dimanche 14 septembre 2008

Contre l’antisémitisme : solidarité avec Benjamin Stora par Gilles Manceron (pour le CVUH)


A propos du livre Les Trois exils juifs d’Algérie de l’historien Benjamin Stora, l’hebdomadaire d’extrême droite Rivarol a publié, en juin 2008, une page aux connotations manifestement antisémites.
Cet hebdomadaire étant coutumier des provocations de ce genre – il avait publié, en janvier 2005, les propos de Jean-Marie Le Pen disant que « l’occupation allemande n’a pas été particulièrement inhumaine » pendant la seconde guerre mondiale, qui ont provoqué sa condamnation… –, on pouvait se demander si le mieux ne consistait pas à ignorer purement et simplement cette publication dont, en l’occurrence, les termes et les allusions sont formulés de telle façon qu’elle ne semble pas devoir tomber sous le coup de la loi.
Mais le fait que cet article rappelle les pires allusions obsessionnelles de la presse antisémite des années 1930 et du début des années 1940 nous amène à réagir. En effet, les caricatures accompagnant l’article cultivent ouvertement les stéréotypes que cette presse appliquait aux Juifs. Et, comme elle le faisait aussi, l’article s’en prend aux changements de patronymes opérés par tel ou tel personnage public juif, parlant notamment de Enrico Macias « alias Ghrenassia », de « son collègue Patrick Benguigui alias Bruel », du « journaliste Jean Bensaïd-Daniel » ou du « comédien Roger Lévy-Hanin ». Comment ne pas songer au thème familier de la presse antisémite d’hier, selon lequel « le Juif » chercherait à « se cacher parmi les Français », et selon lequel il s’agirait de « leur apprendre à le reconnaître » ?
Dans ces conditions, le CVUH se doit d’attirer publiquement l’attention sur le caractère nauséabond de ces propos. Ceux-ci montrent que, contrairement aux analyses de certains auteurs pour qui l’antisémitisme aujourd’hui se réduirait à une « nouvelle judéophobie » issue de l’islamisme et de « l’extrême gauche pro-palestienne », en réalité le « vieil » antisémitisme nationaliste et conservateur est loin d’avoir disparu.

Nous tenons à exprimer à notre collègue Benjamin Stora, professeur d’histoire contemporaine à L’Institut des langues et civilisations orientales (Inalco), auteur de nombreux ouvrages, notamment sur l’histoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie ainsi que de l’immigration algérienne en France, notre entière solidarité, et plus généralement notre vigilance face à cette recrudescence.


Gilles Manceron

samedi 13 septembre 2008

Hier et aujourd’hui Jaurès, Clemenceau et Valls par Gilles Candar

À l’issue de son dernier livre (Pour en finir avec le vieux socialisme… et être enfin de gauche, Robert Laffont, 2008), Manuel Valls évoque le débat Jaurès / Clemenceau à la Chambre des députés de juin 1906 et il indique que ses préférences vont vers le président du Conseil Clemenceau, et ses « cathédrales républicaines » patiemment construites, non vers le fondateur de L’Humanité Jean Jaurès et ses « palais de fééries ».
En un sens, historien de la période, je pourrais me réjouir de cet intérêt pour des controverses un peu anciennes. J’hésite à le faire. De toute évidence, Manuel Valls ne veut pas proposer une lecture nouvelle des débats entre socialistes et radicaux au début du siècle ; il choisit un prétexte pour dire que les socialistes doivent rompre avec leurs traditions, leurs réflexes, leur mémoire, et s’inventer un nouveau passé… Je ne suis pas sûr que les références imprécises et vagues auxquelles est contraint Manuel Valls l’aident dans sa tâche, ni que celle-ci soit nécessaire ou souhaitable.
Prendre au mot Manuel Valls pourrait s’avérer cruel : de quoi est-il question dans ce fameux débat de 1906 ? Les mineurs se sont mis en grève, après la catastrophe de Courrières. Onze cent victimes environ, catastrophe nationale qui pose le problème de la sécurité, du profit et des vies humaines… Vingt mille soldats sont envoyés dans le Nord-Pas-de Calais pour reprendre le contrôle de la situation. C’est le moment clef qui voit Clemenceau, champion de la gauche radicale et ardent dreyfusard, se muer en « premier flic de France », bientôt « le Tigre », ministre de l’Intérieur efficace et promoteur de ce que je proposerais d’appeler « une gauche d’ordre ». En ce même printemps 1906, Clemenceau, « le briseur de grèves » pour reprendre une expression de Jacques Julliard (Clemenceau briseur de grèves, Julliard/Gallimard « archives », 1965), mate aussi un mouvement social chez les postiers (ces fonctionnaires ne sauraient avoir le droit de faire grève), bloque le déploiement syndical du 1er mai en plaçant Paris dans une sorte de « petit état de siège » (45 000 soldats contrôlent la capitale avec de nombreuses réquisitions militaires) tandis que le secrétaire général de la CGT, Griffuelhes, est arrêté et poursuivi pour complot contre la sûreté de l’État, en compagnie de quelques militants monarchistes (cf. Frédéric Monier, Le Complot dans la République, La Découverte, 1998).
C’est contre ce comportement assurément nouveau de la part du pouvoir radical, qui tranche en tout cas avec celui des années du Bloc des gauches, que s’élèvent Jaurès et les socialistes. Il ne me semble pas que Jaurès soit du côté des nuées et des vues générales. Certes, il a un projet d’ensemble pour la société, il croit en la nécessité de la socialisation de la propriété, ce qui n’est peut-être plus notre cas, du moins plus selon les mêmes modes. Mais c’est aussi un homme de réalisations, de réforme, d’action quotidienne… Il l’a prouvé, dans l’affaire Dreyfus, et tout récemment en contribuant largement au vote de la loi de séparation des Églises et de l’État [sans doute davantage que Clemenceau, mais là aussi, il faudrait un vrai débat, forcément plus long et complexe… Inutile d’insister. Je veux seulement rappeler que Jaurès n’est pas seulement homme de protestation, mais, quoiqu’on pense du fond des choses, un homme de réalisation, un acteur de la politique républicaine, qu’il soit plutôt de la majorité (1885-1889 et 1899-1905/06) ou plutôt de l’opposition (1893-1899 et 1906-1914), dans le cadre d’un régime parlementaire où cette dernière a, du moins souvent, les moyens de peser]. En bon professeur de profession, Jaurès veut fonder le débat politique sur des bases rationnelles, librement et largement discutées. Il demande donc en 1906/1907 une autre politique sociale : les retraites ouvrières et paysannes, enfin !, l’impôt sur le revenu, etc. Clemenceau ne croit guère dans les « masses », il a une conception élitiste de l’humanité, beaucoup plus individualiste. Il est davantage l’homme des « coups », parfois efficaces : il va être un « grand ministre de l’Intérieur » et il gagne en mai 1906 les élections législatives grâce à sa posture répressive et ses habiletés tactiques.

