jeudi 9 avril 2009

A l’école de l’ « Ave Respublica » par Laurence De Cock


Dans sa lettre de mission diffusée le 7 avril dernier, M. Besson, nouveau ministre de l’identité nationale, de l’intégration, de l’immigration et du co-développement solidaire se voit chargé par le gouvernement « d’engager les actions permettant de valoriser les principes de la République et les valeurs fondamentales de notre communauté nationale, en luttant contre toutes les tentations de repli identitaire ou communautariste, en renforçant la place des emblèmes et symboles de la République, des langues, de son drapeau, de son hymne, des valeurs contenues dans la devise "Liberté, égalité, fraternité" et de la Marianne qui les incarne, partout où cela s’avère nécessaire, dans les écoles et les lieux publics » (1).
Que nous vaut donc cette surenchère qui s’apprête encore une fois à toucher nos écoles ?
Rappel : les programmes de l’école primaire 2008 révélaient déjà la crispation sur l’apprentissage de la liturgie républicaine dans leur retour à l’ « instruction civique et morale » venus se substituer à la pédagogie du « vivre ensemble ». Il s’agissait sans doute d’en finir avec l’idéologie bien-pensante post 68 comme l’a seriné Nicolas Sarkozy lors de sa campagne électorale, lequel aimait d’ailleurs invoquer la figure tutélaire de Jules Ferry pour justifier les fondements de sa politique éducative à venir. Outre l’instrumentalisation politique déjà décryptée par le CVUH (2) à propos de la mobilisation tous azimut de ce personnage historique (3), on soulignera pour commencer que l’école républicaine depuis Jules Ferry n’a pas échappé miraculeusement au moteur de l’histoire, et que la sociologie des publics scolaires, ainsi que les fondements de ce que l’on nomme communément l’ « identité nationale » n’ont pas non plus vocation à rester figés dans une sorte de glaciation qui en empêcherait toute redéfinition. Suffit-il d’apprendre à un enfant de 7 ans à se lever sur la Marseillaise, à saluer le drapeau, à se courber devant le buste de Marianne et à ressasser mécaniquement l’ « Ave respublica » pour lui fournir les outils de sa socialisation politique ? Dans notre société façonnée par de nombreux héritages culturels, dans nos écoles peuplées d’enfants aux multiples visages, il faut être bien naïfs pour prétendre encore fabriquer de l’adhésion aveugle à une vulgate dont les principes assénés sont quotidiennement bafoués par les instigateurs même de cette réforme. Peu d’écoles en France ont en effet échappé à la logique de rendement du ministère de l’identité nationale qui (re)conduit des enfants vers un « chez eux » dont ils n’ont, pour beaucoup, jamais vu la moindre parcelle de paysage. On expliquera sans doute à leurs copains qu’ils n’honoraient pas suffisamment la République ces enfants : « fraternité » devaient-il pourtant apprendre à épeler…Faut-il donc qu’un régime se sente sous tension pour s’arquebouter à ce point sur des principes désormais vides de contenu au regard de leur traduction politique. Ce prêt à penser en kit risque fort de jeter le discrédit sur le potentiel émancipateur de ces valeurs républicaines. Car de quelle République parle-t-on au juste à travers cet usage nationalo-patriotique ? Celle de la première expérience révolutionnaire, La « sociale » de 1848, ou la IIIème République issue du compromis de Thiers, donc du détournement par les républicains modérés du mot pour l’élaboration du "national" ? l’opération de substitution a bien fonctionné, aidée en cela par une historiographie valorisant un « modèle républicain » quasi-transcendantal, consensuel, privé de toute conflictualité originelle, et purgé de ses dimensions sociales (4). Un pallier supplémentaire est franchi avec notre gouvernement et l’alliance à venir entre le ministère de l’identité nationale et celui de l’éducation ; la chimère république versus identité nationale n’est rien d’autre que le recouvrement par le mot de république d’un héritage de Maurice Barrès passé par la traduction politique du Front national et rendu politiquement correctpar le jeu électoral.
Si l’une des missions de l’école consiste à tisser de l’appartenance, il serait donc temps d’en finir avec cette vision prométhéenne d’un enseignement fondé sur l’illusion d’un conditionnement opérant de l’allégeance policée à des symboles. Il serait plus urgent et judicieux de travailler à l’acquisition d’une conscience critique préalable à toute citoyenneté véritablement libérée d’un code de bonne conduite identitaire imposé par une politique d’intégration discriminatoire qui ne dit pas son nom. Si tant est que le « communautarisme » existe autrement que comme une simple réaction momentanée à la stigmatisation que subissent régulièrement les « minorités visibles » de notre société ; si tant est que ce « communautarisme » ne soit pas qu’un épouvantail agité par simple volonté de légitimer une politique de crispation nationalo-identitaire, alors son désamorçage devra procéder d’une pédagogie de l’altérité qui viserait à rendre naturelle la co-présence des héritiers de multiples histoires, et non à vouloir naturaliser l’allogène. Osons donc enfin politiser réellement la question de l’école, interroger l’Universel républicain à l’aune du principe de réalité d’aujourd’hui, et faire de cette micro-société le laboratoire d’invention de la citoyenneté de demain.
Des mots, toujours des mots diront certains que les symboles rassurent. Mais l’école n’a-t-elle donc pas toujours été un outil d’intégration républicaine qu’il faut « sanctuariser » comme le rappelait récemment Nicolas Sarkozy ? Traduction : nécessité d’opposer à la demande sociale une fin de non recevoir afin d’assurer la prorogation d’un Universel qui fonctionnerait presque comme une donnée naturelle, a-historique, et figée dans une configuration élaborée lors de l’acte de naissance de l’école sous la IIIè République. Dans cette logique, l’école poursuivrait sa fonction quasi irénique de construction d’un espace commun au sein duquel les sujets seraient nécessairement privés de toute détermination empirique. Dans cet espace, l’Universel fonctionnerait comme une promesse d’émancipation de l’individu sous couvert d’une acceptation de normes garantes d’un consensus, et d’une forme d’homogénéité. Que les noirs deviennent blancs, que les femmes deviennent des hommes, et que les indigestes prennent la porte.
Postulons maintenant l’inverse, à savoir une nécessaire perméabilité de l’école aux débats de la société. Avec sa propre temporalité qui n’est pas celle de l’urgence médiatique, l’école se poserait alors comme le lieu d’intelligibilité des débats, voire des conflits, par une praxis de la mise à distance réflexive. Dans ce cas, l’Universel républicain perdrait sa capacité d’énonciation de normes immuables pour agir comme un champ ouvert d’antagonismes, ou, pour le dire autrement, un espace de conflictualités politiques suffisamment ouvert pour permettre à chaque subjectivité de s’affirmer sans trouver porte close. Dans cette logique, la révérence au buste, à l’hymne ou au drapeau ferait bien pâle figure à l’aune d’une véritable éducation à la diversité.
Laurence De Cock



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Notes :


(1) Voir l’intégralité de la lettre de mission au lien suivant :http://www.immigration.gouv.fr/article.php?id_article=753
(2) Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire, http://cvuh.blogspot.com/
(3) Olivier Le Trocquer, « Jules Ferry » in Laurence De Cock et alii (dir), Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Agone, 2008
(4) Celui qui est précisément enseigné dans les programmes d’histoire du Secondaire

mercredi 1 avril 2009

La ronde des obstinés Depuis le 23 mars, place de grève de l’Hôtel de ville de Paris



Pourquoi le CVUH s’associe au mouvement de grève active dans les Universités et à la lutte contre le démantèlement du système éducatif en général ?
Depuis quelques mois se produisent en France, dans les Universités, lycées, collèges et école des formes de mobilisations inédites témoignant d’une inquiétude généralisée du monde enseignant face à la politique délétère du gouvernement qui s’échine à substituer à la logique éducative et émancipatrice du système éducatif un système basé sur la rentabilité économique et la compétitivité. Dans ce cadre, l’enseignement des sciences sociales et humaines qui vise à accompagner la formation d’une conscience critique chez les élèves et les étudiants se trouve gravement menacé. Nous sommes nombreux au CVUH à prendre part aux actions alternatives de protestation, et pensons que se joue aujourd’hui, à travers cette inventivité politique, le sort d’un des premiers usages publics de l’histoire : son enseignement. ]


