contribué à un tel succès, mais il est certain que le documentaire n’en partageait pas les mêmes attendus. La direction de la chaîne se félicite néanmoins du score réalisé. Pour elle, les téléspectateurs « ont manifesté ainsi leur désir de mieux comprendre et de ne pas oublier ceux qui ont combattu lors de cette Grande Guerre. »
« Mieux comprendre et ne pas oublier » : un objectif ambitieux et bien légitime, dont il ne s’agit aucunement ici de remettre en cause le bien-fondé. Les historiens n’ont pas le monopole de l’histoire et il est essentiel de l’ajuster à des supports et des publics variés. Le film se proposait ainsi de nous rendre sensible l’expérience de la Grande Guerre à travers le récit d’un soldat français prétendument "type", commentant, année après année, des images inédites du conflit. En effet, « tout est loin d’avoir été dit sur la “der des ders”, sur l’histoire de cette immense tromperie, de ce gâchis infini » (http://programmes.france2.fr/14-18, 12/11/2008). Et on ne pouvait que se réjouir à l’idée de voir ainsi renouvelée l’approche télévisuelle de 14-18 : on allait voir ce qu’on allait voir… Mais dès la lecture du résumé proposé par France 2, l’on s’aperçoit que c’est au contraire une vision spécifique, bien connue des historiens de la Grande Guerre, qui constitue l’arrière-fond du documentaire, et que, loin de contester la version officielle, le documentaire en fait la trame de la narration :

« A travers le récit d’un soldat qui a traversé toute la guerre et qui parle aussi au nom de ses camarades, "14-18 le bruit et la fureur" est un documentaire réalisé à partir d’images d’archives, pour la première fois, restaurées, colorisées et sonorisées. A rebours de la victimisation du soldat qui a longtemps prévalu, le propos de ce film est nouveau : la Grande Guerre a été entretenue par un consentement général. Ce sont des sociétés entières qui se sont jetées dans ce qu’elles pensaient être un combat de la civilisation contre la barbarie. » (Id.)

Rien n’est dit du statut de ce narrateur omniscient, de ce combattant dont le téléspectateur ignore s’il a véritablement existé ou s’il a été inventé pour les besoins du film. Outre son absence de caractérisation sociale et l’inconstance de son point de vue – notre héros s’exprime en effet tour à tour en simple combattant, officier d’état-major, historien, allant même jusqu’à prendre des allures de prophète –, la question première posée par ce procédé narratif n’est elle pas celle de la pertinence de cette narration fictive elle-même, qui ne s’avoue de plus jamais comme telle ? Pourquoi ne pas construire le propos du film autour de témoignages réels ? Pourquoi leur préférer un témoignage fictif, construit pour les besoins d’un film et la défense d’une historiographie se jugeant en perte de vitesse sur le terrain public, et qui déploie son discours caché sous le masque du réel, celui d’un authentique combattant auquel le film donne un âge (24 ans en 1914), un ami (Léon), une fiancée (Marthe), et même un visage ? Au début du film, en effet, le narrateur commente ainsi la photographie d’un groupe de soldats : « C’est la seule photo de moi que j’ai conservée. Elle a été prise dans l’Artois, au lendemain d’une nuit d’épouvante. Je suis au troisième rang, le quatrième en partant de la gauche. » Comment expliquer un tel parti pris narratif, non clairement établi et par conséquent largement inintelligible au spectateur ? Pourquoi choisir le "témoignage fictif" comme mode explicatif grand public d’un passé pourtant pourvoyeur d’un nombre important de témoignages ? Les téléspectateurs sont-ils jugés incapables d’appréhender ce type d’archive spécifique qu’est le témoignage combattant ? Y a-t-il rejet de ce matériau en tant que source digne de contribuer à écrire l’histoire ?
La réponse à ces questions nous est fournie en substance par Jean-François Delassus lui-même, pour lequel son héros est un « soldat inconnu, qui a traversé toute la guerre, puis qui a lu, vu beaucoup de films et réfléchi sur ce qu’il a vécu. […] La version qu’il donne, son point de vue sur les mentalités d’alors sont proches de l’école de pensée historique à laquelle appartient Annette Becker » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.), unique conseillère historique du film. Ce soldat n’est ainsi pas inconnu pour tout le monde : à l’historial de la Grande Guerre de Péronne (1), cela fait dix ans qu’il est sur la ligne de front du débat historiographique. En soldat fidèle et obéissant, il témoigne naturellement en faveur de l’histoire qui lui a donné vie :

« Du ventre de la terre vulcanisée, je vois naître les grandes catastrophes du siècle. Elles sont toutes issues d’une même tragédie : 14-18. […] 10 millions de morts, 23 millions de blessés, c’est-à-dire la moitié des 70 millions de mobilisés. C’est la vérité nue de 14-18. Mais c’est trop abstrait, et moi je connais la souffrance de tous ces hommes, un par un. […]
Bien sûr, je lis des témoignages, j’écoute les historiens me raconter ma guerre et je regarde quantité de films qu’on discute avec les potes. Et alors ? Alors on décrit beaucoup trop souvent 14- 18 comme le conflit imposé à la troupe, c’est-à-dire subi. […] Mais la vérité est différente, notre guerre à nous est librement consentie. Sinon, pourquoi moi et tous les autres on aurait accepté quatre années de douleurs intenses, la promiscuité irrespirable, les conditions de vie innommables, tout ça en se révoltant si peu ? Nous on a fait corps avec cette guerre. Y consentir en 14, c’est notre raison d’être. […] Comment on se parlait avec Léon et les autres ? On utilisait des mots dont les valeurs n’ont plus cours : Patrie, devoir, parole, héroïsme, honneur, haine ! [Sur ces mots, apparaît l’intitulé du premier chapitre : « 1914 HONNEUR ET HAINE »] Des mots essentiels qui ont fait la guerre à travers nous... »