Mais après ? Le programme social (retraites, journée de dix heures, réforme fiscale, contrats collectifs…) est évacué ou du moins remis en position marginale. L’essentiel est la gestion et surtout l’ordre… Eh bien, dans la mémoire de la gauche, cette période (1906-1909) dominée par Clemenceau a peu compté, ou alors comme un contre-exemple. Je ne crois pas que la gauche politique d’aujourd’hui ait particulièrement intérêt à la ressusciter et à s’en inspirer. On peut aimer Clemenceau, tenir son individualisme à la fois libertaire et attaché à l’ordre comme une nécessité structurelle de l’action politique, ses meilleurs défenseurs préfèrent évoquer son combat dreyfusard, ses campagnes de presse ou son action pendant la guerre plutôt que ce gouvernement qui finit tout de même par décevoir ses meilleurs soutiens de la démocratie radicale. Historien, il est sûr que les préférences ou les références des acteurs politiques du temps ne me soucient qu’à titre documentaire et pour le plaisir un peu gratuit du commentaire ; citoyen, j’ai évidemment mes préférences, et, tout en admettant facilement qu’elles ne soient pas partagées, il me semble que femmes et hommes de gauche peuvent continuer à s’intéresser à nos vielles barbes, Jaurès, Sembat, Malon, Lafargue, sans négliger bien sûr Olympes de Gouges, Flora Tristan, Hubertine Auclert et bien d’autres… S’ils ne peuvent fournir les solutions concrètes pour les programmes du XXIe siècle, d’autant que leurs messages n’étaient pas univoques, ni immuables, ils et elles restent des références par leur volonté d’émancipation, leur courage et leur patience, leur quête de vérité, au quotidien comme par leurs conceptions d’ensemble (les cathédrales ont aussi besoin d’architectes, sinon l’effondrement menace…). Nous ne sommes pas obligés de toujours choisir le côté du pouvoir et du ralliement aux nécessités de l’ordre, ce qui est, chacun l’aura compris, le vrai sens du message adressé par Manuel Valls.


Gilles Candar


mardi 9 septembre 2008

Penser le patrimoine : le patrimoine, promesse d’avenir par Elisabeth Landi


« de tout paysage garder intense la transe du passage … »
Aimé Césaire, Moi, Laminaire

La démolition et la reconstruction programmée du Lycée Schœlcher suscitent un débat dans la population de la Martinique. Un collectif s’est constitué pour la sauvegarde de ce lycée en tant que patrimoine architectural et culturel de la Martinique. Qu’il y ait débat montre que la perception patrimoniale ne va pas de soi. Comme il y a une perception morale ou une perception esthétique, il y a une perception patrimoniale qui est évolutive et propre à chaque société. Pour certains, le lycée est un fleuron de l’architecture contemporaine dite « moderniste » qu’il faut conserver à tout prix. C’est le symbole de la mémoire de la construction de l’espace public, de la conquête du droit à l’éducation pour lesquels les familles martiniquaises se sont battues depuis deux siècles. Pour d’autres, le bâtiment est vieux, dangereux pour les usagers et ne comporte aucun intérêt esthétique particulier. Il y a bien là le signe d’un malaise, d’une interrogation face à la question de la perception patrimoniale. Quels obstacles empêchent de considérer le lycée comme faisant partie du patrimoine martiniquais ? A partir de quoi un « objet » devient patrimonial ? Quels en sont les critères ?
Le problème est beaucoup plus complexe que celui des normes parasismiques et de la dégradation du bâti. On peut se demander pourquoi a-t-on laissé un tel monument se dégrader depuis des décennies ? Pourquoi l’Etat, à l’époque en charge des lycées, n’a pas jugé bon de le classer « monument historique » ? Mieux, admettons que l’on ne puisse plus conserver ce bâtiment, que sa démolition intégrale soit absolument nécessaire. Pourquoi n’a-t-on pas proposé une reconstruction à l’identique ou au moins dans l’esprit de l’architecture de l’époque ? Comment est-il possible de restaurer d’autres bâtiments au moins en partie et pas celui-ci ?
Il semble bien que le problème posé par le Lycée Schœlcher soit emblématique d’une certaine incertitude dans la question de l’approche de la question patrimoniale dans notre pays. Le patrimoine engage l’identité d’une communauté, plus spécifiquement dans nos sociétés post-esclavagistes et post-coloniales. Il touche à l’émergence de l’identification et de l’acceptation du projet social d’une société et de son histoire. L’histoire de ce pays ne s’arrête pas en 1848. Le combat pour la défense des droits de l’Homme a trouvé son point d’acmé dans la revendication de l’école publique, gratuite et obligatoire. Ce projet politique a fait consensus social depuis le XIXe siècle, dans un affrontement féroce avec les forces réactionnaires de la colonie et de la métropole. Le lycée Victor Schœlcher est le symbole de cette histoire, il est devenu l’enjeu d’une conception du rapport au passé et par là même montre combien la question patrimoniale est un problème historique et politique.

