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dimanche 23 juin 2019

Mémoires en jeu / Memories at stake


Lancée en septembre 2016, la revue Mémoires en jeu / Memories at Stake en est aujourd’hui à son 8e numéro. Elle doit son double titre au fait que non seulement tous les articles comportent un résumé en anglais, mais qu’elle publie des articles jugés essentiels parus dans cette langue. (Des ouvrages en langue étrangère font également l’objet de comptes rendus.) Comme son nom l’indique, la revue est dédiée à la mémoire dont l’émergence dans l’espace public et dans le champ académique s’est imposée au cours des dernières décennies. Sont abordés bien entendu ses rapports avec le récit historique et historien, mais aussi la façon dont elle se reflète dans la créativité artistique (littérature, cinéma, production artistique plastique, muséographie etc.).
Mémoires en jeu se dit « Revue critique interdisciplinaire et multiculturelle sur les enjeux de mémoire » et ceci n’a rien d’une formule convenue. Dans la rubrique « Actualités » du numéro 8, on trouvera la critique qui ne mâche pas ses mots du livre Les Amnésiques de la journaliste Géraldine Schwarz sur lequel Carola Haehnel-Mesnard se serait sans doute bien dispensée d’écrire si cette fausse confrontation avec le papy nazi n’avait fait l’objet de tant d’éloges de la presse et même reçu en 2018 le Prix du livre européen. Le jury se serait-il contenté de la belle couverture rétro ? Il faut dire que la mode est aux récits « perso », même parmi les nôtres. (Parfois ça marche.) Mais on trouvera surtout un entretien de Meïr Waintreter avec Philippe Mesnard (directeur de la revue) sur « Antisémitisme, antisionisme et/ou mémoires », qui remet les idées en place, une discussion autour du concept de « mémoire multidirectionnelle » de Michael Rothberg dont le site de la revue permet l’écoute de l’interview intégrale (en anglais), une mise au point sur le génocide au Cambodge, un dossier  proposant une encyclopédie des mots relatifs à la mémoire, leur évocation selon les contextes, les époques et les pays, un inédit du professeur Pawel Machcewicz, directeur du Musée de la Seconde Guerre mondiale à Gdansk de 2008 à 2017 – sans compter un détour par le siège de l’Alcazar de Tolède en 1936 ou encore le siège de Leningrad (1941-1944), autant de lieux où les commémorations peuvent se révéler des pièges. On touche ici le point névralgique lorsque l’histoire officielle l’emporte sur une mémoire embarrassante dont elle veut précisément se débarrasser. Dans d’autres cas, cela peut être l’inverse, la mémoire collective (pour parler vite) entravant le travail de l’historien(ne). Analyser ces cas de figures est le travail de base de Mémoires en jeu qui ne doit laisser aucun(e) historien(ne) indifférent(e).
Appuyée sur le site sus mentionné, la revue offre régulièrement entretiens vidéo et promenades à travers les expositions. On ne saurait que trop recommander aux collègues, enseignants en lycées et universités, de demander l’abonnement à leur bibliothèque, médiathèque et autres services communs de documentation. Elles/ils y trouveront support à leur enseignement comme à leurs propres recherches et aussi un grand plaisir de lecture à l’instar de l’auteure (qu’on me pardonne, mais « autrice », je n’y arrive pas !) de ces lignes.
Sonia Combe



lundi 5 février 2018

Ne faisons pas la promotion d’une pensée identitaire

Tribune de Sébastien Ledoux publiée dans Le Monde le 3 février 2018.