14-18 serait donc la matrice du XXe siècle et de toutes ses horreurs ; la ténacité des combattants s’expliquerait par leur consentement général à la guerre, tout particulièrement entretenu par une haine commune de l’ennemi et un patriotisme tenace : cette lecture particulière du conflit est imposée au téléspectateur dès l’introduction du film. Mais si ces idées sont familières aux lecteurs des ouvrages d’Annette Becker, les auteurs du film omettent d’en présenter au grand public le caractère construit et éminemment polémique (2). Par ailleurs, le narrateur place sur le même plan des lectures du conflit d’essences très hétéroclites (témoignages, travaux des historiens et œuvres de fiction). Pour lui, quelle qu’en soit la nature, ces différents modes de rapport au passé donnent la plupart du temps une fausse image du conflit : SA guerre n’a pas été subie, mais « librement consentie » (3) [notons la tournure pléonastique, figure d’insistance]. Cet amalgame, associé à l’ambiguïté entretenue autour de la dimension réelle ou fictive de ce récit, illustre bien le peu de cas que ce type d’histoire fait des témoignages de combattants (4).
Sur le site Internet de France 2, le contenu de ce film, largement inspiré des outils d’analyse élaborés par Annette Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau dans 14-18, retrouver la guerre (Paris, Gallimard, 2000), est présenté comme une nouveauté, avec toute l’imprécision et la prétention véhiculée par ce terme :

« A rebours de la victimisation du soldat qui a longtemps prévalu, le propos de ce film est nouveau [souligné par nous]  : la Grande Guerre a été entretenue par un consentement général. […] En suivant les analyses d’Annette Becker, l’un des chefs de file de ce nouveau[Id.] courant historiographique, ce film donne une vision neuve [Id.] de ce conflit dont l’ampleur, la violence, le caractère total ont à la fois préfiguré et engendré les tragédies du XXe siècle. » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.)

Comment faire du neuf avec de l’ancien ? Balayant d’un revers de main près de dix ans d’historiographie, les thèses de 14-18, retrouver la guerre (5) font ici peau neuve et s’offrent à grands frais – à 20h50 s’il vous plaît ! – une nouvelle jeunesse… Et tout est effectivement neuf dans ce documentaire... Mais neuf au sens d’inexpérimenté [et d’inopérant] : le narrateur est un poilu anachronique, fraîchement moulu au seuil des années 2000 ; les images sont des (re)constitutions, ne reflétant les réalités du conflit qu’au travers d’un prisme essentiellement propagandiste non clairement explicité et assumé ; le discours scientifique, lui, campe des tranchées mal conçues et déjà pas mal ébranlées... L’année 2000, date de la sortie de 14-18, retrouver la guerre, marquerait-il la "fin de l’histoire" du premier conflit mondial ? C’est en tout cas ce que semble penser Jean-François Delassus :

« Ce livre est essentiel. Même si, bien évidemment, je me suis penché pour faire ce film sur d’autres livres confirmant, nuançant ou infirmant le propos de 14-18, retrouver la guerre. Le regard que ces deux historiens portent sur la Première Guerre mondiale va à l’encontre de la vision habituelle d’une guerre subie, d’une troupe contrainte à se battre par une poignée de Généraux va-t-en guerre, avec pour preuves les mutineries de 17, les fusillés pour l’exemple, les désertions. » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.)

Et c’est ainsi tout l’appareil analytique de 14-18, retrouver la guerre que l’on retrouve au cœur de ce documentaire : le consentement au conflit, la haine de l’ennemi, la Première Guerre mondiale comme matrice du XXe siècle et, d’une manière plus diffuse, la notion même de culture de guerre (6)(7) Cet appareil de propagande en place, il reste donc à l’illustrer. Et l’option retenue est caractéristique de l’art de l’endoctrinement. Les « images d’archives » étant indissociables dubourrage de crâne qu’elles véhiculent, l’on s’attend à ce que le discours de vulgarisation scientifique tenu par notre héros vienne circonstancier et expliciter cette consubstantialité. Au lieu de cela, par un habile procédé de mise en abîme, la prosopopée du narrateur est elle-même le véhicule d’un deuxième discours propagandiste, au service de l’historiographie du conflit aujourd’hui dominante :

« Comment j’ai dit oui à la guerre ? Grâce à ces archives filmées, vous allez voir ce que j’ai vécu, au plus près. En 14, le cinéma est à ses débuts. Faut savoir que les caméras ne vont pas partout et filment sur ordre. L’armée réalise des reconstitutions après les grands évènements. Nous, les Poilus, on est stupéfait qu’ils pensent à faire ça. Mais je vais quand même vous raconter la guerre avec ces images. »

