vendredi 14 mai 2021

Mémoires de l’esclavage : « L’histoire enseignée doit prendre en compte la complexité et la variété des héritages »

 

 Tribune, Le Monde 10.05.2021

 

A l’occasion de la Journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions, le professeur d’histoire et formateur Eric Mesnard interroge la place à l’école de l’enseignement de l’esclavage en 2021.

 

Il y a vingt ans, le Parlement votait la loi dite Taubira dont l’article 2 stipule que « les programmes scolaires et les programmes de recherche en histoire et en sciences humaines accorderont à la traite négrière et à l’esclavage la place conséquente qu’ils méritent ». Si l’enseignement des traites, des esclavages et de leurs abolitions n’est pas une complète nouveauté, ces questions sont entrées explicitement dans les programmes de l’école élémentaire en 2002, et la journée du 10 mai est consacrée à cette histoire.

Depuis, les programmes scolaires successifs ont globalement accordé une place plus importante à l’enseignement des traites, des esclavages et de leurs abolitions. De nombreuses publications tant savantes que destinées à la jeunesse ont été publiées, des ressources pédagogiques ont été mises en ligne. Et un concours national, appelé « La flamme de l’égalité », valorise les projets pédagogiques mis en œuvre dans des écoles, des collèges et des lycées.

Toutefois, la place de cet enseignement demeure fragile, comme l’a montré en octobre 2020 la note de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage. En attestent les programmes actuellement en vigueur pour le primaire qui incluent la question de la traite et de l’esclavage dans le thème intitulé le « temps des rois » (CM1), mais d’une phrase sibylline la limitent à « une présentation de la formation du premier empire colonial français, porté par le pouvoir royal, et dont le peuplement repose notamment sur le déplacement [sic] d’Africains réduits en esclavage ».

À l’heure des débats publics sur les mémoires de la colonisation et sur la diversité des identités, n’est-il pas consternant de constater que les seules « violences » évoquées entre le XIe et le XVIIIe siècle par les auteurs de ces programmes sont les « croisades, les guerres de religion et le régicide » ? Si les programmes pour l’enseignement professionnel et ceux « adaptés pour les outre-mer » donnent leur place aux résistances des esclaves et à la révolution de Saint-Domingue, les programmes du collège et de la voie générale du lycée ne donnent que peu de place aux dimensions autres qu’économiques.

 

Réévaluer le « panthéon scolaire »

Dans un contexte marqué par la persistance du racisme, dont l’esclavage est une matrice essentielle, l’enseignement de cette question cruciale pour la compréhension du monde contemporain doit mieux trouver sa place et s’insérer dans une réflexion plus générale sur les enjeux de l’enseignement de l’histoire qui, malgré les propos nostalgiques de certains, ne peut plus reproduire la transmission du « mythe national » hérité du XIXe siècle.

Pour être véritablement partagée, l’histoire enseignée doit prendre en compte la complexité et la variété des héritages. Si les Français issus des groupes minoritaires ne se retrouvent pas dans cette histoire scolaire, ils pourraient être tentés de se réfugier dans un passé mythique, voire trompeur.

Le panthéon scolaire et le choix de ses grands hommes méritent d’être réévalués. Ainsi, le professeur qui enseigne à ses élèves l’absolutisme de Louis XIV et la biographie de Napoléon Bonaparte ne doit-il plus passer sous silence la condition des hommes et des femmes déportés et exploités dans les colonies esclavagistes au même moment. Il doit expliquer, comme il le fait pour la révocation de l’édit de Nantes, la signification du Code noir promulgué la même année (1685), les conséquences du rétablissement de l’esclavage en 1802, et présenter le rôle de Toussaint Louverture et de l’abbé Grégoire.