La commémoration est d’abord et avant tout une pratique sociale collective de remémoration qui prend pour objet le passé. Elle peut survenir « par le bas », c’est-à-dire s’effectuer spontanément par des individus comme on a pu l’observer après les attentats de janvier et de novembre 2015 à Paris ou après celui de Nice en juillet 2016. Les pratiques commémoratives peuvent aussi être instaurées dans un rituel de deuil et d’hommage par des organisations en dehors de toute intervention de l’Etat. Des associations juives de rescapés des camps d’extermination comme l’Amicale des Anciens Déportés Juifs de France ont ainsi organisé chaque année à partir des années 1950 la commémoration de la rafle du Vel d’Hiv’ avant qu’elle ne devienne journée nationale par décret présidentiel en 1993. Certaines commémorations non officielles sont parfois instituées en réaction au discours officiel comme celles qui ont vu le jour en Martinique dans les années 1960-1970 pour rendre hommage le 22 mai aux esclaves qui s’étaient soulevés pour l’application du décret d’abolition en avril 1848. Les commémorations officielles quant à elles fixent et encadrent des hommages qui disent quelque chose de la mise en perspective de l’histoire nationale qui évolue avec le temps. La commémoration de la Première Guerre mondiale a été fixée au 11 novembre par une loi du 24 octobre 1922 pour rendre hommage à la victoire et à la paix, mais une loi récente du 28 février 2012 a institué le 11 novembre comme une journée d’hommage national aux morts pour la France. 


Si les objets du passé commémorés sont ainsi extrêmement divers (évènements, individus) et prennent des modalités diverses mouvantes, ils ont pour signification anthropologique et philosophique un sentiment de dette des contemporains envers ce que l’on commémore, c’est-à-dire un passé entendu d’abord comme une « chose absente » (Ricoeur) et dont l’absence concerne la collectivité humaine eu égard à ce que ce passé lui à apporté (commémoration du 14 juillet par une loi de 1880 par exemple) ou lui à retiré (commémoration du Vel’ d’Hiv’ par exemple). Ce qui est commémoré, au-delà des individus ou des évènements, est une expérience humaine inscrite comme ressource de sens dans un horizon d’attente. C’est donc à partir de ce ressort puissant à l’échelle individuelle et collective que l’on doit situer les réactions à la décision de commémorer en 2018 la naissance de l’écrivain Charles Maurras né en 1868 et connu notamment pour ses positions nationalistes, antisémites et antirépublicaines. Les commémorations officielles pour rappeler les pages sombres de l’histoire nationale se sont multipliées depuis les années 1980. Si elles ont été acceptées, si elles ont pu faire sens collectivement, c’est à titre symbolique au nom de l’hommage rendu aux victimes et non en souvenir de ceux qui ont participé aux crimes ou soutenu par adhésion idéologique les responsables de ces crimes. Rappelons d’ailleurs que Maurras a été condamné dès janvier 1945 à la réclusion criminelle à perpétuité et à la dégradation nationale pour son soutien actif au régime de Vichy. Commémorer n’est pas célébrer bien sûr mais la commémoration -et davantage encore la commémoration officielle prescrite par un Etat- relève d’un cadre social particulier de la transmission du passé qui produit une mise en intrigue spécifique. Si l’action et la pensée de Charles Maurras doivent être transmises pour notre connaissance du passé national dans toute sa complexité et sa conflictualité, elles peuvent difficilement l’être dans le cadre de commémorations publiques qui déterminent ce qui dans le passé peut faire ressource de possibles pour le présent et l’avenir d’une collectivité nationale arrimée aux principes de la République. L’acte de commémorer est intrinsèquement lié à la dimension symbolique de l’hommage. Pour une institution républicaine qui ambitionne une mise en récit de l’histoire nationale par la voie commémorative, les choix imposent une grande clarté à l’heure où la promotion d’une histoire identitaire contre-républicaine va bon train, où le passé national tient souvent lieu de "réconfortification" et où les propos et actes antisémites se banalisent. Il conviendrait dans ce contexte de rappeler des évènements ou des individus qui ont, par leurs actes et/ou leurs pensées, ouvert les traces et promesses inachevés d’un espace collectif commun, celui de la République, dont le devenir reste, pour nous contemporains, à accomplir. 


Sébastien Ledoux

lundi 16 mai 2016

Black Verdun

Rédactrice/teur :  Laurence de Cock[1], Karim Hammou[2]


BlackM (crédit @lesInrocks)

Tout commence par un concert gratuit, organisé à l’occasion des commémorations de la bataille de Verdun. Le spectacle devait être donné par une vedette du moment – Black M, rappeur aux 600 000 exemplaires vendus pour un album grand public, « Les yeux plus gros que le monde », dont la pochette fait un clin d’œil à Michael Jackson.