Patrimoine, forme de vie

En 1993, Myriam Cottias dénonçe une politique patrimoniale où le « passé est désincarné », où le choix des objets ethnographiques construit « une image charmante » et enfin où le patrimoine officiel était jugé faire « facilement oublier les principaux acteurs de l’histoire : les esclaves ». En 2000 Richard Price, lui aussi, note le processus de « folklorisation » par « fabrication d’exotisme », par « lessivage des réalités dont l’effet est d’obscurcir les relations de pouvoir ». Les choix actuels des « objets » patrimoniaux déterminent un rapport à la mémoire qu’il faut réhabiliter, sortir de l’oubli imposé par les politiques assimilationnistes.
Quand Ch. Chivallon (2006) présente ces phénomèmes de patrimonialisation dans les espaces de musée, elle décrit des stratégies qui d’une part tiennent au sujet du passé esclavagiste, le discours de la réparation et de la réhabilitation et qui d’autre part qui effacent la réalité historique et n’en font pas « l’élément central ni le soubassement de ces sociétés », se réfugiant dans le « langage froid de la description historique normée ». Pour autant, des ambitions de « sauvetage » culturel liées aux revendications identitaires et nationalistes ont surgi dès les années 1970 - 1980. Le patrimoine est alors devenu un marqueur identitaire.
Dans ce contexte, c’est surtout le patrimoine immatériel (ensemble des manifestations culturelles, traditionnelles et populaires, à savoir les créations collectives, émanant d’une communauté, fondées sur la tradition / Unesco) qui a été valorisé comme étant l’authentique trace laissée par « les principaux acteurs de l’histoire », la langue créole, les « traditions » culturelles (les danses, le carnaval, la cuisine, les contes, etc), le patrimoine naturel (la mangrove par exemple).
Le patrimoine matériel apparaissait dès lors comme patrimoine « officiel », produit par une société esclavagiste et post coloniale (les églises, les statues, les forts, les maisons dites coloniales, les habitations, les vestiges industriels, les distilleries, etc) et ne semblaient pas correspondre aux processus d’identification de la société à son passé. Il faut donc le travail inlassable d’institutions et d’associations pour conjuguer au présent la valeur patrimoniale de ces monuments et en faire des éléments de l’identité culturelle et visuelle des Martiniquais.
Aujourd’hui, les Martiniquais sont fiers des églises restaurées, des maisons inscrites ou des bâtiments prestigieux comme la bibliothèque Schœlcher ou le fort Saint-Louis et je ne crois pas que leur dynamitage ou leur déplacement serait accepté sans réaction, qui plus est dans le cadre de la politique du développement touristique. Mais avant de devenir patrimoine, ces monuments, ces lieux, ces expériences culturelles étaient des formes de vie, lesquelles se perpétuent comme patrimoine, devenant ainsi des formes de l’identité.

La nécessité de distinction entre patrimoine et histoire

C’est que les éléments du patrimoine relèvent de la fabrication des « lieux de mémoire ».
En effet, il faut distinguer les faits patrimoniaux qui sont des éléments, des traces et des vestiges d’une époque, d’une activité économique, etc, des actions patrimoniales qui relèvent de la volonté d’une communauté à un moment donné, d’honorer une mémoire, de commémorer un fait, de réparer un oubli. Les « lieux de mémoire » ne sont pas des lieux géographiques, ce ne sont pas de simples réalités. Ce sont des nœuds invisibles de sens autour desquels s’articulent la construction des identités d’une société à travers le temps. Ainsi, l’entreprise de Pierre Nora qui invente cette notion en histoire (1984-1992) se voulait une autre conception de l’histoire proche de la déconstruction (Dérrida), de l’archéologie (Foucault) et la généalogie (Nietzsche). L’ambition est d’écrire une autre histoire de la nation en remplaçant celle des thèmes et des idées par celle d’une « dissection minutieuse » des objets, lieux et formules où s’est cristallisé le sentiment d’appartenance nationale. Dans notre contexte, le punch, le bel-air ou le rituel du Samedi Gloria deviennent des lieux de mémoire comme la bibliothèque Schœlcher et la cathédrale Saint-Louis. Le Lycée Schœlcher est un de nos lieux de mémoire.
Le patrimoine se construit donc dans un dialogue constant avec les membres d’une société qui reconnaissent appartenir à la même communauté d’émotion, de sentiments, de pensée, partageant les mêmes lieux et les mêmes expériences historiques. Le patrimoine est vivant, il parle aux hommes par le sens qu’il donne à la construction identitaire et au marquage des repères mémoriels essentiels à la vie d’une communauté. Il est chargé d’histoire, il répond à une fonction symbolique et politique. Il est à la croisée de l’histoire et de la politique, il est le lieu où la dimension symbolique de la réflexion historique rencontre celle de la réflexion politique. Les manifestations commémoratives, les projets d’urbanisme sur ce qui mérite d’être conservé, protégé et valorisé, témoignent de la fonction politique du patrimoine.
Néanmoins, les problématiques sur le patrimoine des sociétés post-esclavagistes sont spécifiques. Elles demandent une réévaluation et une adaptation critique. Le modèle européen ne peut en aucun cas être le prisme interprétatif ne serait-ce que par le « leurre chronologique » qu’il génère. Si l’on considère le patrimoine comme « l’ensemble de ce qu’une communauté reconnaît comme propriété identifiante, ce qu’elle entend protéger et transmettre » (J. C. Martin, 1998), alors souvent l’appropriation du patrimoine immatériel peut paraître plus conforme aux exigences de la construction identitaire. D’autant que dans notre contexte, cette approche patrimoniale se rattache aux problématiques articulées sur le dogme de l’oubli du passé comme condition d’intégration à l’ensemble français et par là-même le détournement des vestiges de l’époque post-esclavagiste comme les symboles de l’aliénation et de l’asservissement colonial qu’il faut absolument « raturer ». Le cas du Lycée Schœlcher ne permet-il pas à ce titre de proposer une réflexion patrimoniale renouvelée.

Qu’est-ce qui fait qu’un « objet » est patrimonial ?