Un avertissement préliminaire vient avertir le téléspectateur : « Ce document est réalisé à partir d’images d’archives d’époque colorisées et sonorisées. » Si l’objectif apparent de ce parti-pris consistant à donner la parole au muet et à coloriser les images dans lesquelles s’inscrit le vécu du narrateur (tout en conservant en noir et blanc celles qui lui sont immédiatement étrangères) est d’accroître la dimension télégénique du film, la tentation sous-jacente est bien celle de faire dire aux images ce que l’on veut ! Pour Laurent Véray, « cela revient à dire que la valeur ontologique des archives en noir et blanc n’est plus suffisante, et qu’il est désormais nécessaire de produire de la nouveauté par réincarnation digitale. […] Sans chercher à se poser en gardien de l’orthodoxie des archives, il faut bien reconnaître que cette pratique est très discutable » (L. Véray, La Grande Guerre au Cinéma, Paris, Ramsay, 2008, p. 230). Laurent Véray..., que l’on retrouve pourtant au générique du documentaire comme consultant historique ! (8)
Ces « image d’archives », mêlant reconstitutions d’époque, films de propagande, images « authentiques », extraits de films de cinéma, photographies, reproductions de cartes postales, et extraits du reportage anglais La Bataille de la Somme (1916), ne font d’ailleurs l’objet d’aucune présentation critique. Le téléspectateur se retrouve ainsi noyé dans une succession de plans courts où s’enchaînent des images répondant à des logiques fonctionnelles différentes, mais dont la plupart émanent du commandement militaire qui les instrumentalise. Cette accumulation prédispose une fois de plus le spectateur à l’amalgame : ce qui lui est donné de voir pour la première fois, c’est un bloc d’« images d’archives d’époque », dont la seule concession aux standards télévisuels contemporains est d’avoir été colorisé et sonorisé. Avec de telles archives cinématographiques, données comme authentiques et inédites, une éminente conseillère historique, le soutien du ministère de la Défense, un 11 novembre à 20h50 sur une chaîne publique…, nul doute que ce documentaire remplit tous les critères d’une émission sérieuse, devant laquelle on peut s’installer en famille.
Commémorations du 90e anniversaire de l’armistice obligent, la plupart des organes de presse, TV et généralistes, ont relayé l’annonce du programme telle que présentée dans le dossier de presse de France 2, sans aucun travail critique (9) : le réalisateur, écrit par exemple Marion Festraëts dans L’Express : « a réuni des kilomètres d’archives pour rendre la vérité d’une tuerie consentie : la guerre de 1914-1918. […] Delassus narre, année après année, le quotidien d’un soldat inconnu en s’appuyant sur 90 % d’images d’époque. Colorisées, sonorisées – une première – ces images montrent une guerre inédite, proche et palpable » (http://www.lexpress.fr/culture/tv-radio//14-18-le-bruit-et-la-fureur-france2_690116.html?xtor=RSS-194, 12/11/2008)… Ainsi, pour Lionel Kaufmann, « la qualité de ce documentaire viendrait non pas des sources elles-mêmes, mais des prouesses techniques qui aujourd’hui colorisent et sonorisent des images d’archives. Une telle entrée en matière occulte

• qu’à aucun moment dans ce documentaire, il n’est procédé à un travail relativement à la nature, l’identification et la contextualisation des sources utilisées (...) ;
• que seuls les extraits des films de fiction sont identifiés par leur titre et leur date de sortie ;
• que nous ne disposons d’aucune image authentique des combats de 1914-1918 ;
• qu’il n’y a aucune raison historienne de coloriser ces images ; • le fait que les sons ou les dialogues ont été inventés pour l’occasion.
En définitive, les images ne servent que d’illustration aux propos du narrateur, poilu imaginaire, et ce soi-disant documentaire historique n’est qu’une œuvre de fiction de plus, un roman à thèse à la forme picturale particulière (...). L’intention n’en est pas moins de faire croire au spectateur que ceci est « vrai », plus vrai en tout cas que tous les films de fiction consacrés à la guerre de 1914-1918 pour zapper ces derniers. » (http://lyonelkaufmann.ch/histoire/2008/11/17/14-18-le-bruit-et-la-fureur-le-retour-du-bourrage-de-crane/, 20/11/2008)

Rappelons-nous en effet les propos d’Annette Becker, recueillis par Jean Birnbaum dans son fameux article « 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens » :

« Ceux qui nous critiquent ne sont pas nombreux et leurs travaux m’intéressent peu. Mais, du point de vue de l’espace public, il est clair que nous avons perdu depuis longtemps. Ils ont le film de Christian Carion (10) pour eux : un peu d’antimilitarisme franchouillard, quelques anachronismes, plein de petites lumières, et on fait pleurer dans les chaumières. Quand je suis allée le voir au cinéma, je n’ai pas cessé de rire, et j’ai eu droit à des regards noirs ! Pour le public, il est plus facile de croire que nos chers grands-parents ont été forcés de faire la guerre par une armée d’officiers assassins. » (Le Monde, 10/03/2006)

Dédain de l’"adversaire historiographique" (11) et mépris pour un grand public jugé trop candide : deux aspects que l’on retrouve exprimés par le narrateur du documentaire lui-même, dont la ténacité prendrait ainsi sa source dans une haine commune de l’ennemi – facteur de cohésion de la troupe – et la croyance partagée en un corps de valeurs d’essences patriotique et républicaine. Un aspect fusionnel de la relation auteurs-narrateur parfaitement assumé par Isabelle Rabineau, collaboratrice à l’écriture du film :