Difficile de ne pas s’interroger sur la lutte que nous menons. Nous-mêmes ne connaissons pas son devenir. Cette forme de protestation n’est pas nouvelle ; elle s’est déjà exprimée contre l’intolérance, l’hypocrisie, la mauvaise foi et le mépris ; même si rarement une marche, jour et nuit, a réussi à empêcher une minorité de nantis de confisquer la production collective. Depuis les grèves du XIXe siècle, la résistance s’est souvent affirmée de cette manière, lancinante et pacifique : une ronde des obstinés. Aujourd’hui nous la jugeons à notre tour nécessaire. Nous, étudiants, enseignants, biattos de Paris 8 — rejoints par d’autres étudiants, enseignants chercheurs, d’autres mécontents —, luttons d’abord et avant tout pour conserver à tous nos étudiants, quelle que soit leur origine sociale, un accès égal au savoir, et protestons contre un gouvernement profondément dédaigneux de toute expression démocratique. Nous nous élevons contre les mesures ponctuelles que le gouvernement ose appeler réformes et refusons de contribuer, sous quelque forme que ce soit, au démantèlement de la formation de nos étudiants et à la transformation des universités en entreprises, c’est-à-dire en unités de production de savoirs uniquement « utiles » et professionnels. Les sciences humaines sont particulièrement visées car elles ne sont pas immédiatement monnayables dans une société qui voue un culte à la marchandise. Elles servent effectivement à penser ; à donner les moyens de faire face à la vie quotidienne et professionnelle, en se situant dans le monde présent, comme dans l’histoire ; à maîtriser les concepts ; à savoir lire et comprendre un texte, pour être en capacité de répondre aux demandes sociales et se recycler si nécessaire. Il est vrai que cette forme d’apprentissage du savoir, pour soi, permet d’acquérir la distance critique envers nos gouvernants. Voilà à quoi servent les études. Apprendre à penser à nos étudiants signifie leur donner les outils de connaissances qui leur ouvre la voie d’accès à l’autonomie. Là, est la seule autonomie qui vaille.
L’autonomie des universités, que le gouvernement nous propose, est, elle, une vaste blague ! et les reculs du pouvoir actuel ne sont que des pas de côtés qui ne remettent pas en cause l’idéal néo-libéral de nos gouvernants.
Non ! le savoir n’est pas une marchandise.
L’ultimatum, que nous avons lancé à nos ministères de tutelle, et dans lequel nous demandons le retrait de toutes les mesures prises depuis 2 ans, veut marquer un coup d’arrêt au processus de démolition des apprentissages de la connaissance à l’université — seul lieu ouvert à tout candidat au savoir, après la formation de base dispensée par nos collègues de l’enseignement secondaire.
Depuis plusieurs années déjà, imperceptiblement, le savoir est considéré par ceux qui nous gouvernent, comme une marchandise. Le titre même des paliers franchis jusqu’à la licence porte des noms marchands : unités de valeurs (UV), crédits, éléments constitutifs d’une unité d’enseignement (EC). À l’issue d’un cycle de formation, l’étudiant a comptabilisé les unités acquises désormais par « validation ». Il ne sait plus s’il peut dire qu’il maîtrise une langue, une période historique, une œuvre romanesque, un concept théorique, mais il est certain d’avoir accumulé la quantité suffisante d’EC pour obtenir un diplôme. Qu’importe le contenu, car il suffit d’une quantité x d’éléments comptables. Dans les universités, il n’est plus question d’apprendre à penser mais de savoir compter.
Il en est de même pour les chercheurs. Fichés, classés, expertisés, comptabilisés par le nombre de citations dont leurs écrits font l’objet, ils ne sont plus jugés pour l’originalité de leur projet mais examinés par une Agence (ANR : agence nationale de la recherche) qui décide de l’utilité marchande, éventuellement sociale, de telle ou telle recherche.
La formation des maîtres a minima, que le gouvernement est en train de mettre en place, consiste à dispenser des diplômes de bas niveaux destinés aux enseignants du secondaire précarisés, payés à l’heure de cours effectuée. L’université démantelée correspond précisément aux objectifs du pouvoir : dispenser un savoir immédiatement, recyclable en produit marchand, aux enfants de pauvres, aux gamins des banlieues, aux gosses des classes moyennes appauvries. Depuis ces dernières années, nous le savons, les inégalités sociales se sont accentuées et le nombre d’étudiants issus des classes de salariés s’est considérablement amoindri. Il suffisait donc d’adapter l’université à la réalité économique du moment ! Telle est le devenir que nous prépare le gouvernement et que nous refusons.

La ronde infinie des obstinés, tous ensemble : salariés, retraités, chômeurs, précaires, citoyens qui, dans la rue et ailleurs, résistent, nous disons tout simplement NON. 


Michèle Riot-Sarcey

mardi 24 mars 2009

Compte rendu de l’Assemblée générale du CVUH du 17 janvier 2009


Assemblée Générale CVUH du 17 janvier 2009





Présents : 22 présents
Rapport moral : Gérard Noiriel
On peut se féliciter du développement et des échos du CVUH, y compris des prémices au niveau européen. Les multiples rencontres (librairies, conférences-débats) témoignent à la fois d’une demande sociale et de la pertinence de la démarche que nous avons impulsée. On constate de nombreuses sollicitations de journalistes : toutes les semaines ou presque il y a quelque chose ; c’est quasiment devenu un réflexe de nous consulter.
De nombreux partenariats ont été tissés, même avec des gens qui ne sont pas des historiens.
Importance du site : attention à ce que le CVUH reste bien centré sur ses finalités. La liste peut être un moyen de diffusion d’informations afférentes, mais pas le site qui doit témoigner des objectifs du CVUH. Le site reste bien fréquenté ; une moyenne de 300 visites par jour avec des pics en cas de « moment médiatique ».
Par rapport aux membres historiens, on constate néanmoins une sous-représentation des XXèmistes : inégalité dans la répartition des membres.
Il faut peut-être poursuivre le travail de communication et tenter d’attirer plus de collègues.

Bilan financier :
Thomas Loué : absent, mais les documents ont été envoyés.

Solde positif ; nous fonctionnons essentiellement avec les adhésions et le produit des ventes de la collection Passé/Présent chez Agone.
Mais n’avons aucune subvention.
Les droits d’auteur 2008 Agone seront reversées vers mars sur le compte : à peu près 6500 euros
Ventes 2008 : 
. Identité nationale : 2447 
. Sarkozy : 3415

Nous prévoyons la reconfiguration du site : coût : 2000 euros (1000 euros de salaire + charges sociales)
Ouvrir un livret A : peut-être acheter des obligations ?
Il avait été envisagé la possibilité de louer un local à Ivry avec d’autres associations. Le projet est discuté mais nous avons une proposition d’hébergement à l’Emancipation syndicale Paris 11e. A creuser, cela nous demandera une participation mais vraisemblablement faible. Nous disposerions d’un local pour nos réunions, et éventuellement nos débats.

Bilan : 146 adhérents dont moins de 50% ont payé, à jour pour 2008.
Par rapport à la liste qui figure sur le site, quelques adhérents n’ont jamais renouvelé leur adhésion . Il faut faire un courrier pour renouveler l’adhésion. Les statuts de l’association précisent que peut adhérer au CVUH soit un historien et/ou enseignant, soit quelqu’un qui a un travail lié à l’histoire. Il faudrait l’indiquer plus clairement sur le site, dans la rubrique adhésion. On pourrait aussi le faire apparaître dans la page Wikipedia consacrée au CVUH.

Jean-Pierre Chrétien : le texte de Liberté pour l’histoire est signé par des gens qui ne sont pas du tout historiens, d’où un possible problème de crédibilité.
Laurence : problème des adresses à mettre à jour. G. Noiriel propose de payer quelqu’un pour faire une remise à jour des fichiers.
Rapport moral Vote 22 présents, 20 pour ; 2 ne prennent pas part au vote (arrivés après la présentation)
Bilan financier : 22 présents 21 pour ; 1 ne prend pas par au vote (idem)

Renouvellement des membres du bureau :
Sortant : Président Gérard Noiriel : vice-président M. Riot-Sarcey ; vice-président Nicolas Offenstadt ; trésorier : Thomas Loué, secrétaire Olivier Le Trocquer
Liste : 
Gérard Noiriel
Michèle Riot-Sarcey
Emmanuelle Picard
Olivier La Troquer
Thomas Loué
Eric Ménard suppl
Sophie Wahnich
Catherine Coquery
Sylvie Aprile
Nicolas Offenstadt
Anne Jollet suppl

Vote à l’unanimité sur la liste du CA.
Merci de préciser, si vous étiez absents, de votre maintien ou non en tant que membre du CA.