Populaire en France, les chansons de Black M le sont bel et bien auprès de Français·e·s. Pourtant, entre intimidations racistes et lâchetés politiques, un procès en extériorité à la communauté nationale aboutit à l’annulation pure et simple de l’événement.

Un scénario bien rodé


Le coup d’envoi de l’affaire, lancé par les réseaux d’extrême droite, reproduit fidèlement la trame des opérations de lobbying imaginées contre le groupe Sniper, tout aussi populaire il y a quinze ans.

Première étape, une sélection unilatérale de paroles décontextualisées, une dramatisation jouant d’une rhétorique de l’honneur (national) et de l’injure faite aux (« vrais ») Français·e·s, et une intense campagne médiatique, utilisant à la fois les réseaux sociaux, les relais dans la presse traditionnelle, et les pressions par courriers, courriels et appels téléphoniques pour provoquer l’emballement du débat public[3].

Deuxième étape, et c’est ce qui était nouveau lors de l’affaire Sniper, ces groupes d’extrême droite trouvent un relais au sein de la droite parlementaire et de la presse réactionnaire, voire au-delà. On observe la multiplication de ces alliances depuis l’ascension politique de Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur[4]. Cette stigmatisation de propos dénoncés comme relevant d’une « anti-France » marque une nouvelle ère d’exaltation du « sentiment national » dont nous ne sommes toujours pas sortis[5].

Car derrière ces multiples croisades identitaires et morales, on trouve un même objectif : désigner une partie de la population française comme des parias, voire des traîtres·ses, et ainsi les exclure du corps politique légitime. Depuis de longues années, le rap et ses artistes sont devenus l’emblème de ces Français·e·s de seconde zone. Ironie de la situation : au cœur des paroles de rap incriminées, on retrouve systématiquement la dénonciation de cette citoyenneté à deux vitesses[6]. Or, désormais en France, cette revendication d’égalité politique est insupportable aux yeux des gardien·ne·s de l’identité nationale.

Ecrans de fumées


Dans les œuvres artistiques ou les déclarations qui circulent dans les espaces publics médiatiques, les propos contestables ou contestés ne manquent pas. Le problème est de savoir quels propos (paroles ?) entraînent quelles conséquences pour quels locuteurs ou quelles locutrices[7]. Dans le cas de Black M, comme de Sniper avant lui, les désignations infamantes sont entérinées avec une légèreté déconcertante : « homophobe » ! « antisémite » ! « raciste[8] » !

Homophobie ? L’accusation est justifiée par des paroles prononcées en fait  par d’autres membres du groupe Sexion d’Assaut (Lefa, Maître Gim’s). On voit ainsi l’extrême droite relayer de façon sélective l’indignation légitime de militant·e·s LGBT dont la colère a pu tout aussi bien cibler des personnalités telles que Brigitte Bardot, Johnny Hallyday ou encore Jean-Louis Murat, et les obliger à revenir sur leurs propos ou à en assumer les conséquences[9].

Les accusations d’antisémitisme sont plus fantaisistes encore. On relève la présence du terme « youpin » dans une chanson récemment interprétée par le chanteur. En l’occurrence, l’auteur du terme est Doc Gyneco, vingt ans plus tôt[10], et non Black M. C’est un peu comme si l’on reprochait à Joeystarr, reprenant « Le Métèque » de Moustaki, d’oser prononcer les mots de « juif errant ».

Les accusations d’homophobie ou d’antisémitisme sont d’autant plus absurdes qu’elles viennent de fractions du champ politique qui n’ont pas manqué de s’illustrer dans ce registre. Que reste-t-il alors de ces accusations ? Le nœud du problème : la critique de la France comme institution étatique et la dénonciation des injustices vécues par la jeunesse des classes populaires et les groupes racisés.