« Dans 14-18, nous nous reconnaissons. C’est un miroir ou un autoportrait, au mimétisme flagrant et collectif, au-delà de tout sentiment nostalgique abusif. 14-18 est propice aux fantasmes, certes. C’est que cette guerre est faite d’une complexion spéciale, très malléable. On peut aisément y mouler ses empreintes, s’y façonner une "mémoire d’avant". […]
Enfin, je m’interroge : 14-18, le bruit et la fureur est-il exactement un documentaire ? Je n’en suis pas sûre. Le monologue du soldat, tout en suivant les images seconde après seconde, emporte le film vers une dimension pas vraiment interprétative ni fictionnelle, mais récitative, en chair et en os, en direct en quelque sorte. Finalement, la voix est un prélude respectueux aux images, qu’elle ne corrompt ni n’oblitère. Chœur ou récitant emprunté au genre tragique, c’est un peu comme si d’aujourd’hui et d’hier, elle retrouvait des empreintes perdues dans la boue.
Celles d’un soldat et puis d’un autre (et d’un autre et d’un autre etc.) que l’on suivrait à l’infini dans le passé tout en sachant qu’il n’est ni tout à fait présent ni tout à fait disparu, à la fois témoin, passant par là, regardant la guerre à travers le prisme de ses désirs et de ses frustrations, et des nôtres tout autant. » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.)

Coupés de ce passé qui n’a pas un siècle et qui a touché de plein fouet la plupart de leurs familles, de nombreux Français éprouvent ainsi un intérêt tout particulier pour l’objet 14-18. En témoignent les succès de librairie des éditions et rééditions de lettres et journaux de combattants, ainsi que ceux de films tels que Joyeux Noël ou Un long Dimanche de fiançailles… Dans un pays en "paix" depuis plus d’un demi-siècle, parmi des citoyens qui ne connaissent plus la guerre, ni même souvent la caserne, la ténacité des combattants laisse songeur : désormais qualifiée d’incroyable, elle nous laisse perplexe, elle nous émeut, sans que l’on sache très bien pourquoi… L’imaginaire contemporain que l’on plaque sur ces évènements contribue à nous en maintenir à distance, en même temps qu’il renforce encore notre curiosité pour ce pan de notre histoire, confinant presque à l’exotisme. 14-18, le bruit et la fureur, dans son propos et sa conception, renforce ce magnétisme exercé par la Grande Guerre. Il larévèle plus qu’il ne l’explicite. Car la bonne parole n’est pas ici celle des hommes, témoins et/ou historiens du conflit, mais celle de cet être, mi-combattant–mi-poète, mi-historien–mi-prophète, de cette entité qui se dit révéler le sens caché de l’expérience combattante, de quoi combler la fracture de l’incompréhension par un remblai de mysticisme dogmatique. Au total, 14-18, le bruit et la fureur est donc bien une fiction, au sens strict du terme. Mais c’est une fiction qui ne dit pas son nom, et dont la fonction est éminemment prosélytiste… Sa mission : entamer la reconquête du terrain public "perdu" au profit d’autres visions du conflit. Le film est ainsi paru le 19 novembre dernier en coffret double DVD, sous le titre 14-18, une guerre immense. Il s’accompagne de nombreux bonus (12), dont une interviewe de Lazare Ponticelli. Nul doute, selon Lionel Kaufmann, qu’il trouvera « une place de choix dans la mallette des enseignants ». Sur le site du Centre National de Documentation Pédagogique (CNDP), dans la série « télédoc – le petit guide télé pour la classe », un dossier consacré au film était déjà disponible avant même la diffusion du documentaire. Afin de guider ses confrères professeurs d’histoire et de géographie qui souhaiteraient diffuser le film à leurs élèves, Olivier Dautresme y propose plusieurs pistes de travail, dont les deux premières sont particulièrement édifiantes :

-  « Les formes de la "brutalisation" – Identifier les nouveaux seuils de violence franchis par la Grande Guerre, chez les combattants comme chez les civils » ;
- « Une "croisade" ? – Repérer quelques expressions de la "culture de guerre" qui a rendu possible le "consentement" des populations ». (http://www.cndp.fr/tice/teledoc/mire/teledoc_1418lebruitetlafureur.pdf, 12/11/2008).


Un quasi-décalque de la table des matières de 14-18, retrouver la guerre (13)… Gageons cependant que de nombreux téléspectateurs et la majeure partie des enseignants seront assez critiques pour ne pas succomber à ce plan média !