Candidatures pour le bureau : 
Gérard Noiriel rappelle la nécessité de faire tourner les responsabilités et de ne pas rabattre le collectif sur des noms.
Mais il faut rappeler les noms des membres fondateurs sur le site : Gérard Noiriel, Nicolas Offenstadt, Michèle Riot-Sarcey

Election du bureau : Thomas loué trésorier
Olivier Le trocquer secrétaire
Vice-présidence 1 : Michèle Riot-Sarcey
Vice-présidence 2 : Laurence de Cock
Président : Catherine Coquery-Vidrovitch

Vote des 6 membres présents du CA :
Vote sur le président par le bureau : 3 votants présents
le président sortant doit devenir membre du bureau de droit (statuts de l’association à modifier)

Activités et fonctionnement du CVUH :
La liste de diffusion doit être utilisée à bon escient : pour développer un argumentaire, donner des infos.
C’est une liste de diffusion interne, donc pas de modérateur. Nous retenons l’idée d’annoncer explicitement en objet de quoi il est question ainsi que la nature de l’intervention (infos/débats)

Jean-Pierre Chrétien : bon débat sur le film La fuite à Varennes.
Par contre, nous nous demandons si le texte de Nouschi avait sa place sur la liste. Débat non tranché. C. Coquery : c’est un coup de gueule d’un historien.
Laurence : pas sa place sur le site, mais sur la liste de diffusion OK de la part d’un membre.

Le site : prévoir une réunion spécifique sur la question de la reconfiguration (choix du logo à régler très vite)
Comité de lecture des textes sur le site : Laurence, Michèle, Gérard, Catherine
Mettre une boite aux lettres sur le site : pour que les gens puissent proposer des textes (proposition de Olivier).
Mars 2008 : le colloque SNES/CVUH sur l’enseignement des questions socialement vives a été publié par les éditions ADAPT. Le lien est sur le site du CVUH
Il y a eu de très nombreuses interventions publiques multiformes (medias, présentations en librairie, fêtes LO, fêtes de l’huma …) : il serait bien d’envoyer dans ce cas un message à Guillaume pour que ce soit annoncé sur le site guillaume.garel@wanadoo.fr dans la rubrique « échos du CVUH »
Agone : deux publications, collection Passé/Présent prend plus de place : livre de Catherine Coquery Les enjeux politiques de l’histoire coloniale et celui d’Emmanuelle Picard et Laurence De Cock, La fabrique scolaire de l’histoire, sont annoncés respectivement pour avril et octobre 2009.
Nous avons également l’idée de compiler certains des textes présents sur le site pour en faire un ouvrage. Nous n’avons en effet pas de livre qui nous présente et ce serait utile. Il faudrait y ajouter une introduction.
Philippe insiste sur les problèmes de calendrier : proposer à l’automne à l’éditeur en septembre, catalogue fait en octobre (il faut qu’il ait une partie en main pour qu’il annonce). Donc le livre doit être très avancé à la rentrée. Nous décidons de la constitution d’un groupe de travail à constituer pour travailler sur le futur livre sur le CVUH : co-direction par les 3 présidentes, élargissement à tout le bureau.
Puis discussion collective.

Projet d’article pour la revue Ecrire l’histoire : numéro thématique « Morale et histoire » échéance 2010 : dirigée par Nathalie Richard. Michèle propose de travailler le thème « éthique et histoire ». cet article serait un bon tremplin pour formaliser une introduction au livre en projet sur le CVUH
Les journées :
4 avril : journée sur les enjeux mémorielles en Europe. Trouver une salle à la Sorbonne par Pierre Serna.
Responsables : Sylvie Aprile / Anne Jollet

25 avril : journée de Montpellier, interventions sur différents thèmes afférents aux « usages publics de l’histoire » 
Responsable : Pierre Schill. Programme à venir.

13 et 16 mai : journées Marseille : « quartiers de mémoires », histoires et mémoires des immigrations marseillaises. Le CVUH prendra en charge les déplacement des intervenants suivants : Gérard Noiriel, Benoît Falaize, Laurence De Cock.
Essaimage international : en Suisse ? voir existence d’associations proches (Charles Heimberg et Mari-Carmen Rodriguez s’en chargent ; peut-être prévoir une journée ?
Charles Heimberg suggère de travailler les différences d’approche sur les lois mémorielles en Europe
Gérard Noiriel confirme, « liberté pour l’histoire » axe sur l’Europe. Il faut que nous soyons compétents sur ce qui se passe à l’étranger. Nous pourrions nous-même traduire en anglais au moins quelques passages de nos interventions sur cette question.
Il faut également faire le point sur ce que se passe ailleurs.

L’après-midi de cette AG a été consacrée à la table ronde (voir précédent CR de réunion). Les interventions seront mises en ligne.

mardi 3 mars 2009

Guadeloupe, Europe : l’État-nation en débat par Suzanne Citron


Dans Le Monde du 8-9 février Daniel Roche et Christophe Charle, commentant un projet de musée d’histoire de France, suggéraient que « l’histoire de la nation » avait besoin d’un « forum » plutôt que d’un sarcophage. La situation en Guadeloupe, la dimension post coloniale des problèmes en témoignent dramatiquement.
Oui, face à une vision du passé, simplificatrice et anachronique, qui, de fait, occulte l’histoire des Antilles, nous avons besoin d’un grand forum, d’un grand débat, historien certes, mais aussi citoyen, politique, médiatique, un large débat sans tabou ni frontières. Quels regards les Françaises et les Français portent-ils sur l’histoire, comment élucider en ce nouveau siècle l’objet « France » dans son extension d’outre-mer comme dans son appartenance à l’Europe, inséparable du devenir de l’humanité entière ? L’histoire n’est pas un monument figé, chaque époque regarde le passé avec les outils intellectuels dont elle dispose, à partir des questionnements qui sont les siens. Les Français découvriraient que l’histoire — et donc la perception de l’identité collective — est en perpétuel réaménagement. Ils apprendraient comment, avec quels matériaux, des histoires « nationales » — dont la nôtre— ont été fabriquées au 19ème siècle. Transmises par l’école devenue obligatoire dans une écriture plus ou moins figée, ces histoires ont, par leurs lacunes, leurs occultations ou leurs partis pris, suscité des convictions et des illusions, des résistances courageuses et des violences meurtrières. Elles entretiennent des imaginaires contradictoires. L’interminable conflit du Moyen-Orient en concrétise la dramatique confrontation.
Des initiatives ne pourraient-elles être prises, dans un cadre à définir, par des historiens, des écrivains, des cinéastes, des journalistes ? Les élections européennes pourraient en être l’occasion. Certes les impératifs du présent sont d’abord la crise financière, économique et sociale, la menace écologique, la montée implacable des inégalités. La réduction du projet européen en idéologie dogmatique de la libre concurrence ne saurait y faire face et c’est le premier sujet d’un grand débat.
Mais les migrations intercontinentales et les pulsions nationalistes et xénophobes qu’elles suscitent sont aussi une donnée à prendre en compte, tandis que le mouvement social dans les Antilles signe la crise du pacte républicain français. L’espace public européen s’enrichirait d’un questionnement sur les processus historiques qui ont progressivement, depuis les révolutions américaine et française, généré en Europe puis dans le monde entier la conception, la forme et la multiplication des États-nations, créant parallèlement le phénomène collectif nouveau des identités nationales et de leurs revendications . Ces dernières se sont bâties sur les mythes de « peuples » primordiaux et dans l’imaginaire de nations transcendantes, sujets de récits inventés au 19ème siècle. Ces « histoires » ont été ou sont encore à la racine des nationalismes dont la résurgence ou l’émergence bloquent la réparation du présent et donc la construction d’un avenir planètaire.

Les Français contribueraient au débat en s’interrogeant sur les racines historiques de leur diversité sociale, géographique, ethnique et culturelle que n’explique pas le récit linéaire d’une France préfigurée par la Gaule et incarnée par quelques figures tutélaires.