Le fantasme d’un Eux diabolisé, la croisade pour un Nous homogène


Les accusations d’antisémitisme, homophobie et sexisme venaient déjà soutenir la dénonciation de Sniper ou le discrédit visant La Rumeur dans les années 2000, conduite en premier lieu pour contrecarrer leur critique de l’Etat français et de ses institutions, notamment policières.

Un levier nouveau contribue à affûter l’hostilité contre Black M : l’islam. Ce sont les paroles suivantes qui sont invoquées de façon récurrente pour susciter l’indignation :

« J'me sens coupable / Quand j'vois tout ce que vous a fait c’pays d’kouffars ».

L’usage du terme arabe désignant les non-musulman·ne·s comme des infidèles (« kouffar ») offre prise à de multiples extrapolations islamophobes, à l’image de cet article du Figaro, qui réduit le mot à « un terme péjoratif […] utilisé notamment par les djihadistes pour désigner les Occidentaux[11] ». Ailleurs, tout en mesure, on évoque Daech[12]. Difficile d’être plus efficace en matière de diabolisation, dans le contexte de la France post-13 novembre. Mais cette obsession pour le terme religieux occulte opportunément les mots qui le précèdent – « ce que vous a fait ce pays » – des mots qui pointent la question des injustices perçues dans la vie des parents du narrateur.

Autrement dit, toute expression de dissensus, toute critique de l’Etat ou de la France comme symbole, toute remise en cause du racisme subi et des discriminations vécues est ravalée au rang d’affront. Qu’attend-on de ces citoyens sous conditions ? Une reconnaissance éternelle et une tête basse – le succès sportif, artistique ou politique ravivant, à minima, un « goût amer[13] » pour ceux et celles qui prétendent posséder un monopole sur la République. On retrouve l’idée que certain·e·s, présumé·e·s par essence étranger·e·s à la communauté politique, devraient vivre avec une épée de Damoclès spécifique[14]. Cette logique introduit (ou reconduit) précisément une coupure au sein de la communauté politique nationale, et perpétue une citoyenneté à deux vitesses.

Histoire partagée ou mémoire imposée


L’autre sous-texte de cette affaire tient bien-sûr au caractère symbolique de Verdun. Lieu d’une bataille emblématique de la Première Guerre Mondiale, Verdun incarne dans la mémoire collective majoritaire l’idée du consensus autour du sacrifice patriotique. Sa commémoration, dans le cadre du centenaire s’insère donc dans une scénographie de la communion nationale et patriotique. Le choix du maire de Verdun apparaît donc à certain·e·s comme quasiment blasphématoire : comment confier cette célébration à un artiste qui affiche librement ses critiques de la France ? Surtout, comment oser confier cela à une peau noire sans masque blanc ? Qu’importe que Black M soit français, qu’importe qu’il soit petit-fils de tirailleurs sénégalais, comme il l’a d’ailleurs rappelé lors de sa mise en cause[15].

Black M invitait, par son concert, à un temps de rencontre et d’amusement populaires[16]. Mais on ne rit pas à Verdun, on ne danse pas à Verdun[17]. Qu’y fait-on alors ? D’après ces gardien·ne·s de la réaction et du conservatisme patriotique et moral, on y honore des morts dont ils et elles confisquent la parole. Ces dernier·e·s ont tôt fait d’oublier plusieurs choses : la première est celle de l’amour de la musique populaire des jeunes morts au front, et c’eût été un bien bel hommage que d’honorer l’impertinence d’une jeunesse fauchée trop tôt ; la seconde est l’hétérogénéité des trajectoires qui ont conduit certains à mourir à Verdun, hétérogénéité sociale, linguistique, mais aussi diversité de leurs espoirs, de leur peur de mourir, diversité de leur rapport au national enfin, car tous ces jeunes soldats n’étaient pas des fervents patriotes, beaucoup étaient là par contraintes, rêvant d’une jeunesse autrement plus enchanteresse que la boue des tranchées[18]. Enfin, ces garant·e·s d’une France éternelle et blanche oublient volontairement les régiments coloniaux, dont « beaucoup étaient volontaires comme d’autres étaient enrôlés de force[19] », ils et elles oublient les femmes des soldats inconnus[20], ils oublient les mutins fusillés, celles et ceux qui de 1914 à nos jours défendent une vision de la première guerre mondiale comme boucherie sur l’autel du capitalisme et de l’impérialisme européen. « Anti-colonial #Jean Jaurès[21] ».