Julien Mary
Doctorant en Histoire – Membre du CRID 14-18 (14)


Notes :

(1) A l’origine de l’Historial de Péronne, souvent perçu comme le musée français "officiel" de la Première Guerre mondiale, le Centre de Recherche de l’Historial, réunissant plusieurs spécialistes internationaux du conflit, a pour vocation la promotion de la recherche sur l’objet 14-18. Annette Becker en partage la vice-présidence avec Stéphane Audoin-Rouzeau et Gerd Krumeich. Son père, Jean-Jacques Becker, en est le président.
(2) Pour une analyse critique de ces concepts, voir, sur le site du CRID 14-18, le « Répertoire critique des concepts de la Grande Guerre » (http://www.crid1418.org/espace_scientifique/textes/conceptsgg_01.htm) et la reproduction de l’article de Rémy Cazals dans le numéro 46 de la revue Genèses (03/2002, pp. 26-43), « 14-18 : Oser pense, oser écrire » (http://www.crid1418.org/doc/textes/cazals_oser.pdf)
(3) Pour une discussion du concept de consentement, voir notamment Frédéric Rousseau, « "Consentement", requiem pour un mythe "savant" », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 91, 08-09/2008, pp. 20-22.
(4) Exception faite de ceux des élites... Sur la page Internet du site de France 2 consacrée au documentaire, Annette Becker, questionnée sur la place réservée aux artistes et intellectuels dans 14-18 retrouver la guerre, répond : « Parmi les plus grands artistes de l’époque, qu’ils soient impressionnistes allemands, poètes français, écrivains britanniques ou américains, certains ont été les témoins directs ou indirects de ce conflit. Autant de sources absolument magnifiques pour les historiens ou tous ceux qui veulent essayer de comprendre cette guerre. » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.).
(5) Voir, par Blaise Wilfert-Portal, le compte-rendu critique de l’ouvrage sur le site du CRID-14-18 (http://www.crid1418.org/bibliograph...).
(6) Pour André Loez, dans son « Répertoire critique des concepts de la Grande Guerre » (http://www.crid1418.org/espace_scientifique/textes/conceptsgg_01.htm), « la « culture de guerre » est [initialement] définie de manière très large : « le champ de toutes les représentations de la guerre forgées par les contemporains » (Becker et Audoin-Rouzeau, « Violence et consentement : la "culture de guerre" du premier conflit mondial », in Rioux et Sirinelli (dir.), Pour une histoire culturelle, Paris, Seuil, 1997, p. 252). […] une variante nettement plus dense de la « culture de guerre » y voit, pour le cas français, une « spectaculaire prégnance de la haine », nourrissant une « pulsion "exterminatrice" » (Becker et Audoin-Rouzeau, 2000, op.cit., p. 122). »
Pour ses détracteurs, analyse A. Loez, « le concept de « culture de guerre » est trop englobant pour être opératoire, puisqu’il regroupe les représentations de tous les pays belligérants, et de tous les groupes sociaux à l’intérieur de ces pays. […] Dans sa version extrême qui y voit une « culture de la haine », la notion est fort simplificatrice, peu fondée par des sources et invalidée par les travaux attestant d’une « culture du temps de paix » ou de cultures politiques maintenues ou réactivées dans le cadre guerrier (Cazals, 2002, op.cit., p. 45 et Loez, « Mots et cultures de l’indiscipline : les graffiti des mutins de 1917 », Genèses, n°59, juin 2005, pp. 25-46). Plus profondément, il apparaît problématique de lier l’émergence spontanée d’une « culture » à un événement, fût-il majeur comme la Grande guerre. On comprend mal comment une « culture », c’est-à-dire un ensemble complexe et cohérent de représentations partagées, pourrait apparaître en quelques semaines. De plus, le terme « culture de guerre », en liant une culture à un événement, efface la longue durée sur laquelle, précisément, se construit, se modifie et se transmet une « culture ». Enfin, il faut relever la circularité des raisonnements qui se basent sur cette notion : on dit à la fois que cette culture est « issue » du conflit et qu’elle en est la « matrice », donc que la violence explique la culture, mais que la culture explique la violence… (Becker et Audoin-Rouzeau, 2000, op.cit., p. 259). »
(7) Il est intéressant de constater que ce parti-pris ne relève vraisemblablement pas de la politique éditoriale de France 2, comme en témoigne le téléfilm Le Voyage de la veuve, diffusé ce mardi 9 décembre, et dont le propos était, sur bien des aspects, l’exact contrepoint de celui de 14-18, le bruit et la fureur. Mais avec 14 % de PDM et 3 589 000 téléspectateurs [source : Médiamétrie], plaçant ainsi France 2 derrière TF1, France 3 et M6, le programme est loin d’égaler le score d’audience réalisé par le documentaire.
(8) [Laurent Véray nous a écrit pour apporter une précision sur ce point :]
"Bonjour,
Venant de découvrir sur votre site le texte de Julien Mary sur le film "14-18, le bruit et la fureur", je me permets, puisque je suis cité, d’apporter une précision. Je n’ai pas été consultant historique sur ce docu-fiction, mais sollicité par Program 33, qui l’a produit, pour donner des références d’images d’époque en rapport avec les thèmes que Jean-François Delassus voulait développer. Autrement dit, il s’agissait plutôt d’un travail de documentaliste. Je n’ai donc absolument rien à voir avec les choix historiographiques et narratifs effectués par le réalisateur. Je suis d’ailleurs d’accord avec l’analyse de Julien Mary concernant l’usage abusif dans ce film des archives cinématographiques (colorisation, modification du format, sonorisation, absence d’identification, amalgame en tout genre...), ce que je n’ai pas manqué de dire et de redire à l’équipe de réalisation... Mais à l’évidence cela n’a pas servi à grand chose.
Bien à vous
Laurent Véray
Maître de conférences
Département des arts du spectacle
Université de Paris Ouest-Nanterre"
(9) Outre Télérama, deux exceptions au moins méritent d’être signalées. Soulignant l’approche historiographiquement partisane du documentaire (et son aspect non explicite), Les Inrockuptibles et Le Monde des 4 et 9 novembre 2008 expriment en effet un avis nuancé sur ce programme…, qu’ils saluent néanmoins comme une œuvre remarquable et globalement réussie.
(10) Annette Becker fait référence au film Joyeux Noël (sorti en salle le 9 novembre 2005), qui abordait d’une manière romancée le phénomène des fraternisations entre combattants à la Noël 1914. Diffusé pour la première fois à la télévision ce dimanche 7 décembre à 20h 50 sur TF1, le film a réuni 6 707 000 téléspectateurs (27,1 % de PDM), plaçant ainsi la chaîne en tête des audiences (source : Médiamétrie).
(11) Sur le débat historiographique actuel autour de la Grande Guerre, voir Antoine Prost et Jay Winter, Penser la Grande Guerre : un essai d’historiographie, Paris, Seuil, 2004.
(12) Outre l’interviewe de Lazare Ponticelli, le DVD présente également deux autres bonus : « La vision d’Annette Becker » et « Adieu 14 », documentaire réalisé par Jean-Marc Surcin.
(13) Pour une discussion critique du concept de brutalisation, initialement forgé par l’historien américain George Mosse dans Fallen Soldiers, Reshaping the Memory of the World Wars (Oxford University Press, 1990), et par la suite improprement généralisé notamment par Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, voir le compte-rendu de Rémy Cazals de l’ouvrage original de G. Mosse et de sa traduction française sur le site du CRID 14-18 (http://www.crid1418.org/bibliographie/commentaires/mosse_cazals.html), ainsi que l’article d’Antoine Prost « Les Limites de la brutalisation, tuer sur le front occidental, 1914-1918 » [Vingtième siècle, n°81, 01-03/ 2004, pp. 5-20] consultable sur le site du CAIRN (http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=VING_081_0005)
(14) Le Collectif de Recherche International et de Débat sur la guerre de 1914-1918 est une association de chercheurs qui vise au progrès et à la diffusion des connaissances sur la Première Guerre mondiale (http://www.crid1418.org/).