Suzanne Citron, auteur notamment de Le Mythe national. L’histoire de France revisitée, Éd. de l’Atelier, 2008

mardi 10 février 2009

Misère de l’Histoire, Alain Minc et sa France par Blaise Dufal


Alain Minc se veut historien du dimanche, et s’attend à se prendre « une volée de bois vert » (p.7) comme il n’en a jamais connu. Il revendique, selon une rhétorique de la double négation très en cour, le droit de faire sa synthèse personnelle de l’histoire de France. Cette apparente modestie est assez surprenante pour quelqu’un qui a souvent écrit et parlé sur des sujets bien éloignés de sa compétence. Ce conseiller des grands acteurs économiques et politiques français de tous bords a produit une oeuvre abondante (29 livres) dont le succès doit pourtant plus à ses réseaux médiatiques qu’à son intérêt intellectuel (1). Comme Jacques Attali, il incarne la figure française de l’analyste-essayiste à tendance polémico-prophétique qui croit penser son époque quand il ne fait que travestir des lieux communs. Leurs formules prétendument provocantes, plus clinquantes que brillantes, ne sont que des vases creux et trompeurs, monnaie d’échange pour construire des positions institutionnelles à fort taux rémunérateur. Affirmer l’histoire comme une chasse gardée constitue une déclaration d’intention visant à faire croire qu’il y a aujourd’hui un corporatisme intellectuel, une doxa universitaire élitiste et bien-pensante qui cadenassent les débats et empêchent les Français de s’approprier leur histoire. Et le retournement est audacieux de la part d’un membre de l’establishment, qui se proclame libre braconnier et dont la parole, à ce titre, serait plus pertinente et apporterait une lumière salvatrice.
Alors que se multiplient les usages politiques de l’histoire par le gouvernement français tant au niveau des commémorations, des discours politiques que de l’enseignement, on peut constater que la sortie de cette Histoire de France coïncide avec celle de deux autres ouvrages écrits par des personnalités également proches du pouvoir (2). Max Gallo, historien officiel du régime, cherche ainsi dans L’âme de la France à « ressaisir l’esprit du roman national », dans une entreprise qui se veut performative pour accomplir la nation. Jean Claude Barreau, ancien conseiller de Mitterrand puis de Charles Pasqua, publie pour sa part Les racines de la France dont le sous-titre, Notre histoire des origines à nos jours, marque la dimension fortement identitaire du projet. Ainsi Minc ne fait pas oeuvre de solitaire ou d’original, son livre se comprend mieux comme un pan d’une offensive éditoriale pour promouvoir la vision de l’histoire du pouvoir français actuel, le retour d`une histoire officielle.
Minc revendique une approche comparatiste, ce qui n’a rien de très original, surtout depuis un certain Marc Bloch. Mais le comparatisme est une méthode qui nécessite énormément de rigueur et de précaution, il ne s’accommode pas des formules toutes faites et des anachronismes esthétisants. Comparer doit permettre d’apporter un supplément de compréhension et non d’éviter ou de tordre les problématiques historiques, or l’auteur ne prend pas en compte les spécificités méthodologiques de l’analogie. Nous n’énumérerons pas les multiples simplifications et erreurs ni ne discuterons les choix dans la présentation des faits. Ce comparatisme de salon, où la vision du passé apparaît comme totalement assujettie au présent, n’est pas que pure coquetterie et il faut souligner sa dimension idéologique. L’auteur parle de la « politique d’ouverture »(p.13) d’Auguste, d’un Clovis rétablissant la « sécurité » (p.19), d’une « immigration clandestine » dans l’Antiquité (p.18). Des formules extrêmement marquées dans le discours politique français sont projetées sur l’histoire comme pour justifier les actes politiques actuels.
Chaque page est ponctuée par un parallèle avec d’autres faits historiques, ce qui donne l’impression d’une histoire circulaire qui se répète et qui rejoue toujours les mêmes schémas. Les évènements sont reliés entre eux par dessus les contextes historiques dans une logique d’annonciation, tout y est modèle, « à venir ». Le terme le plus employé est celui de « préfiguration » (plusieurs dizaines d’occurrences) ; ce qui définit une conception particulièrement téléologique de l’histoire. Une seule exception notable à cette vision : celle de la Révolution Française. Minc s’insurge contre l’interprétation de ce macro-événement comme inévitable, l’imputant à une vision marxiste (une de ses références préférées par ailleurs). Elle aurait pu être en partie évitée, grâce à un gouvernement plus éclairé, dans le style anglais... À cette exception près, si particulièrement « française », s’il y a une leçon d’histoire à tirer de ce livre, c’est celle de l’éternel recommencement, qui aboutit à une double permanence : celle de la France, celle du jeu politique.
Ce braconnage s’apparente surtout à une remise au goût du jour de la veille histoire de France, très classique et traditionnelle, cherchant la logique historique d’une identité nationale. Très marqué par des considérations psychologiques sur les masses autant que sur les individus, ce livre met en avant le rôle crucial de quelques grands personnages. On renoue alors avec l’histoire des grands hommes, ces représentations mythiques qui incarneraient « une certaine idée de la France », ces génies qui feraient basculer l’histoire (3). Les phénomènes collectifs, économiques, sociaux, culturels sont passés sous silence, ignorés. Cette histoire de la construction de la France, de son « surgissement » (p.39), serait faite de continuités dans le rapport fusionnel entre des gouvernants parfois exceptionnels et une entité mal définie, le petit peuple, l’opinion. Ce peuple, presque imperturbable, reste cantonné au rôle mythique de garant de la légitimité, dépositaire de l’esprit français, autre entité bien floue.
Dans les exemples qu’il prend à titre comparatiste, certains reviennent régulièrement et dessinent les obsessions historiques de l’auteur : la guerre d’Espagne, les accords de Munich en 1938, la nomination de Pétain par l’assemblée du Front Populaire en 1940, le coup d’État de De Gaulle en 1958, Les procès de Moscou, l’arrivée de Mitterrand en 1981, les réactions face à l’épisode Jaruzelski, le phénomène de cohabitation politique. Ce sont des moments où les événements révèlent des tensions morales à l’intérieur des stratégies politiques : des paradoxes historiques qui acquièrent chez Minc une dimension archétypale. Ces multiples considérations sur les décisions politiques tracent un art de gouverner, un traité de politique offert au prince dans la tradition médiévale : l’histoire enseigne et met en récit des formes de savoirs sur la manière de gouverner. Ainsi l’auteur distribue les bons et les mauvais points, les satisfecits et les blâmes, égrenant de plates considérations sur la politique.
Il en profite ainsi pour réhabiliter Louis-Philippe et Clemenceau, deux figures représentant des références et des traditions spécifiques de la droite française. La figure de Richelieu éclipse celle de Louis XIII mettant ainsi en avant le primat du gouvernement politique. Napoléon Bonaparte, qui occupe une place centrale dans le récit, est lui comparé à Charlemagne, « le premier européen ». Une des grandes entreprises de réhabilitation est celle menée à propos de Napoléon III qui aurait choisi la démocratie plutôt que la liberté (4) (sic), et dont les actes répressifs ne seraient pas conformes à son tempérament, ce qui constitue pour l’auteur une forme d’excuse. L’auteur insiste sur l’importance de la perte de l’Algérie française que le projet de citoyenneté de Napoléon III aurait pu éviter. Il proclame par ailleurs à propos de la Gaule envahie par les Romains : « la chance d’être colonisé » (p.11). Pourtant, son histoire de France est réduite à l’Hexagone, passant sous silence la question coloniale et ses impacts historiques depuis le XVIIIe siècle.

Minc se réclame de Braudel mais au jeu des autorités rappelons que Lucien Febvre, analysant les oeuvre d’Arnold Toynbee et d’Oswald Spengler, écrivait : « Les historiens ont le privilège, depuis quelques années, d’être mis sur la sellette par un lot varié d’hommes remarquables — poètes, romanciers, journalistes, essayistes — qui, distrayant en faveur de Clio quelques moments d’une vie dédiée à d’autres cultes, comprennent instantanément (ils l’assurent du moins) ce que des années d’études exclusives n’ont jamais laissé les historiens capables de saisir et d’exprimer. » (5). Et lorsque ces braconniers sous couvert de distraction font de l’idéologie, la farce tourne à l’instrumentalisation politique.