Il est nécessaire d’éclairer « cet objet lieu de mémoire » par un retour sur ce qu’il représente.
Le Lycée Victor Schœlcher est le lieu de la formation de milliers de Martiniquais. Il est le résultat du combat des hommes de gauche depuis les années 1870 qui voyait en l’éducation publique (et non privée) et laïque (et non-confessionnelle) l’accomplissement de la citoyenneté de 1848, de la révolution des droits universels menée depuis Toussaint Louverture et de l’accès par le mérite et non par la naissance ou par la couleur de la peau à l’ascension sociale et à l’égale dignité dans un pays gangrené par le racisme et les discriminations sociales. Le premier lycée de la Martinique fut créé à Saint-Pierre en 1881 puis transféré à Fort-de-France après l’éruption de la montagne Pelée. Mais dès 1901, les conseillers généraux du groupe des Républicains de gauche et des Socialistes demandaient au gouvernement et obtenaient (en 1902) la dénomination « Lycée Victor Schœlcher » en hommage au combat de l’abolitionniste mais aussi à l’homme du décret de 1848 sur l’éducation et au défenseur et au relais des républicains des Antilles au Sénat. Le lycée actuel, construit en 1936-1937, est le nouveau lycée « Victor Schœlcher ». Les Martiniquais l’ont reçu en héritage.
Le lycée est l’emblème d’une certaine instruction pour tous les Martiniquais, d’une conception certes classique, voire élitiste de l’enseignement, mais qui avait l’avantage de donner une possibilité réelle, dans le monde colonial et arbitraire, de se former et d’espérer accéder à l’émancipation de la conscience politique. Tout le monde ici a eu un enfant, un frère, une sœur, un cousin (ne), etc, qui est passé par le Lycée Schœlcher. Il appartient à tous les Martiniquais. Il fait donc partie de l’identité des Martiniquais : une identité visuelle et paysagère, le lycée semble un vaisseau à la conquête du monde au vent de la baie des Flamands, mais surtout une identité éducative, symbolique et culturelle. L’enjeu est donc de taille.

La résistance patrimoniale

En démolissant l’actuel lycée et en reconstruisant un bâtiment qui n’a rien à voir avec l’esprit de l’architecture de l’époque, la valeur patrimoniale est ignorée, pire, raturée. Il ne s’agit pas seulement de résoudre un problème de vétusté et d’absence de conformité aux normes actuelles parasismiques et bioclimatiques. Cela s’apparente plutôt à une volonté d’effacer une certaine mémoire, une certaine histoire, celle de l’émancipation par « l’éducation des humanités » et certaines valeurs et principes dont celui de la fidélité et de la filiation, depuis Toussaint Louverture jusqu’à Aimé Césaire en passant par Victor Schœlcher. S’attaquer à ce lieu d’expression d’un espace public et de la revendication de l’application des droits républicains, c’est méconnaître ces mêmes exigences des esclaves en 1789, 1791, 1793, 1802, 1830, 1848 à Saint-Domingue, en Guadeloupe et en Martinique.
On peut entrer dans la modernité en assumant sereinement son passé, tout son passé ou alors on peut faire table rase du passé et réécrire une nouvelle histoire faisant fi des exigences d’honnêteté historique. Une nouvelle forme de résistance patrimoniale, culturelle et politique doit s’affirmer contre les politiques de l’oubli et d’instrumentalisation de l’histoire.
Elle nécessite de prendre en compte une politique globale de sauvegarde de l’ensemble des faits patrimoniaux. Il apparaît alors que l’action patrimoniale touche au cœur de la définition de ce qui fait notre identité et de l’action politique. L’action patrimoniale peut devenir le paradigme de l’action politique comme l’a été l’action culturelle. Cela suppose une éducation, un travail de la perception patrimoniale liée à la reconnaissance partagée de critères déterminants et au fondement d’une conception éthique pour la promotion de l’identité martiniquaise.

Patrimoine, promesse d’avenir

Cette politique patrimoniale martiniquaise doit permettre de considérer les actions et les faits patrimoniaux certes comme des héritages du passé à préserver et à transmettre mais aussi et surtout comme des « promesses d’avenir » pour les générations futures. Il faut revenir à Aimé Césaire, prophétique et visionnaire, pour qui seules les perceptions de la transmission et du passage font des hommes les témoins et les porteurs d’espérance pour l’avenir.


Elisabeth Landi,
Agrégée d’Histoire.
Professeur de Chaire Supérieure.

mardi 26 août 2008

George W. Bush, les néo-conservateurs américains et le Moyen Age par Nicolas Offenstadt


Compte rendu de Bruce Holsinger, Neomedievalism, Neoconservatism and the War on Terror, Chicago, Prickly Paradigm Press, 2007, 84 p.
Dans un petit livre vif, qui prend place au sein d’une collection de pamphlets savants dirigée par Marshall Sahlins, Bruce Holsinger, revient sur les usages de l’époque médiévale par les néo-conservateurs, autour de George Bush fils. L’auteur distingue deux usages très différents, mais dont l’objectif demeure de légitimer la « War on terror » menée par les Etats-Unis depuis 2001.
Le premier est le plus familier à qui s’intéresse à la place du Moyen Age dans les discours politiques contemporains et l’auteur aurait sans doute pu l’inscrire dans une série plus longue que les années post-11 septembre. Il cherche à faire d’Al-Qaida ou des Talibans une force médiévale, pétrie d’antimodernisme. Les islamistes sont ainsi rendus médiévaux. Timothy Lynch, de l’Institut Cato, évoque dans une audition au Sénat fin 2001 « une bande de barbares médiévaux qui a déclaré la guerre aux Etats-Unis » (p. 8), tandis que le secrétaire d’Etat adjoint à la Défense, Paul Wolfowitz répète que l’Afghanistan est un « régime médiéval de terreur » et que les terroristes musulmans souhaitent ramener leurs coreligionnaires à un monde médiéval oppressif, à une période obscure (« medieval Darkness »). Le recours à l’image médiévale devient une constante dans l’agit-prop du Pentagone dans la guerre contre le terrorisme. George W. Bush lui-même reprend la rhétorique de la Croisade puisant d’ailleurs dans les ouvrages les moins fiables sur le sujet... Holsinger souligne aussi que la référence aux croisades n’est pas le propre des Etats-Unis mais qu’elle parcourt tant les textes du Hamas que les discours de Ben Laden. Afin de montrer l’inanité de la « médiévalisation » de l’islamisme international, Holsinger prend l’exemple de son système de financement (Hawala) que l’on voudrait qualifier de médiéval parce qu’il échappe aux normes occidentales, alors que, justement, le recours à des formes de transactions hors des circuits usuels sert à éviter d’en être prisonnier...