mercredi 15 octobre 2008

Le « 9-3 » de Yamina Benguigui : un usage falsifié de l’histoire Par Emmanuel Bellanger, Alain Faure, Annie Fourcaut et Natacha Lillo



[Le CVUH a initialement publié ici même un article d’Alain Faure sur le documentaire de Yamina Benguigui. Alain Faure nous a recommandé de changer son texte initial pour celui qu’il a fait paraître avec trois autres historiens sur le site de Médiapart, "mieux argumenté et plus complet". C’est ce texte qui figure désormais ci-dessous.]


9-3, Mémoire d’un territoire, le film de Yamina Benguigui a bénéficié d’une couverture médiatique exceptionnelle. Présenté comme le documentaire historique que la Seine-Saint-Denis attendait, il a été célébré par toute la presse comme une œuvre salutaire. La Seine-Saint-Denis — qui n’existe que depuis 1964 —, n’aurait été qu’une terre de misère et de désenchantement, une terre toujours « sacrifiée », « abandonnée », aujourd’hui « sans issue ».
L’orchestration musicale et les images en boucle des émeutes de 2005 donnent au film un ton mélodramatique qui offre une vision du passé reconstruite de façon partisane. Alors que ce film prétend rendre hommage aux femmes et aux hommes qui y ont vécu et y vivent, il les enferme dans les pires poncifs sur la peur des faubourgs. Depuis la monarchie de Juillet, l’exclusion frapperait ce territoire ! Qu’on permette à des historiens, censurés par l’auteure lorsque leur témoignage n’allait pas dans le sens voulu, de redresser un certain nombre d’erreurs, voire d’énormités historiques, contenues dans ce film.
Non, les usines et les ateliers n’ont jamais été expulsés de Paris. Pour cette simple raison d’abord qu’il n’existait pas au 19e siècle de réglementation générale qui aurait pu fonder un tel transfert. Les patrons qui sont partis aux marges de l’agglomération pour installer des établissements fonctionnant à l’aide d’une main d’œuvre déqualifiée et sacrifiée l’ont fait volontairement, et surtout ce mouvement n’a pas été présenté par l’historien interrogé comme le moteur de tout le développement industriel. C’est l’habileté du montage qui lui fait dire cela.
Les usines ne sont pas parties de Paris pour cette simple raison aussi qu’elles y sont restées. La capitale demeure, jusqu’au milieu du XXe siècle, une grande ville industrielle, avec, entre autres, de grandes unités de production, tout aussi polluantes que celles de Saint-Denis. N’importe quel Parisien ou Parisienne âgé et né dans un arrondissement à deux chiffres — sauf le XVIe et le XVIIe, et encore ! — vous dira que son enfance a baigné dans les fumées et les odeurs industrielles. Un exemple entre cent : jusqu’à l’exposition de 1937, une grande gare à charbons subsiste, quai d’Orsay, quasiment au pied de la tour Eiffel, pour l’approvisionnement des usines installées dans le XVe arrondissement. En 1906, la capitale compte 550 000 emplois dans l’industrie, la banlieue, en son ensemble, à peine 190 000.