Blaise Dufal


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Notes :

(1) Franz-Olivier Giesberg disait d’Alain Minc : c’est « une des rares personnes que je trouve plus intelligente que moi » Challenges (avril 1998)
(2) Alain Minc qui clôt son histoire en 2007 sur l’élection présidentielle, déclare à cette occasion son amitié pour Nicolas Sarkozy.
(3) « L’histoire de France a connu trois anomalies chromosomiques : Jeanne d’Arc, Bonaparte, de Gaulle » (p. 377)
(4) Cette vision d’un Napoléon III démocrate a notamment été défendue par François Furet et l’historiographie libérale
(5) Lucien Febvre, Combats pour l’histoire, Paris, 1992, p.118-119.

samedi 7 février 2009

14-18, le bruit et la fureur : chronique d’une offensive télévisuelle par Julien Mary


Avez-vous vu mardi 11 novembre dernier, en prime timesur France 2, le documentaire 14-18, le bruit et la fureur ? Annoncé à grand renfort de tambours, le film a permis à la chaîne de réaliser un excellent score d’audience : 5 893 000 téléspectateurs, soit 21,3 % de parts de marché (source : Médiamétrie). Meilleure audience pour un documentaire sur France 2 depuis janvier 2006 et la sulfureuse Odyssée de la vie ! Avec la note de 8,5 / 10, à égalité avec l’émission Faites entrer l’accusé, le documentaire est également placé en tête du baromètre qualitatif publié par France Télévisions pour le mois de novembre, toutes chaînes et tous programmes confondus. On ne sait si le titre choisi en référence au chef d’œuvre de William Faulkner a contribué à un tel succès, mais il est certain que le documentaire n’en partageait pas les mêmes attendus. La direction de la chaîne se félicite néanmoins du score réalisé. Pour elle, les téléspectateurs « ont manifesté ainsi leur désir de mieux comprendre et de ne pas oublier ceux qui ont combattu lors de cette Grande Guerre. »
« Mieux comprendre et ne pas oublier » : un objectif ambitieux et bien légitime, dont il ne s’agit aucunement ici de remettre en cause le bien-fondé. Les historiens n’ont pas le monopole de l’histoire et il est essentiel de l’ajuster à des supports et des publics variés. Le film se proposait ainsi de nous rendre sensible l’expérience de la Grande Guerre à travers le récit d’un soldat français prétendument "type", commentant, année après année, des images inédites du conflit. En effet, « tout est loin d’avoir été dit sur la “der des ders”, sur l’histoire de cette immense tromperie, de ce gâchis infini » (http://programmes.france2.fr/14-18, 12/11/2008). Et on ne pouvait que se réjouir à l’idée de voir ainsi renouvelée l’approche télévisuelle de 14-18 : on allait voir ce qu’on allait voir… Mais dès la lecture du résumé proposé par France 2, l’on s’aperçoit que c’est au contraire une vision spécifique, bien connue des historiens de la Grande Guerre, qui constitue l’arrière-fond du documentaire, et que, loin de contester la version officielle, le documentaire en fait la trame de la narration :

« A travers le récit d’un soldat qui a traversé toute la guerre et qui parle aussi au nom de ses camarades, "14-18 le bruit et la fureur" est un documentaire réalisé à partir d’images d’archives, pour la première fois, restaurées, colorisées et sonorisées. A rebours de la victimisation du soldat qui a longtemps prévalu, le propos de ce film est nouveau : la Grande Guerre a été entretenue par un consentement général. Ce sont des sociétés entières qui se sont jetées dans ce qu’elles pensaient être un combat de la civilisation contre la barbarie. » (Id.)

Rien n’est dit du statut de ce narrateur omniscient, de ce combattant dont le téléspectateur ignore s’il a véritablement existé ou s’il a été inventé pour les besoins du film. Outre son absence de caractérisation sociale et l’inconstance de son point de vue – notre héros s’exprime en effet tour à tour en simple combattant, officier d’état-major, historien, allant même jusqu’à prendre des allures de prophète –, la question première posée par ce procédé narratif n’est elle pas celle de la pertinence de cette narration fictive elle-même, qui ne s’avoue de plus jamais comme telle ? Pourquoi ne pas construire le propos du film autour de témoignages réels ? Pourquoi leur préférer un témoignage fictif, construit pour les besoins d’un film et la défense d’une historiographie se jugeant en perte de vitesse sur le terrain public, et qui déploie son discours caché sous le masque du réel, celui d’un authentique combattant auquel le film donne un âge (24 ans en 1914), un ami (Léon), une fiancée (Marthe), et même un visage ? Au début du film, en effet, le narrateur commente ainsi la photographie d’un groupe de soldats : « C’est la seule photo de moi que j’ai conservée. Elle a été prise dans l’Artois, au lendemain d’une nuit d’épouvante. Je suis au troisième rang, le quatrième en partant de la gauche. » Comment expliquer un tel parti pris narratif, non clairement établi et par conséquent largement inintelligible au spectateur ? Pourquoi choisir le "témoignage fictif" comme mode explicatif grand public d’un passé pourtant pourvoyeur d’un nombre important de témoignages ? Les téléspectateurs sont-ils jugés incapables d’appréhender ce type d’archive spécifique qu’est le témoignage combattant ? Y a-t-il rejet de ce matériau en tant que source digne de contribuer à écrire l’histoire ?
La réponse à ces questions nous est fournie en substance par Jean-François Delassus lui-même, pour lequel son héros est un « soldat inconnu, qui a traversé toute la guerre, puis qui a lu, vu beaucoup de films et réfléchi sur ce qu’il a vécu. […] La version qu’il donne, son point de vue sur les mentalités d’alors sont proches de l’école de pensée historique à laquelle appartient Annette Becker » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.), unique conseillère historique du film. Ce soldat n’est ainsi pas inconnu pour tout le monde : à l’historial de la Grande Guerre de Péronne (1), cela fait dix ans qu’il est sur la ligne de front du débat historiographique. En soldat fidèle et obéissant, il témoigne naturellement en faveur de l’histoire qui lui a donné vie :

« Du ventre de la terre vulcanisée, je vois naître les grandes catastrophes du siècle. Elles sont toutes issues d’une même tragédie : 14-18. […] 10 millions de morts, 23 millions de blessés, c’est-à-dire la moitié des 70 millions de mobilisés. C’est la vérité nue de 14-18. Mais c’est trop abstrait, et moi je connais la souffrance de tous ces hommes, un par un. […]
Bien sûr, je lis des témoignages, j’écoute les historiens me raconter ma guerre et je regarde quantité de films qu’on discute avec les potes. Et alors ? Alors on décrit beaucoup trop souvent 14- 18 comme le conflit imposé à la troupe, c’est-à-dire subi. […] Mais la vérité est différente, notre guerre à nous est librement consentie. Sinon, pourquoi moi et tous les autres on aurait accepté quatre années de douleurs intenses, la promiscuité irrespirable, les conditions de vie innommables, tout ça en se révoltant si peu ? Nous on a fait corps avec cette guerre. Y consentir en 14, c’est notre raison d’être. […] Comment on se parlait avec Léon et les autres ? On utilisait des mots dont les valeurs n’ont plus cours : Patrie, devoir, parole, héroïsme, honneur, haine ! [Sur ces mots, apparaît l’intitulé du premier chapitre : « 1914 HONNEUR ET HAINE »] Des mots essentiels qui ont fait la guerre à travers nous... »

14-18 serait donc la matrice du XXe siècle et de toutes ses horreurs ; la ténacité des combattants s’expliquerait par leur consentement général à la guerre, tout particulièrement entretenu par une haine commune de l’ennemi et un patriotisme tenace : cette lecture particulière du conflit est imposée au téléspectateur dès l’introduction du film. Mais si ces idées sont familières aux lecteurs des ouvrages d’Annette Becker, les auteurs du film omettent d’en présenter au grand public le caractère construit et éminemment polémique (2). Par ailleurs, le narrateur place sur le même plan des lectures du conflit d’essences très hétéroclites (témoignages, travaux des historiens et œuvres de fiction). Pour lui, quelle qu’en soit la nature, ces différents modes de rapport au passé donnent la plupart du temps une fausse image du conflit : SA guerre n’a pas été subie, mais « librement consentie » (3) [notons la tournure pléonastique, figure d’insistance]. Cet amalgame, associé à l’ambiguïté entretenue autour de la dimension réelle ou fictive de ce récit, illustre bien le peu de cas que ce type d’histoire fait des témoignages de combattants (4).
Sur le site Internet de France 2, le contenu de ce film, largement inspiré des outils d’analyse élaborés par Annette Becker et Stéphane Audoin-Rouzeau dans 14-18, retrouver la guerre (Paris, Gallimard, 2000), est présenté comme une nouveauté, avec toute l’imprécision et la prétention véhiculée par ce terme :

« A rebours de la victimisation du soldat qui a longtemps prévalu, le propos de ce film est nouveau [souligné par nous]  : la Grande Guerre a été entretenue par un consentement général. […] En suivant les analyses d’Annette Becker, l’un des chefs de file de ce nouveau[Id.] courant historiographique, ce film donne une vision neuve [Id.] de ce conflit dont l’ampleur, la violence, le caractère total ont à la fois préfiguré et engendré les tragédies du XXe siècle. » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.)