Le deuxième usage du Moyen Age chez les néo-cons est un produit de la sphère savante avant d’être exporté dans le champ politique. A partir des années 70, tout un ensemble de théoriciens des relations internationales, tel Hedley Bull et récemment Neil Winn, vont évoquer « le néo-médiévalisme » du système international, qu’ils caractérisent par l’affaiblissement de la souveraineté des Etats-Nations dont la suprématie est contestée autant par des autorités supra-nationales qu’à des échelles « sub-étatiques », par des groupes transnationaux. Tout cela rappellerait un Moyen Age fait d’autorités morales comme le pape et de pouvoirs seigneuriaux enchevêtrés. Souveraineté et pouvoirs se distinguent moins clairement et s’entremêlent. Dans l’esprit de cette Ecole, le terme de Moyen Age est métaphorique ou analogique et sert à identifier une situation reconnue comme tout à fait nouvelle. Mais cette analogie académique est reprise par les Think Tanks conservateurs et le département d’Etat et elle devient dès lors un outil de justification de leur politique. Donald Rumsfeld met ainsi en avant les sensibilités médiévales d’Al-Qaida, non pour dénoncer son obscurantisme, mais pour souligner sa capacité d’action transnationale, son adaptabilité. Afin de lutter contre cet émiettement politique et ce « retour » au Moyen Age, des nouvelles pratiques, elles aussi adaptées, telles la torture, en particulier lorsque que l’on se confronte à des Etats défaillants (« failed state ») deviennent légitimes. Le nouveau paradigme justifie la transgression des normes du droit au nom de la modernité périmée et/ou menacée.


Et les médiévistes dans tout cela ? Ils ne sont pas restés passifs, rappelle Holsinger et ils ont multiplié les interventions et les écrits pour situer les enjeux plus historiquement. Mais, on le sait, aux Etats-Unis, comme en Europe d’ailleurs, la parole savante circule sans la force des mots du pouvoir...

Signalons aussi, une récente et excellente synthèse critique sur la construction et les usages du « Moyen Age », de la Renaissance à nos jours, non sans points de vue, du médiéviste Valentin Groebner : Das Mittelalter hört nicht auf. Über historisches Erzählen, Munich, Beck, 2008, 176 p.


Nicolas Offenstadt

mardi 24 juin 2008

Réaction de Thierry Camous à propos de l’article Choc des civilisations et manipulations historiques



Thierry Camous nous a adressé un mail de protestation après la publication de l’article de Blaise Dufal, Choc des civilisations et manipulations historiques. Troubles dans la médiévistique. Nous publions ici son message et la réponse de Blaise Dufal.


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Bonjour,
Chers membres du cvuh,
Je suis Thierry Camous, auteur aux PUF en 2007 du livre Orients-Occidents, 25 siècles de guerres.
Je suis SCANDALISE et OUTRE, par l’infamant "article" de M. Blaise Dufal du 28/5/2008, "choc des civilisations et manipulations historiques".
En effet, je me vois assimilé à un "manipulateur", associé à des néo-conservateurs (et notamment S. P. Huntington) et me retrouve en compagnie de M. Gouguenheim, excusez du peu !
Or, si M. Dufal avait lu mon livre il aurait constaté :
1- Je réprouve et démonte COMPLETEMENT la vision caricaturale et islamophobe de S. P. Huntington !!!!!
2- Je crois aux rapports d’altérité entre les civilisations comme moteur de la violence guerrière depuis 25 siècles, cela ne fait pas de moi un belliciste néo-conservateur ! Mon livre se veut un diagnostic pour aider à trouver des solutions culturelles et politiques aux conflits contemporains ! Ainsi que l’a bien compris le conseil de l’Europe qui a utilisé mes travaux pour la constitution d’un livre blanc pour le dialogue interculturel. (Ils ont dû le lire, eux !)
3- Ce monsieur m’accuse de schématisation par l’utilisation même du concept de civilisation... Sa "lecture" de mon ouvrage n’a peut-être même pas commencée par le titre où "Orients et Occidents" sont pluriels, ce que je démontre tout au long de mon ouvrage (et dans un article à paraître dans les dossiers de "Sciences Humaines" en septembre). C’est même pour moi l’occasion d’une charge virulente contre monsieur Huntington.
4- Claude Liauzu aurait critiqué ma démarche (puisqu’elle serait celle d’Huntington) dans un livre que, pourtant, j’utilise et référence abondamment dans Orients-Occidents, 25 siècles de guerres.
5- Enfin, M. Dufal fait sans doute partie des naïfs qui pensent qu’il suffit de ne pas aimer la guerre pour qu’elle n’existe pas. C’est son droit, mais en tant qu’historien, je revendique justement le droit à l’analyse et à penser qu’analyser les causes culturelles des guerres est aussi un moyen pour conjurer leur survenue.
6 Me voila associé à Gouguenheim, alors que je parle justement du rôle de l’Andalousie arabe dans la transmission de la philosophie grecque en Europe et de son rôle matriciel pour la culture universelle, utilisant pour cela les travaux d’Alain de Libera référencés en note dans mon livre.