En effet, les communes industrielles du futur 93 eurent de nombreuses sœurs en banlieue proche, et notamment à l’ouest. La ligne des Moulineaux — le tramway T2 aujourd’hui — a été prolongée jusqu’à Puteaux dans les années 1870 pour amener le charbon aux nombreuses usines installées dans les parages. L’histoire détaillée des beaux quartiers de Paris est aussi pleine de surprises : les propriétaires de la plaine Monceau ont eu à subir la présence d’une usine à gaz installée boulevard de Courcelles jusqu’en 1891 ; sur l’emplacement actuel de la maison de la Radio, l’usine à gaz de Passy, elle, fonctionna jusqu’en 1926. Les Ternes, dans le XVIIe, furent longtemps un quartier spécialisé dans la carrosserie et la construction des voitures à chevaux : l’industrie automobile s’est développée dans la banlieue ouest en continuité géographique avec cette industrie parisienne. Bref, le rôle des vents dominants, qui expliquerait ce soi disant monopole de l’est ou du nord-est pour l’industrie émettrice de fumée, est une idée fausse : pourquoi aurait-on cherché à préserver une zone d’un fléau qu’elle subissait déjà ?
Mais à qui veut-on faire croire que la misère ouvrière et l’exploitation des migrants ont été l’apanage de ces communes ? Les Bretons par exemple étaient nombreux à Saint-Denis, mais ils étaient plus nombreux encore à trimer dans les usines et les chantiers de Paris. Et les domestiques, ces demi esclaves au service des ménages parisiens ? Les raisons de l’installation dans le futur 93 de nombreuses vagues d’immigration tant européennes qu’africaines sont à peine évoquées : on passe de la présence espagnole, dès la Première Guerre mondiale, à l’arrivée des rapatriés d’Algérie et des Antillais, sans jamais évoquer les Italiens, installés depuis la fin du XIXe siècle et longtemps majoritaires, l’arrivée des premiers Kabyles dans l’entre-deux-guerres et l’immigration portugaise des années 1960.
Tous ces hommes et ces femmes n’ont pas été « relégués » en banlieue ; ils ont choisi d’y venir car ils savaient qu’ils y trouveraient un emploi qui, bien que souvent très dur, leur permettrait d’accéder à un niveau de vie nettement supérieur à ce qui les attendait dans leur pays.
Dans un espace marqué avant tout par une forte solidarité ouvrière, les mariages mixtes sont présentés à tort comme marginaux, et cela pour mieux étayer la thèse de la « ghettoïsation ». Rappelons que les filles et fils d’Espagnols et d’Italiens de la banlieue nord-est ont épousé à plus de 75 % des « Français de souche ». Les unions entre enfants d’Algériens, de Marocains ou d’Antillais et de « Français blancs » sont également très fréquentes.

Le film caricature à l’excès l’histoire du logement social. Les architectes et urbanistes ne seraient que d’avides bâtisseurs sous influence, si ce n’est corrompus. La construction des grands ensembles, dans le 93 comme partout ailleurs, répond d’abord à la volonté de sortir les familles françaises des taudis où elles croupissent, de résoudre, au plus vite, avec les moyens de la France ruinée de l’après guerre, la terrible crise du logement. Les « logements Million », vilipendés dans le film, sont le produit du contexte des années 1950, que le film ignore. Les logements neufs et confortables, construits par les Offices HLM dans les années 1960, constituèrent un progrès immense pour ceux qui y accédèrent. A partir de la création du département en 1964, l’État et les collectivités locales ont poursuivi une politique continue d’équipement : du logement social digne, deux universités, des services publics pionniers, le premier tramway francilien...
La Seine-Saint-Denis résidentielle et coquette de l’ancienne Seine-et-Oise n’a pas droit de cité. Le film n’accorde non plus aucune place à une banlieue populaire, choisie et aimée, celle des promenades du dimanche et surtout celle des lotissements. Acheter un terrain pour avoir un jour une maison à soi, ce fut le rêve réalisé de foules d’employés, de petits commerçants et d’ouvriers pour qui cette banlieue encore verte apparaissait infiniment désirable. Où est ici l’exclusion ?
Aussi contestable est la marginalisation de la banlieue rouge, du socialisme et du communisme municipal. La dimension collective et intégratrice de l’engagement militant dans les partis, les syndicats, les associations, est sciemment minorée. Les temps forts (le Front populaire, mai 1968...) et les lieux de sociabilité festive (les processions religieuses, la fête de l’Huma au parc de La Courneuve, les fêtes de quartiers...) sont écartés, car ils contrarient la vision misérabiliste du documentaire. Alors que les élus locaux communistes ont joué un rôle déterminant dans la cohésion sociale du 93, aucun n’est interrogé.
Ce film invente le passé du 93 ou n’en veut retenir que le plus sombre, pour faire de ce département un territoire martyrisé depuis deux siècles. Œuvre de mauvaise fiction, il verse dans le plus classique misérabilisme en usage à propos des banlieues. Mais à quoi sert de tordre ainsi l’histoire d’un département dont la crise actuelle, elle, est bien réelle ? 