Comment faire du neuf avec de l’ancien ? Balayant d’un revers de main près de dix ans d’historiographie, les thèses de 14-18, retrouver la guerre (5) font ici peau neuve et s’offrent à grands frais – à 20h50 s’il vous plaît ! – une nouvelle jeunesse… Et tout est effectivement neuf dans ce documentaire... Mais neuf au sens d’inexpérimenté [et d’inopérant] : le narrateur est un poilu anachronique, fraîchement moulu au seuil des années 2000 ; les images sont des (re)constitutions, ne reflétant les réalités du conflit qu’au travers d’un prisme essentiellement propagandiste non clairement explicité et assumé ; le discours scientifique, lui, campe des tranchées mal conçues et déjà pas mal ébranlées... L’année 2000, date de la sortie de 14-18, retrouver la guerre, marquerait-il la "fin de l’histoire" du premier conflit mondial ? C’est en tout cas ce que semble penser Jean-François Delassus :

« Ce livre est essentiel. Même si, bien évidemment, je me suis penché pour faire ce film sur d’autres livres confirmant, nuançant ou infirmant le propos de 14-18, retrouver la guerre. Le regard que ces deux historiens portent sur la Première Guerre mondiale va à l’encontre de la vision habituelle d’une guerre subie, d’une troupe contrainte à se battre par une poignée de Généraux va-t-en guerre, avec pour preuves les mutineries de 17, les fusillés pour l’exemple, les désertions. » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.)

Et c’est ainsi tout l’appareil analytique de 14-18, retrouver la guerre que l’on retrouve au cœur de ce documentaire : le consentement au conflit, la haine de l’ennemi, la Première Guerre mondiale comme matrice du XXe siècle et, d’une manière plus diffuse, la notion même de culture de guerre (6)(7) Cet appareil de propagande en place, il reste donc à l’illustrer. Et l’option retenue est caractéristique de l’art de l’endoctrinement. Les « images d’archives » étant indissociables dubourrage de crâne qu’elles véhiculent, l’on s’attend à ce que le discours de vulgarisation scientifique tenu par notre héros vienne circonstancier et expliciter cette consubstantialité. Au lieu de cela, par un habile procédé de mise en abîme, la prosopopée du narrateur est elle-même le véhicule d’un deuxième discours propagandiste, au service de l’historiographie du conflit aujourd’hui dominante :

« Comment j’ai dit oui à la guerre ? Grâce à ces archives filmées, vous allez voir ce que j’ai vécu, au plus près. En 14, le cinéma est à ses débuts. Faut savoir que les caméras ne vont pas partout et filment sur ordre. L’armée réalise des reconstitutions après les grands évènements. Nous, les Poilus, on est stupéfait qu’ils pensent à faire ça. Mais je vais quand même vous raconter la guerre avec ces images. »

Un avertissement préliminaire vient avertir le téléspectateur : « Ce document est réalisé à partir d’images d’archives d’époque colorisées et sonorisées. » Si l’objectif apparent de ce parti-pris consistant à donner la parole au muet et à coloriser les images dans lesquelles s’inscrit le vécu du narrateur (tout en conservant en noir et blanc celles qui lui sont immédiatement étrangères) est d’accroître la dimension télégénique du film, la tentation sous-jacente est bien celle de faire dire aux images ce que l’on veut ! Pour Laurent Véray, « cela revient à dire que la valeur ontologique des archives en noir et blanc n’est plus suffisante, et qu’il est désormais nécessaire de produire de la nouveauté par réincarnation digitale. […] Sans chercher à se poser en gardien de l’orthodoxie des archives, il faut bien reconnaître que cette pratique est très discutable » (L. Véray, La Grande Guerre au Cinéma, Paris, Ramsay, 2008, p. 230). Laurent Véray..., que l’on retrouve pourtant au générique du documentaire comme consultant historique ! (8)
Ces « image d’archives », mêlant reconstitutions d’époque, films de propagande, images « authentiques », extraits de films de cinéma, photographies, reproductions de cartes postales, et extraits du reportage anglais La Bataille de la Somme (1916), ne font d’ailleurs l’objet d’aucune présentation critique. Le téléspectateur se retrouve ainsi noyé dans une succession de plans courts où s’enchaînent des images répondant à des logiques fonctionnelles différentes, mais dont la plupart émanent du commandement militaire qui les instrumentalise. Cette accumulation prédispose une fois de plus le spectateur à l’amalgame : ce qui lui est donné de voir pour la première fois, c’est un bloc d’« images d’archives d’époque », dont la seule concession aux standards télévisuels contemporains est d’avoir été colorisé et sonorisé. Avec de telles archives cinématographiques, données comme authentiques et inédites, une éminente conseillère historique, le soutien du ministère de la Défense, un 11 novembre à 20h50 sur une chaîne publique…, nul doute que ce documentaire remplit tous les critères d’une émission sérieuse, devant laquelle on peut s’installer en famille.
Commémorations du 90e anniversaire de l’armistice obligent, la plupart des organes de presse, TV et généralistes, ont relayé l’annonce du programme telle que présentée dans le dossier de presse de France 2, sans aucun travail critique (9) : le réalisateur, écrit par exemple Marion Festraëts dans L’Express : « a réuni des kilomètres d’archives pour rendre la vérité d’une tuerie consentie : la guerre de 1914-1918. […] Delassus narre, année après année, le quotidien d’un soldat inconnu en s’appuyant sur 90 % d’images d’époque. Colorisées, sonorisées – une première – ces images montrent une guerre inédite, proche et palpable » (http://www.lexpress.fr/culture/tv-radio//14-18-le-bruit-et-la-fureur-france2_690116.html?xtor=RSS-194, 12/11/2008)… Ainsi, pour Lionel Kaufmann, « la qualité de ce documentaire viendrait non pas des sources elles-mêmes, mais des prouesses techniques qui aujourd’hui colorisent et sonorisent des images d’archives. Une telle entrée en matière occulte

• qu’à aucun moment dans ce documentaire, il n’est procédé à un travail relativement à la nature, l’identification et la contextualisation des sources utilisées (...) ;
• que seuls les extraits des films de fiction sont identifiés par leur titre et leur date de sortie ;
• que nous ne disposons d’aucune image authentique des combats de 1914-1918 ;
• qu’il n’y a aucune raison historienne de coloriser ces images ; • le fait que les sons ou les dialogues ont été inventés pour l’occasion.
En définitive, les images ne servent que d’illustration aux propos du narrateur, poilu imaginaire, et ce soi-disant documentaire historique n’est qu’une œuvre de fiction de plus, un roman à thèse à la forme picturale particulière (...). L’intention n’en est pas moins de faire croire au spectateur que ceci est « vrai », plus vrai en tout cas que tous les films de fiction consacrés à la guerre de 1914-1918 pour zapper ces derniers. » (http://lyonelkaufmann.ch/histoire/2008/11/17/14-18-le-bruit-et-la-fureur-le-retour-du-bourrage-de-crane/, 20/11/2008)

Rappelons-nous en effet les propos d’Annette Becker, recueillis par Jean Birnbaum dans son fameux article « 1914-1918, guerre de tranchées entre historiens » :

« Ceux qui nous critiquent ne sont pas nombreux et leurs travaux m’intéressent peu. Mais, du point de vue de l’espace public, il est clair que nous avons perdu depuis longtemps. Ils ont le film de Christian Carion (10) pour eux : un peu d’antimilitarisme franchouillard, quelques anachronismes, plein de petites lumières, et on fait pleurer dans les chaumières. Quand je suis allée le voir au cinéma, je n’ai pas cessé de rire, et j’ai eu droit à des regards noirs ! Pour le public, il est plus facile de croire que nos chers grands-parents ont été forcés de faire la guerre par une armée d’officiers assassins. » (Le Monde, 10/03/2006)

Dédain de l’"adversaire historiographique" (11) et mépris pour un grand public jugé trop candide : deux aspects que l’on retrouve exprimés par le narrateur du documentaire lui-même, dont la ténacité prendrait ainsi sa source dans une haine commune de l’ennemi – facteur de cohésion de la troupe – et la croyance partagée en un corps de valeurs d’essences patriotique et républicaine. Un aspect fusionnel de la relation auteurs-narrateur parfaitement assumé par Isabelle Rabineau, collaboratrice à l’écriture du film :

« Dans 14-18, nous nous reconnaissons. C’est un miroir ou un autoportrait, au mimétisme flagrant et collectif, au-delà de tout sentiment nostalgique abusif. 14-18 est propice aux fantasmes, certes. C’est que cette guerre est faite d’une complexion spéciale, très malléable. On peut aisément y mouler ses empreintes, s’y façonner une "mémoire d’avant". […]
Enfin, je m’interroge : 14-18, le bruit et la fureur est-il exactement un documentaire ? Je n’en suis pas sûre. Le monologue du soldat, tout en suivant les images seconde après seconde, emporte le film vers une dimension pas vraiment interprétative ni fictionnelle, mais récitative, en chair et en os, en direct en quelque sorte. Finalement, la voix est un prélude respectueux aux images, qu’elle ne corrompt ni n’oblitère. Chœur ou récitant emprunté au genre tragique, c’est un peu comme si d’aujourd’hui et d’hier, elle retrouvait des empreintes perdues dans la boue.
Celles d’un soldat et puis d’un autre (et d’un autre et d’un autre etc.) que l’on suivrait à l’infini dans le passé tout en sachant qu’il n’est ni tout à fait présent ni tout à fait disparu, à la fois témoin, passant par là, regardant la guerre à travers le prisme de ses désirs et de ses frustrations, et des nôtres tout autant. » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.)