Bref, je ne m’étends pas davantage sur cette tribune fourre-tout. Je réclame un droit de réponse sur votre site ou que la mention de mon nom soit supprimée de cet article qui, point par point, transforme toutes mes positions.
La moindre des chose serait de lire les travaux d’un auteur avant de les massacrer et, surtout de leur faire dire le contraire de ce qu’ils soutiennent. Je suis d’autant plus SCANDALISE que j’avais la plus haute estime du CVUH, que je soutiens l’intégralité de vos combats. Je ne sais qui est ce monsieur qui parle en votre nom, mais si tous vos collaborateurs ont son sérieux, je crains fort pour le devenir de votre (notre !) noble combat. Personnellement, j’enseigne, bien qu’étant docteur de Paris IV, agrégé, qualifié comme maître de conférence, publié aux Belles Lettres, aux PUF et dans de nombreuses revues scientifiques, dans le secondaire. N’étant pas membre du "sérail" j’ai bien du mal à me défendre. Mais il y a des sérails que finalement on ne gagne pas toujours à fréquenter.
Je continuerai à combattre les thèses conservatrices, bellicistes, antisémites et islamophobes, envers et contre tous, en chercheur indépendant, et contre vous aussi, s’il le faut.
Inutile de vous préciser que j’attends une réponse à ce mail par courrier électronique et une réaction de votre part à la hauteur de l’émotion qu’à suscité pour moi la lecture de la prose de M. Dufal. Si possible de M. Dufal lui même.

Cordialement,
En vous souhaitant malgré tout bon courage pour les nobles idéaux que vous défendez, c’est à dire ceux que j’ai défendu dans mon livre et dans un livre à venir sur l’origine de la violence de masse que je replace dans le giron colonial et libéral (pour les PUF).



Thierry Camous


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La réponse de Blaise Dufal :


La mention que j’ai faite de l’ouvrage de Thierry Camous Orients-Occidents. 25 siècles de guerres a déchaîné une très vive réaction de l’auteur qui s’est considéré comme diffamé et attaqué personnellement (voir le courriel ci-dessus), s’insurgeant contre le rapprochement que je fais entre son travail et les thèses d’Huntington. Je n’évoquais pourtant le livre de Thierry Camous qu’à l’occasion d’une recontextualisation intellectuelle de l’ouvrage de Sylvain Gouguenheim mentionnant plusieurs livres caractérisés par une utilisation du concept de « choc des civilisations » en histoire.
Dès les premières pages d’Orients-Occidents, on peut lire en effet l’affirmation suivante : « la thèse d’Huntington [...] est juste sur le fond, voire évidente » (1).Il est toutefois vrai que Thierry Camous propose pour dépasser l’analyse d’Huntington de comprendre ces évènements selon un modèle de « choc des identités » (2), espèrant qu’« examiner les raisons de la guerre identitaire, c’est peut-être aider à mieux les conjurer ». Mais que revêtent ces identités ? Tout au long de l’ouvrage on assiste à une confusion et un amalgame entre les termes d’ethnie, de peuple, de nation, de culture et de civilisation. Ces dernières ne sont d’ailleurs caractérisées qu en fonction de leur adhésion à la démocratie, du statut de l’individu, de la place des femmes, des techniques ou des stratégies guerrières (3). L’auteur ne procède que sous le mode de l’essentialisation. L’Occident et l’Orient sont utilisés comme les acteurs historiques (4) d’un « affrontement millénaire », et les peuples, définis uniquement culturellement, « incarnent » (5) cet Occident et cet Orient. L’Orient ou l’Occident sont évalués en terme de pureté, d’intégrité (6), par rapport à quoi, on ne sait pas... Il propose ainsi une vision figée de l’histoire opposant un Orient multiple, incohérent, dispersé et un Occident monolithique et raisonnable. Cette opposition se double de celle entre nomadisme et sédentarisme auxquels seraient attachés des formes spécifiques de combat. L’auteur construit ainsi une catégorie intemporelle : « le nomade » qu’il définit comme « résistant », « peu exigeant », « frugal » (7) et « rustique » qui ne pourrait pas s’adapter à d’autres modes de vie (8) et serait avant tout un guerrier (9) caractérisés par « l’ardeur et la fougue » (10). Cela lui permet d’associer l’Orient à la « ruse », à la « dissimulation » (11), au refus du combat (12), et de développer ainsi une psychologie des civilisations, où l’Orient serait marqué par une amertume, un ressentiment à l’égard de l’Occident. L’Occident, lui, comme le sédentaire, est défini par la démocratie régulièrement attaquée par ces velleités orientales.
Toutes ces simplifications lui permettent de faire de la guerre un « trait de civilisation » (13), et le centre de l’analyse consiste à raconter les grandes batailles qui ont jalonné, construit et manifesté des « chocs de civilisations ». Pour lui, la guerre est un « mal endémique » (14), manifestation d’un « intemporel esprit de conquête » (15).Ce livre insiste sur la victoire de l’Occident, dans sa lutte pour la survie, assénant ce constat à chaque chapitre (16). Mais cette victoire est souvent décrite comme d’autant plus méritoire que l’Occident est en nombre inférieur (17) et surtout en position d’agressé. Les victoires des Occidentaux sont expliquées par le « sang froid et l’inventivité » (18) de leur chefs : « une fois de plus, la cohésion, l’esprit de corps et le patriotisme l’ont emporté sur la multitude » (19). Le comparatisme est alors mobilisé au mépris de toute méthode historique. Il atteint des sommets lorsque l’auteur compare Hitler, Gengis Kahn, Tamerlan, Hannibal et Alexandre le Grand pour savoir qui a tué le plus et selon leur rapport entretenu à la « guerre totale » (20), ou encore lorsqu’il annonce que la « barbarie » entre Slaves et Germains serait une permanence des chevaliers teutoniques jusqu’à la bataille de Stalingrad… (21).
L’auteur espère qu’« examiner les raisons de la guerre identitaire, c’est peut-être aider à mieux les conjurer ». Or l’historien n’a pas pour mission de conjurer ou d’exorciser. Ainsi ce livre témoigne d’une vision de l’histoire fortement tragique (22) et dramatique (23), l’histoire serait le lieu d’« une sombre prophétie » (24), d’un « âge de ténèbres » (25). Articulant, selon un déroulement linéaire, naissance (26), prospérité, déclin (27), ou décadence (28) de ces civilisations, l’auteur utilise des concepts qui l’inscrivent dans la lignée intellectuelle d’Oswald Spengler, et construisant une vision de l’histoire qui doit nécessairement trouver sa fin dans la réalisation de l’Occident (29). Pour atténuer et contrebalancer son affirmation de chocs historiques entre civilisations, l’auteur déplore ces « funestes représentations » (30). La déploration (réitérée dans sa réponse) n’est pas de l’ordre du discours de l’historien et elle n’excuse, ni ne masque, l’analyse proposée. Il ne nous appartient pas de juger du degré de sincérité de cette expression de tristesse et de regret (31), mais d’évaluer la validité historique de l’analyse de l’auteur, qui comme celle de Huntington « participe de cette vision » du choc des civilisations et la renforce. Ce livre ne pose pas la question historique de l’analyse des représentations des choc de civilisations mais accumule des exemples construisant cette représentation. L’ouvrage se présente comme le « sinistre bilan » « d’un processus historique d’accumulation de haine » (32).
Inutile d’aligner davantage d’exemples pour montrer que ce livre est donc fortement critiquable tant du point de vue de la démarche historienne que de celui de la vision de l’histoire qu’il véhicule : la dissymétrie constatée dans le rapport Occidents/Orients est avant tout le résultat d’une inégalité flagrante dans l’approche historique de ces ensembles. En se laissant aller à des formulations psychologisantes (la conquête omeyyade est un « mouvement pulsionnel » (33)), Il multiplie les poncifs, les jugements de valeur, cherchant le grand récit du monde... ce qui aboutit à un vision sentimentale et idéologique de l’histoire.
En tant que tel, cet ouvrage s’inscrit dans une historiographie conservatrice qui, à son corps défendant ou non, cherche à valider le caractère immuable d’une conflictualité de blocs civilisationnels, privilégiant à cet effet les explications à caractères culturalistes. 
Blaise Dufal