Emmanuel Bellanger est chargé de recherche CNRS, CHS Université Paris 1
Alain Faure est chercheur IDHE à l’Université de Paris X-Nanterre
Annie Fourcaut est professeur d’histoire contemporaine, directrice du CHS, Université Paris 1
Natacha Lillo est maître de conférences ICT Université Paris 7

lundi 5 novembre 2007

La nation française et ses grands hommes selon Droit d’inventaire par Sébastien Schick


Le mercredi 10 octobre 2007, France 3 a diffusé en « prime time » le premier numéro de l’émission mensuelle Droit d’inventaire, présentée par Marie Drucker et consacré au Général de Gaulle. Le propos n’est pas ici de dénoncer ou de remettre en cause certaines affirmations péremptoires, visant à glorifier coûte que coûte, et dans chacun de ses actes, la mémoire du Général (le discours du 15 juillet 1967 sur le « Québec libre » qualifié de « provocation géniale » et de « coup d’éclat historique » en aura pourtant fait rire plus d’un). Il ne s’agit pas non plus de s’interroger sur ce genre télévisuel hybride qui fait passer pour une émission d’histoire sérieuse ce qui n’est en fait qu’un nouveau magazine « d’enquêtes » à la manière de Secrets d’actualité.
Il semble plus important, en effet, de réfléchir à la conception de l’Histoire implicitement véhiculée par cette émission et de faire clairement apparaître les conséquences politiques sous-jacentes qu’elle implique. L’histoire du général commencerait le 18 juin 1940. 1er reportage : De Gaulle est un anonyme nous dit-on, et il est seul. Par un acte génial, il fait alors son entrée dans la Lumière ; par les quelques mots de son appel, il bouleverse l’Histoire. 2ème et 3ème reportage, et sans transition : le retour du Général en 1958 et la question de la torture en Algérie. Seul un homme de cette envergure et d’un tel charisme pouvait sauver la France de la guerre civile mais était-il au courant des pratiques de l’armée et de la police française ? 4ème reportage : le voyage du Général au Québec en 1967, ou comment, par un simple discours, le Président de la République a réussi à exprimer les revendications des « Français du Canada » qui se sentaient opprimés depuis 200 ans. Ces nombreuses affirmations sont discutables, pour le moins. Mais surtout, l’Histoire présentée ainsi se résume à celle des grands hommes qui la font, et à celle des grands gestes, des grands événements qui la façonnent. Une telle conception historiographique n’est-elle pas considérée comme désuète depuis une centaine d’années environ ? Mais justement, ceux qui ne cessent de renouer avec la façon dont les hommes du 19ème siècle écrivaient l’Histoire, partagent sans doute aussi leurs présupposés sur la fonction politique et sociale de cette discipline : l’histoire ne saurait être autre chose qu’une histoire de la nation et sert alors à reconstituer la trame du roman national, constitué de héros et de grandes scènes. Ainsi, la France est incarnée siècle après siècle par de grands personnages, dont le destin est justement d’en écrire les pages les plus glorieuses, ou comme le dit bien mieux que moi le « grand témoin » de cette première émission, Max Gallo : « Dans tout Français, il y a un héritier de de Gaulle. (...) Il a incarné à partir du 18 juin toute l’Histoire de France. Il est à la fois Clovis, Jeanne d’Arc, Napoléon, Louis XIV » Or, bien sûr, face à ces événements, c’est là le destin d’un tel homme d’écrire une des plus belles pages de l’histoire nationale... Selon Max Gallo, les mots de l’appel du 18 juin, « il les a écrits à partir de l’âge de 10 ans. (...) Dès l’enfance, il avait en effet la passion de la France ». Evidemment, une telle conception de la nation (millénaire, Grande, immuable) et de son histoire qui débuterait dès Clovis - et Vercingétorix, alors ? - a son corollaire : la partialité. Charles Pasqua et Max Gallo, alors présents sur le plateau, ne peuvent accepter les conclusions du reportage consacré aux tortures en Algérie, qui ternissent l’image de la nation : le premier rappelle en effet que la torture était une pratique courante dans les deux camps alors que le second, s’il reconnaît là une « plaie de l’Histoire nationale » s’empresse d’ajouter : « mais nous étions dans une période de guerre civile qui laisse les mains sales à tous ceux qui y participent ». L’honneur de la nation est sauf...
Au delà de ces petites phrases qui parlent en fait d’elles-mêmes, c’est l’ensemble de l’émission, qui par sa structure, son sujet et le choix des événements abordés, est construite d’après une conception de l’Histoire qui enfante alors, presque naturellement, une lecture nationaliste de l’Histoire de France. Et les applications politiques ne sont jamais très loin : la France a besoin de grands hommes en temps de crise, la politique se fait surtout par de grands symboles et de grands discours, la nation a bien une identité car elle est immuable... La liste des témoins invités est ici démonstrative : outre Max Gallo (grand spécialiste du Général de Gaulle, mais aussi de César, Napoléon, les Chrétiens, Victor Hugo, Marc Aurèle et Spartacus), on pouvait noter la présence de Line Renaud, Charles Pasqua, Maître Vergès, Nathalie de Gaulle (l’arrière petite fille), Henri Guaino (en tant que « plume » du président Sarkozy, il était sans aucun doute le plus qualifié en France pour analyser les discours du Général de Gaulle), et, tout de même, pour parler de mai 68, Jack Lang.
Il s’agissait bien d’une émission d’histoire, et non pas d’une émission politique, n’est-ce pas ? C’était donc pour cela qu’il n’y avait aucun historien sur le plateau.