Coupés de ce passé qui n’a pas un siècle et qui a touché de plein fouet la plupart de leurs familles, de nombreux Français éprouvent ainsi un intérêt tout particulier pour l’objet 14-18. En témoignent les succès de librairie des éditions et rééditions de lettres et journaux de combattants, ainsi que ceux de films tels que Joyeux Noël ou Un long Dimanche de fiançailles… Dans un pays en "paix" depuis plus d’un demi-siècle, parmi des citoyens qui ne connaissent plus la guerre, ni même souvent la caserne, la ténacité des combattants laisse songeur : désormais qualifiée d’incroyable, elle nous laisse perplexe, elle nous émeut, sans que l’on sache très bien pourquoi… L’imaginaire contemporain que l’on plaque sur ces évènements contribue à nous en maintenir à distance, en même temps qu’il renforce encore notre curiosité pour ce pan de notre histoire, confinant presque à l’exotisme. 14-18, le bruit et la fureur, dans son propos et sa conception, renforce ce magnétisme exercé par la Grande Guerre. Il larévèle plus qu’il ne l’explicite. Car la bonne parole n’est pas ici celle des hommes, témoins et/ou historiens du conflit, mais celle de cet être, mi-combattant–mi-poète, mi-historien–mi-prophète, de cette entité qui se dit révéler le sens caché de l’expérience combattante, de quoi combler la fracture de l’incompréhension par un remblai de mysticisme dogmatique. Au total, 14-18, le bruit et la fureur est donc bien une fiction, au sens strict du terme. Mais c’est une fiction qui ne dit pas son nom, et dont la fonction est éminemment prosélytiste… Sa mission : entamer la reconquête du terrain public "perdu" au profit d’autres visions du conflit. Le film est ainsi paru le 19 novembre dernier en coffret double DVD, sous le titre 14-18, une guerre immense. Il s’accompagne de nombreux bonus (12), dont une interviewe de Lazare Ponticelli. Nul doute, selon Lionel Kaufmann, qu’il trouvera « une place de choix dans la mallette des enseignants ». Sur le site du Centre National de Documentation Pédagogique (CNDP), dans la série « télédoc – le petit guide télé pour la classe », un dossier consacré au film était déjà disponible avant même la diffusion du documentaire. Afin de guider ses confrères professeurs d’histoire et de géographie qui souhaiteraient diffuser le film à leurs élèves, Olivier Dautresme y propose plusieurs pistes de travail, dont les deux premières sont particulièrement édifiantes :

-  « Les formes de la "brutalisation" – Identifier les nouveaux seuils de violence franchis par la Grande Guerre, chez les combattants comme chez les civils » ;
- « Une "croisade" ? – Repérer quelques expressions de la "culture de guerre" qui a rendu possible le "consentement" des populations ». (http://www.cndp.fr/tice/teledoc/mire/teledoc_1418lebruitetlafureur.pdf, 12/11/2008).


Un quasi-décalque de la table des matières de 14-18, retrouver la guerre (13)… Gageons cependant que de nombreux téléspectateurs et la majeure partie des enseignants seront assez critiques pour ne pas succomber à ce plan média !


Julien Mary
Doctorant en Histoire – Membre du CRID 14-18 (14)


Notes :

(1) A l’origine de l’Historial de Péronne, souvent perçu comme le musée français "officiel" de la Première Guerre mondiale, le Centre de Recherche de l’Historial, réunissant plusieurs spécialistes internationaux du conflit, a pour vocation la promotion de la recherche sur l’objet 14-18. Annette Becker en partage la vice-présidence avec Stéphane Audoin-Rouzeau et Gerd Krumeich. Son père, Jean-Jacques Becker, en est le président.
(2) Pour une analyse critique de ces concepts, voir, sur le site du CRID 14-18, le « Répertoire critique des concepts de la Grande Guerre » (http://www.crid1418.org/espace_scientifique/textes/conceptsgg_01.htm) et la reproduction de l’article de Rémy Cazals dans le numéro 46 de la revue Genèses (03/2002, pp. 26-43), « 14-18 : Oser pense, oser écrire » (http://www.crid1418.org/doc/textes/cazals_oser.pdf)
(3) Pour une discussion du concept de consentement, voir notamment Frédéric Rousseau, « "Consentement", requiem pour un mythe "savant" », Matériaux pour l’histoire de notre temps, n° 91, 08-09/2008, pp. 20-22.
(4) Exception faite de ceux des élites... Sur la page Internet du site de France 2 consacrée au documentaire, Annette Becker, questionnée sur la place réservée aux artistes et intellectuels dans 14-18 retrouver la guerre, répond : « Parmi les plus grands artistes de l’époque, qu’ils soient impressionnistes allemands, poètes français, écrivains britanniques ou américains, certains ont été les témoins directs ou indirects de ce conflit. Autant de sources absolument magnifiques pour les historiens ou tous ceux qui veulent essayer de comprendre cette guerre. » (http://programmes.france2.fr/14-18, id.).
(5) Voir, par Blaise Wilfert-Portal, le compte-rendu critique de l’ouvrage sur le site du CRID-14-18 (http://www.crid1418.org/bibliograph...).
(6) Pour André Loez, dans son « Répertoire critique des concepts de la Grande Guerre » (http://www.crid1418.org/espace_scientifique/textes/conceptsgg_01.htm), « la « culture de guerre » est [initialement] définie de manière très large : « le champ de toutes les représentations de la guerre forgées par les contemporains » (Becker et Audoin-Rouzeau, « Violence et consentement : la "culture de guerre" du premier conflit mondial », in Rioux et Sirinelli (dir.), Pour une histoire culturelle, Paris, Seuil, 1997, p. 252). […] une variante nettement plus dense de la « culture de guerre » y voit, pour le cas français, une « spectaculaire prégnance de la haine », nourrissant une « pulsion "exterminatrice" » (Becker et Audoin-Rouzeau, 2000, op.cit., p. 122). »
Pour ses détracteurs, analyse A. Loez, « le concept de « culture de guerre » est trop englobant pour être opératoire, puisqu’il regroupe les représentations de tous les pays belligérants, et de tous les groupes sociaux à l’intérieur de ces pays. […] Dans sa version extrême qui y voit une « culture de la haine », la notion est fort simplificatrice, peu fondée par des sources et invalidée par les travaux attestant d’une « culture du temps de paix » ou de cultures politiques maintenues ou réactivées dans le cadre guerrier (Cazals, 2002, op.cit., p. 45 et Loez, « Mots et cultures de l’indiscipline : les graffiti des mutins de 1917 », Genèses, n°59, juin 2005, pp. 25-46). Plus profondément, il apparaît problématique de lier l’émergence spontanée d’une « culture » à un événement, fût-il majeur comme la Grande guerre. On comprend mal comment une « culture », c’est-à-dire un ensemble complexe et cohérent de représentations partagées, pourrait apparaître en quelques semaines. De plus, le terme « culture de guerre », en liant une culture à un événement, efface la longue durée sur laquelle, précisément, se construit, se modifie et se transmet une « culture ». Enfin, il faut relever la circularité des raisonnements qui se basent sur cette notion : on dit à la fois que cette culture est « issue » du conflit et qu’elle en est la « matrice », donc que la violence explique la culture, mais que la culture explique la violence… (Becker et Audoin-Rouzeau, 2000, op.cit., p. 259). »
(7) Il est intéressant de constater que ce parti-pris ne relève vraisemblablement pas de la politique éditoriale de France 2, comme en témoigne le téléfilm Le Voyage de la veuve, diffusé ce mardi 9 décembre, et dont le propos était, sur bien des aspects, l’exact contrepoint de celui de 14-18, le bruit et la fureur. Mais avec 14 % de PDM et 3 589 000 téléspectateurs [source : Médiamétrie], plaçant ainsi France 2 derrière TF1, France 3 et M6, le programme est loin d’égaler le score d’audience réalisé par le documentaire.
(8) [Laurent Véray nous a écrit pour apporter une précision sur ce point :]
"Bonjour,
Venant de découvrir sur votre site le texte de Julien Mary sur le film "14-18, le bruit et la fureur", je me permets, puisque je suis cité, d’apporter une précision. Je n’ai pas été consultant historique sur ce docu-fiction, mais sollicité par Program 33, qui l’a produit, pour donner des références d’images d’époque en rapport avec les thèmes que Jean-François Delassus voulait développer. Autrement dit, il s’agissait plutôt d’un travail de documentaliste. Je n’ai donc absolument rien à voir avec les choix historiographiques et narratifs effectués par le réalisateur. Je suis d’ailleurs d’accord avec l’analyse de Julien Mary concernant l’usage abusif dans ce film des archives cinématographiques (colorisation, modification du format, sonorisation, absence d’identification, amalgame en tout genre...), ce que je n’ai pas manqué de dire et de redire à l’équipe de réalisation... Mais à l’évidence cela n’a pas servi à grand chose.
Bien à vous
Laurent Véray
Maître de conférences
Département des arts du spectacle
Université de Paris Ouest-Nanterre"
(9) Outre Télérama, deux exceptions au moins méritent d’être signalées. Soulignant l’approche historiographiquement partisane du documentaire (et son aspect non explicite), Les Inrockuptibles et Le Monde des 4 et 9 novembre 2008 expriment en effet un avis nuancé sur ce programme…, qu’ils saluent néanmoins comme une œuvre remarquable et globalement réussie.
(10) Annette Becker fait référence au film Joyeux Noël (sorti en salle le 9 novembre 2005), qui abordait d’une manière romancée le phénomène des fraternisations entre combattants à la Noël 1914. Diffusé pour la première fois à la télévision ce dimanche 7 décembre à 20h 50 sur TF1, le film a réuni 6 707 000 téléspectateurs (27,1 % de PDM), plaçant ainsi la chaîne en tête des audiences (source : Médiamétrie).
(11) Sur le débat historiographique actuel autour de la Grande Guerre, voir Antoine Prost et Jay Winter, Penser la Grande Guerre : un essai d’historiographie, Paris, Seuil, 2004.
(12) Outre l’interviewe de Lazare Ponticelli, le DVD présente également deux autres bonus : « La vision d’Annette Becker » et « Adieu 14 », documentaire réalisé par Jean-Marc Surcin.
(13) Pour une discussion critique du concept de brutalisation, initialement forgé par l’historien américain George Mosse dans Fallen Soldiers, Reshaping the Memory of the World Wars (Oxford University Press, 1990), et par la suite improprement généralisé notamment par Stéphane Audoin-Rouzeau et Annette Becker, voir le compte-rendu de Rémy Cazals de l’ouvrage original de G. Mosse et de sa traduction française sur le site du CRID 14-18 (http://www.crid1418.org/bibliographie/commentaires/mosse_cazals.html), ainsi que l’article d’Antoine Prost « Les Limites de la brutalisation, tuer sur le front occidental, 1914-1918 » [Vingtième siècle, n°81, 01-03/ 2004, pp. 5-20] consultable sur le site du CAIRN (http://www.cairn.info/load_pdf.php?ID_ARTICLE=VING_081_0005)
(14) Le Collectif de Recherche International et de Débat sur la guerre de 1914-1918 est une association de chercheurs qui vise au progrès et à la diffusion des connaissances sur la Première Guerre mondiale (http://www.crid1418.org/).