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Notes :


(1) p.413
(2) p.424
(3) La faiblesse militaire des Musulmans pendant les croisades est expliquée par des facteurs culturels (p.151)
(4) « Pendant plus de onze cents ans [...] l’opposition Orients/Occidents a essentiellement pris la forme d’une lutte séculaire entre l’Occident gréco-romain et la Perse » p.11
(5) p.16
(6) « l’Occident s’étendra en une sorte d’union jusqu’en Asie Mineure, au Levant et en Égypte, reléguant, le vrai, le pur, l’intègre Orient au delà des déserts de Syrie et d’Arabie »
(7) p.73
(8) p.98
(9) « les moeurs guerrières des Maures inspirés de leurs origines nomades et tribales » p.153
(10) p.135
(11) p.19
(12) « D’Orient est indubitablement la tactique qui consiste à éviter les confrontations directes, les batailles rangées, mais à se réfugier dans l’immensité de son territoire afin de laisser le temps, si ce n’est le climat, et tous les facteurs d’attrition faire leur oeuvre » p.277
(13) p.6
(14) p.16
(15) p.218
(16) L’Occident grec fut « invariablement vainqueur » p.40
(17) « la légère supériorité ottomane se trouvait largement compensée par l’excellence du commandement chrétien » p.235
(18) p.33
(19) p.51
(20) p.54
(21) « A l’est, la barbarie régna à l’ombre des croix noires des Teutoniques. Terrible jalon de la plus sanglante des oppositions séculaires Orients/Occidents qui nous permet de mieux comprendre la rage avec laquelle Allemands et Soviétiques soldèrent leurs vieux comptes dans les ruines de Stalingrad. Les ordres criminels du printemps 1941 données à la Wehrmacht ne firent que perpétuer une tradition historique terrible » p.213
(22) p.395
(23) La « terreur » mongole est ainsi définie comme une « catastrophe à l’échelle planétaire » p.130
(24) p.9
(25) p.412
(26) p.109
(27) « une époque s’achève, un empire s’écroule » p.221
(28) « Le Sud est depuis 3 millénaires -Constantinople, Bagdad, Damas, Alep, Le Caire, Kairouan, Cordoue- le centre du monde. Mais ses divisions et les menaces qui l’environnent le préparent à une lente décadence, [...] inexorable déclin [...] » p.139
(29) p.140
(30) p.327
(31) « il a toujours existé une conscience aiguë de l’existence de deux pôles de civilisation : Orient et Occident, même en une vision fortement réductrice de la complexité des situations, et aujourd’hui, encore, de sorte que, même si on ne peut que le déplorer, Huntington, qui pourtant participe de cette vision, a raison sur le fond » p.6
(32) « rivalité de deux messianismes incompatibles. Nouvel âge de ténèbres, comme toujours entre Orients et Occidents, le tumulte et la guerre apparaissent comme le fruit d’un processus historique d’accumulation de haine dont il est temps à présent de dresser le sinistre bilan »p.412
(33) p.106

mardi 17 juin 2008

Collection Passé & Présent


Le CVUH a signé un partenariat avec les éditions Agone depuis 2007.
Sont déjà parus dans la collection Passé & Présent :

 Gérard Noiriel, A quoi sert l’identité nationale, Agone, 2007


La question de « l’identité nationale » a été remise au centre de l’actualité politique par Nicolas Sarkozy, pendant la campagne électorale des présidentielles. Devenu chef de l’État, celui-ci a créé un « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale », ce qui est un fait sans précédent dans l’histoire de la République française. Huit historiens ont aussitôt démissionné de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration pour protester contre ce ministère, estimant que cet intitulé ne pouvait que conforter les préjugés négatifs à l’égard des immigrés. La pétition qu’ont lancée ces historiens a été signée par plus de 10 000 citoyens en moins d’une semaine, et des universitaires du monde entier se sont associés à cet appel.
Gérard Noiriel explique les raisons de ce mouvement. Il montre que la logique identitaire, née au XIXe siècle, a depuis constamment alimenté les discours nationalistes. Il rappelle que, au cours des années 1980, c’est Jean-Marie Le Pen qui a popularisé, dans l’espace public, l’expression « identité nationale » pour stigmatiser les immigrés. Analysant de façon minutieuse les usages de cette formule dans le discours du candidat Sarkozy, il donne des éléments pour éclairer les nouvelles stratégies aujourd’hui à l’œuvre dans le champ politique.




 Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt, Sophie Wahnich, Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Agone, 2008


Guy Môquet, Jaurès, les colonies et tant d’autres… Nicolas Sarkozy en campagne, puis au début de son mandat, n’a cessé d’utiliser et de brandir des références historiques. Cet usage immodéré de l’histoire a alors mobilisé autant de mises en scène grandiloquentes que de discours de filiation destinés à dessiner les contours d’une France mythique du candidat puis du président.
Comment voir clair dans tous ces personnages et événements sans cesse mélangés et associés les uns aux autres en dehors de tout contexte ? Comment comprendre le brouillage de références qui empruntent autant aux grandes figures de la gauche qu’à celles de la droite ? Quels sont les enjeux et les effets politiques de telles constructions historico-politiques ?
Une vingtaine d’historiens ont disséqué les usages que fait de l’histoire Nicolas Sarkozy pour permettre de saisir les mécaniques à l’œuvre dans cette vaste entreprise de reconstruction d’un roman national. Sous la forme d’un dictionnaire, un véritable parcours critique dans l’histoire de France revue et corrigée par une droite qui entend refabriquer de l’« identité nationale »...





 Catherine Coquery Vidrovitch, Enjeux politiques de l’histoire coloniale, Agone, 2009

Notre patrimoine historique « national » doit-il inclure l’histoire de la colonisation et de l’esclavage colonial ? La réponse positive, de bon sens, ne fait pas l’unanimité : soit parce que parler sans tabou du domaine colonial serait « faire repentance », soit parce que l’ignorance ou la négligence entretenues depuis plusieurs générations font qu’il ne vient même pas à l’esprit de beaucoup de nos concitoyens que notre culture nationale héritée n’est pas seulement hexagonale. La culture française (que d’aucuns veulent appeler « identité nationale ») résulte de tous les héritages mêlés dans un passé complexe et cosmopolite où le fait colonial a joué et continue par ricochet de jouer un rôle important.
Professeure émérite d’histoire contemporaine de l’Afrique (université Paris-Diderot), Catherine Coquery-Vidrovitch a notamment fait paraître Des victimes oubliées du nazisme (Le Cherche-Midi, 2007) ; et L’Afrique noire de 1800 à nos jours (avec Henri Moniot, PUF [1999] 2005).

Collection Passé & Présent


Le CVUH a signé un partenariat avec les éditions Agone depuis 2007.
Sont déjà parus dans la collection Passé & Présent :



 Gérard Noiriel, A quoi sert l’identité nationale, Agone, 2007


La question de « l’identité nationale » a été remise au centre de l’actualité politique par Nicolas Sarkozy, pendant la campagne électorale des présidentielles. Devenu chef de l’État, celui-ci a créé un « ministère de l’Immigration et de l’Identité nationale », ce qui est un fait sans précédent dans l’histoire de la République française. Huit historiens ont aussitôt démissionné de la Cité nationale de l’histoire de l’immigration pour protester contre ce ministère, estimant que cet intitulé ne pouvait que conforter les préjugés négatifs à l’égard des immigrés. La pétition qu’ont lancée ces historiens a été signée par plus de 10 000 citoyens en moins d’une semaine, et des universitaires du monde entier se sont associés à cet appel.
Gérard Noiriel explique les raisons de ce mouvement. Il montre que la logique identitaire, née au XIXe siècle, a depuis constamment alimenté les discours nationalistes. Il rappelle que, au cours des années 1980, c’est Jean-Marie Le Pen qui a popularisé, dans l’espace public, l’expression « identité nationale » pour stigmatiser les immigrés. Analysant de façon minutieuse les usages de cette formule dans le discours du candidat Sarkozy, il donne des éléments pour éclairer les nouvelles stratégies aujourd’hui à l’œuvre dans le champ politique.



 Laurence De Cock, Fanny Madeline, Nicolas Offenstadt, Sophie Wahnich, Comment Nicolas Sarkozy écrit l’histoire de France, Agone, 2008


Guy Môquet, Jaurès, les colonies et tant d’autres… Nicolas Sarkozy en campagne, puis au début de son mandat, n’a cessé d’utiliser et de brandir des références historiques. Cet usage immodéré de l’histoire a alors mobilisé autant de mises en scène grandiloquentes que de discours de filiation destinés à dessiner les contours d’une France mythique du candidat puis du président.
Comment voir clair dans tous ces personnages et événements sans cesse mélangés et associés les uns aux autres en dehors de tout contexte ? Comment comprendre le brouillage de références qui empruntent autant aux grandes figures de la gauche qu’à celles de la droite ? Quels sont les enjeux et les effets politiques de telles constructions historico-politiques ?
Une vingtaine d’historiens ont disséqué les usages que fait de l’histoire Nicolas Sarkozy pour permettre de saisir les mécaniques à l’œuvre dans cette vaste entreprise de reconstruction d’un roman national. Sous la forme d’un dictionnaire, un véritable parcours critique dans l’histoire de France revue et corrigée par une droite qui entend refabriquer de l’« identité nationale »...






 Catherine Coquery Vidrovitch, Enjeux politiques de l’histoire coloniale, Agone, 2009

Notre patrimoine historique « national » doit-il inclure l’histoire de la colonisation et de l’esclavage colonial ? La réponse positive, de bon sens, ne fait pas l’unanimité : soit parce que parler sans tabou du domaine colonial serait « faire repentance », soit parce que l’ignorance ou la négligence entretenues depuis plusieurs générations font qu’il ne vient même pas à l’esprit de beaucoup de nos concitoyens que notre culture nationale héritée n’est pas seulement hexagonale. La culture française (que d’aucuns veulent appeler « identité nationale ») résulte de tous les héritages mêlés dans un passé complexe et cosmopolite où le fait colonial a joué et continue par ricochet de jouer un rôle important.
Professeure émérite d’histoire contemporaine de l’Afrique (université Paris-Diderot), Catherine Coquery-Vidrovitch a notamment fait paraître Des victimes oubliées du nazisme (Le Cherche-Midi, 2007) ; et L’Afrique noire de 1800 à nos jours (avec Henri Moniot, PUF [1999] 2005).