La municipalité de Verdun aurait pu réfléchir à une scénographie moins focalisée sur la communication et le spectacle ; mais au-delà de cette critique, l’affaire révèle une logique politique et mémorielle beaucoup plus lourde et inquiétante. Outre qu’elle rejoint la sinistre cohorte des concessions faites à l’extrême droite, cette photo de famille monochrome et jaunie par le temps témoigne d’une mémoire tronquée et confisquée par une identité nationale rance. Au mépris de l’histoire, au mépris du présent, tout cela révèle une nouvelle fois le rejet radical ou le déni, de certain·e·s vis à vis des mémoires plurielles, aussi douloureuses qu’héroïques, qui travaillent les sociétés d’aujourd’hui.







[1] Professeure d'histoire-géographie, chercheuse en sciences de l'éducation, membre du collectif aggiornamento hist-geo et du CVUH.
[2] Chargé de recherche au CNRS, animateur du carnet de recherche Sur un son rap et auteur d’Une histoire du rap en France, La Découverte, 2014.
[3] http://www.zinfos974.com/Black-M-a-Verdun-L-extreme-droite-revoltee_a101001.html
[4] Karim Hammou, « La pénalisation politique du rap en France », http://lmsi.net/La-penalisation-politique-du-rap
[5] http://lmsi.net/Cinq-belles-reponses-a-une-vilaine
[6] Voir les procès intentés à Sniper, La Rumeur, Youssoupha, Mr R., ZEP, etc. : http://lmsi.net/Solidarite-avec-La-Rumeur ; http://lmsi.net/Un-billet-pour-les-faire-taire ; http://lmsi.net/Rap-de-fils-d-immigres ; http://lmsi.net/Du-droit-de-niquer-la-France
[7] Pensons par exemple aux propos récents  tenus par Laurence Rossignol, ministre des Familles ; de l’Enfance et des Droits des femmes : http://lmsi.net/Laurence-Rossignol-la-negresse
[8] http://www.lexpress.fr/culture/musique/centenaire-de-verdun-le-concert-de-black-m-ne-plait-pas-a-l-extreme-droite_1790923.html
[9] La mise en cause du groupe, à l’époque, avait conduit à une situation inédite pour un groupe de rap : une médiation du CRAN et du comité IDAHO, sans convaincre l’ensemble des associations militants pour la défense des droits LGBT, avait permis un travail pédagogique contre l’homophobie inédit dans une telle situation. Voir http://www.idahofrance.org/presse-idaho-france_lire_o_161_200_17.html?PHPSESSID=49b5f049c723d2764f977e44b51bb007 ; http://federation-lgbt.org/ActualiteModule,103,fr/l-accord-sexion-d-assaut---idaho-et-cra cn-ne-regle-rien,236,fr.html?id=189
[10] Doc Gyneco, « Dans ma rue », 1996.
[11] http://www.lefigaro.fr/actualite-france/2016/05/13/01016-20160513ARTFIG00116-centenaire-de-verdun-le-concert-du-rappeur-black-m-annule.php
[12] http://www.marianne.net/invitation-du-rappeur-black-m-defaite-morale-verdun-100242780.html
[13] https://blogs.mediapart.fr/guillaume-weill-raynal/blog/090516/finkielkraut-nouvelle-sortie-de-route
[14] Qu’elle se nomme déchéance de nationalité pour les bi-nationaux ou contrôles d’identités spécifiques pour les musulmans.
[15] https://www.facebook.com/Blackmesrimesofficiel/posts/10156931447670319:0
[16] http://www.estrepublicain.fr/edition-de-verdun/2016/05/09/black-m-se-confie-avant-son-concert-a-verdun-le-29-mai
[17] http://www.lefigaro.fr/vox/politique/2016/05/11/31001-20160511ARTFIG00111-concert-de-rap-aux-ceremonies-de-verdun-la-france-humiliee.php
[18] Voir les travaux des historiens André Loez, Nicolas Offenstadt, Frédéric rousseau, ou Rémy Cazals.
[19] Lino, « La Marseillaise », 2012.
[20] http://fresques.ina.fr/elles-centrepompidou/fiche-media/ArtFem00101/depot-d-une-gerbe-a-la-femme-du-soldat-inconnu.html
[21] Médine, « Speaker Corner », 2015.