samedi 24 janvier 2009

Compte-rendu de la réunion du lundi 27 octobre 2008 aux archives départementales des Bouches-du-Rhône Compte-rendu de S. Chabani


Compte-rendu de la réunion du lundi 27 octobre 2008 aux archives départementales des Bouches-du-Rhône
18, rue Mirès - BP 10099-13303 Marseille cedex 03

Journées Patrimoine - Education – Immigration Histoire et mémoire des immigrations à Marseille, quels enjeux ? Mercredi 13 et samedi 16 mai 2009

Présents 

-  Laurence De Cock : enseignante en secondaire, à l’IUFM et chercheur à l’INRP (UMR Education et Politique), membre du bureau du CVUH, association créée par Gérard Noiriel (travail sur la mémoire, sur les instrumentalisations politiques de l’histoire et sur le rapprochement entre monde universitaire et monde scolaire)

-  Samia Chabani (ANCRAGES)

-  Ramzi Tadros (ACT)

-  François Gasnault,Directeur

-  Isabelle Langlade-Savi, Responsable du service action culturelle et pédagogique

-  Sabine Raucoule, assistante de conservation, en charge du service pédagogique


Tour de table présentation des participants.

Présentation du CVUH 

-  journées d’étude sur la fabrique scolaire de l’histoire et sur les questions socialement vives développement de relais en région (antenne à Montpellier et en cours à Marseille). L’organisation de ces 2 journées sur l’histoire des immigrations à Marseille serait le point de départ de l’action de cette nouvelle antenne. Enfin, Laurence de Cock évoque les changements de programme scolaire pour 2011, qui intégreront l’histoire de l’immigration, notamment pour les 3e.

- Argumentation de Samia C sur l’intérêt d’associer les AD13, lieux ressources, à ces journées et qui fait lien avec le partenariat engagé entre Ancrages et les AD13 sur la collecte d’archives des associations de l’immigration sur les BDR. Opportunité pour l’équipe pédagogique des AD d’impulser un nouveau dossier documentaire sur la question des immigrations à Marseille dans le prolongement de ceux qui existent…
- Ramzi ajoute que l’organisation de ces journées est née de cette rencontre entre le CVUH et de sa volonté de se développer à Marseille et d’autres volontés locales comme celles d’enseignants et d’associations locales qui oeuvrent pour une meilleure connaissance du phénomène migratoire et qui s’inscrivent dans une volonté de travailler en commun. Ramzi rappelle la volonté d’ACT d’impulser des projets locaux de territoires sur cette thématique et de formaliser à long terme, le réseau qui y contribue… (ex. ACT CRDP…).
Présentation du programme provisoire de ces 2 journées
-  le mercredi se déroule à l’Estaque ( ?) et est axé sur une approche scientifique le matin (conférence de Gérard Noiriel sur l’histoire de l’immigration, intervention de Salva Condro…), l’après-midi serait consacré à une prise de parole des habitants …(à préciser, qui quoi, comment, où) 
-  le samedi serait davantage centré sur l’école et se déroule à l’auditorium des AD13 s’il est disponible : enseignement de l’histoire de l’immigration, présentation des ressources pédagogiques pour les enseignants (comme dossiers pédagogiques écrits par Sylvie Orsoni, dossiers documentaires du secteur pédagogique, archives du centre de rétention d’Arenc, de police, du tribunal administratif) et présentation de l’inventaire des sources réalisé par l’association Génériques.

F Gasnault signale l’intérêt d’impliquer la Direction de l’Education (Claire Britten) et Jeanine Ecochard, conseiller général délégué à l’éducation. Il précise les modalités relatives à la réservation de l’auditorium qui nécessite que le collectif s’adresse au cabinet du Président du CG 13 
F Gasnault propose d’intégrer les interventions d’autres lieux ressources, CNHI, archives municipales…CRDP… pour élargir l’éventail des sources disponibles en direction des enseignants et valide le principe d’une intervention (prise de parole) des AD13 dans me cadre de cette journée.

Communication

-  la publication du programme ne pourra être prise en charge par le Conseil général

-  en revanche, il est possible d’intégrer un paragraphe sur le semestriel des ABD et présenter la manifestation sur www.archives13.fr

-  penser aux autres relais : lettre des IPR, CRDP

Prolongements
-  exposition des travaux d’élèves des établissements marseillais autour de la question des immigrations ? (lieu proposé : hall d’accueil des ABD, il faudra faire le nécessaire pour le matériel d’exposition avec le SAG)
-  publication en lien avec le CRDP ?
Décisions : 
Suite à cette réunion, il est prévu d’ajouter à la réunion du 15/11/08 à la MMA de l’Estaque :

Les questions relatives à :
1. La question de la coordination (qui a un coût…)
2. celle de l’image visuelle du collectif (nom, logo....) pour solliciter de manière cohérente et concertée les différents partenaires locaux en matière d’information et de communication que les journées.
3. Valider un programme plus précis des journées (déroulé, acteurs, lieux, actions, …etc.)
4. Faire le point sur les ressources financières disponibles pour le projet

La répartition des tâches s’organise comme suit : 
1. La réservation de l’auditorium, affaire suivie par Samia
2. Le contact avec les IPR d’histoire-géographie, affaire suivie par Philippe Olivera
3. le contact avec les secteurs recherche université, affaire suivie par Laurence Decock
4. le contact avec d’autres intervenants, affaire suivie par Ramzi