samedi 23 janvier 2016

Les professeurs du Lycée Jean Moulin de Béziers s'adressent à R. Ménard

Le CVUH, alerté par les professeurs du lycée Jean Moulin de Béziers, relaie l'adresse publique  suivie d'une pétition qu'ils ont  faite à Robert Ménard, maire de la ville, pour protester contre les instrumentalisations réitérées de la mémoire de cette figure de la résistance. Voici leur appel. Le lien vers la pétition se trouve en bas de l'article.


Les vœux des citoyens-professeurs d’histoire et d’enseignement moral & civique, enseignant ou ayant enseigné au lycée Jean-Moulin de Béziers
à
Monsieur Robert MÉNARD,
Maire de Béziers
Monsieur le Maire,


En ce début de 2016, permettez-nous, tout d’abord, de vous adresser nos vœux de bonne année. Par votre intermédiaire, nous les souhaitons aussi à tous les Biterrois.
Professeurs d’histoire-géographie et d’éducation civique, nous constatons depuis bientôt deux ans au travers des publications
du bulletin municipal ou des interventions médiatiques du premier édile de notre cité, un « certain » intérêt pour l’Histoire et le patrimoine.
En tant que professeurs et pédagogues, nous devrions nous en féliciter.
Hélas, l’instrumentalisation et le retricotage de l’Histoire à des fins strictement polémiques confinent désormais à une orientation idéologique telle qu’il nous a paru relever de notre devoir de citoyens d’exprimer publiquement notre désaccord. Précisément parce que nous sommes des professeurs profondément attachés à la rigueur de la démarche historique.
Alors, en ce début d’année 2016, permettez-nous, Monsieur le Maire, au nom de l’ensemble [1] des professeurs d’histoire-géographie du lycée Jean Moulin, de vous adresser les trois vœux qui suivent en forme de requêtes.
Le premier vœu sera celui de l’apaisement et de la sérénité.
Parce qu’« ici, c’est Béziers » et que la situation nationale est déjà suffisamment tragique, les Biterrois ont, plus que jamais, un besoin impérieux de concorde et de confiance en l’avenir. Aussi, débaptiser un nom de rue pour rouvrir des plaies et raviver de vieilles rancœurs en faisant de Béziers la vitrine de la réhabilitation de l’OAS ou créer un raccourci historique inapproprié en référence implicite à la crise des migrants « Quand les Barbares envahissaient l’empire romain [2] » ne nous paraît pas concourir à l’établissement d’un climat serein au cœur de notre cité.
De la même manière, ressusciter d’entre les morts les poilus biterrois dans un mauvais tour de spiritisme lors de la traditionnelle commémoration du 11 novembre et leur prêter une interrogation sur ce qu’ils diraient « en voyant certaines rues de nos communes où le Français doit baisser la tête ? » [3] nous paraît relever d’une utilisation pour le moins abusive et peut-être indécente de l’Histoire.
Parce qu’« Ici, c’est Béziers », ville méditerranéenne de tradition républicaine pétrie de tolérance, le deuxième vœu sera celui du rassemblement et de l’unité : rassembler plutôt que diviser.
Ainsi, tenons-nous à rappeler, Monsieur le Maire, que l’organisation de manifestations religieuses dans un espace semi-public ne s’inscrit pas dans la tradition laïque garante de cohésion sociale et protectrice des libertés. Nous savons que Mairie et École sont deux piliers fondateurs de notre République laïque ; en ce qui nous concerne, nous sommes scrupuleusement attachés au respect des obligations de réserve et de neutralité qui nous incombent sur notre lieu de travail et dans notre enseignement.
De même, se réclamer de Charles Martel - « Je veux retrouver notre France […], celle de Charles Martel » - [4], ne peut, selon nous, contribuer à renforcer l’unité des Biterrois.
Au sujet de cette dernière et bien malheureuse référence historique , il convient de rappeler qu’en son temps, ledit Charles Martel fut le plus grand spoliateur de l’Église et surtout le bourreau de notre cité qu’il mit à sac, pilla et incendia en 737 . [5]
Enfin, le troisième et dernier vœu sera pour nous le plus cher :
celui du respect de la mémoire.
Parce qu’« ici, c’est Béziers », nous devons paix, respect et déférence à la mémoire de Jean Moulin, enfant de Béziers
et unificateur de la Résistance française.
« Trop souvent, ceux qui nous attaquent se dissimulent derrière la figure de Jean MOULIN. Ces gens-là sont des faussaires » twittait le premier magistrat le 9 décembre dernier, mettant en garde ceux qui voudraient récupérer l’héritage du plus célèbre des Biterrois.
Mais quelques heures plus tard, le même jour, le premier édile poursuivait dans un autre tweet : « Dimanche, au nom de Jean MOULIN, au nom de la République, nous ferons barrage à la gauche ». [6]
Nous rappellerons, Monsieur le Maire, qu’en son temps, Jean Moulin - dont le père était professeur d’histoire à Béziers -
avait fait le choix lucide et courageux de ne pas se soumettre à une idéologie reposant sur l’exclusion, la division et la fascination malsaine pour un passé idéalisé. Homme de tolérance et de conviction, il avait su rassembler autour de lui et du général de Gaulle, les résistants de toutes obédiences et de toutes origines, refusant de transiger avec le régime collaborateur de Vichy, dictature antisémite, xénophobe, régime d’ordre et d’exclusion aux antipodes de la République et de ses valeurs.
Nous n’avons pas la prétention d’être les dépositaires de la mémoire de Jean MOULIN. Mais nous savons que si son cénotaphe se trouve au Panthéon, c’est parce qu’il était le visage de la France républicaine.
Alors, Monsieur le Maire, de grâce, précisément parce qu’ « ici, c’est Béziers », les citoyens que nous sommes, professeurs
d’histoire-géographie du lycée de votre ville qui porte cet illustre nom, font le vœu, à l’orée de cette année 2016, que vous cessiez de « torturer » la mémoire de Jean MOULIN et que vous laissiez ses mânes reposer définitivement en paix.
Recevez, Monsieur le Maire, nos meilleures salutations.






[1] Citoyens-professeurs du LPO auxquels se sont joints d’anciens citoyens-professeurs d’histoire-géographie ayant enseigné au lycée Jean-Moulin de Béziers.
[2] Tweet de R. MENARD du 23/11/2015 recommandant l’article du Figaro-Histoire.
[3] Extrait du discours de M. le Maire lors de la commémoration du 11 novembre 2015 : « Ceux qui sont morts
pour sauver la France de la victoire allemande, que diraient-ils en voyant certaines rues de nos communes
où le Français doit baisser la tête ? »
[4] Extrait du discours de R. MENARD lors du meeting de Marion MARECHAL-LE PEN, à Toulon, le 1er décembre 2015. Nous faisons le vœu, Monsieur le Maire, qu’au regard du triste sort de Béziers en 737, vous cherchiez encore longtemps « la France de Charles Martel ».
[5] Henri JULIA, Histoire de Béziers, Paris, MAILLET, 1845, page 22, reprint Éditions de la Tour Gile, Péronnas, 1997
et dom Claude DEVIC et dom Joseph VAISSETTE, Histoire Générale du Languedoc, Tome 1, édition accompagnée de dissertations & notes nouvelles, Toulouse, Édouard PRIVAT, 1872, page 807.
[6] Tweet du 9/12/2015 lors du second tour des élections régionales.