La précision et la rigueur d’un enseignement qui contribue à la transmission de cette histoire sont indispensables pour contrer les effets pernicieux de la concurrence des mémoires entretenue par l’usage inapproprié des réseaux sociaux qui peuvent séduire les jeunes. L’initiation à la critique documentaire permise par la leçon d’histoire amène l’élève à s’interroger sur le sens de tel mot ou de telle image pour justifier ou pour condamner la traite et l’esclavage. Elle le rend sensible à la polysémie de mots comme celui de liberté qui n’avait pas le même sens pour le négrier et pour celui qui était enchaîné à fond de cale. Elle incite le futur citoyen à la défiance à l’encontre de l’euphémisation des pratiques criminelles. Car celle-ci était déjà largement pratiquée par la propagande du lobby négrier qui se fit, face aux critiques, le défenseur de la « liberté du commerce », de la « prospérité des ports, des colonies et de la France » grâce au maintien du trafic du « bois d’ébène » et des « pièces d’Inde » sauvées de la « barbarie africaine ».

Restituer à nos élèves la complexité de l’histoire des questions sensibles est un enjeu essentiel contre les négations des crimes coloniaux ou des génocides du XXe siècle.

 

« Incarner » la traite et l’esclavage

Dans bien des territoires où les questions des élèves peuvent être tout à la fois vives, sensibles et exigeantes lorsqu’on parle d’esclavage, des enseignants sont engagés pour prendre en compte les relations complexes et souvent conflictuelles entre la mémoire dont certains élèves peuvent être porteurs et l’enseignement de l’histoire. Ils abordent avec tact et rigueur des textes qui défendent des thèses racistes ou des images qui donnent une vision dégradante de l’être humain.

Ces pédagogues cherchent l’équilibre entre une nécessaire mise à distance et une évocation formelle qui résumerait cette histoire par le seul usage d’une carte du commerce triangulaire. Il faut, en effet, transmettre les pertes humaines sans les réduire à un bilan comptable, en incarnant sans relâche la terrifiante froideur de ces nombres exprimés en centaines de milliers ou en millions dont la réalité demeure inconcevable, même pour des adultes.

De plus en plus d’enseignants, grâce à la traduction en français de récits autobiographiques d’anciens esclaves comme Olaudah Equiano, Mary Prince, Harriet Jacobs ou Frederick Douglass, permettent à leurs élèves d’entendre la parole d’hommes et de femmes au parcours singulier. Victimes, certes, mais aussi acteurs et militants qui ont agi pour l’émancipation. La lecture de ces textes est l’occasion de ressentir notre commune humanité et d’inciter chacun, à sa mesure, à s’engager pour le respect de la dignité humaine dans un monde où l’esclavage, malgré la législation internationale, n’a pas disparu.

Il y a vingt ans, formateur pour les professeurs des écoles dans l’académie de Créteil, j’avais fait un sondage auprès d’une centaine de professeurs stagiaires. S’ils connaissaient Louis XIV et Napoléon Bonaparte, moins d’une dizaine savait qui était Toussaint Louverture, Louis Delgrès et Victor Schœlcher. Faisons en sorte que, grâce à une pédagogie active mieux encouragée, adossée aux travaux scientifiques, si un tel sondage devait être réédité, il ne conduise pas au même résultat.

 

Eric Mesnard est professeur d’histoire-géographie, formateur à l’Institut national supérieur du professorat et de l’éducation de l’académie de Créteil, coauteur, avec Catherine Coquery-Vidrovitch, de l’ouvrage Être esclave (La Découverte Poche, 2013), codirecteur avec Marie-Albane de Suremain, de l’ouvrage Enseigner les traites, les esclavages, les abolitions et leurs héritages (CIRESC-Karthala, 340 p., 28 €).

lundi 10 mai 2021

Marc Ferro (1924-2021) : un historien dans son siècle

 Cet article a d’abord été publié dans la revue Contretemps. Revue de critique communiste, le 5 mai 2021 : https://www.contretemps.eu/marc-ferro-histoire-revolution-russe-soviets/

 


Les hommages unanimes suscités par la disparition de Marc Ferro lui ont conféré le statut de monument de l’historiographie française. Cela peut sembler ironique pour un homme dont la carrière fut celle d’un outsider. Il n’était pas agrégé et avait commencé à préparer sa thèse au CNRS et non à l’Université. Pire : il prit les images au sérieux au point d’introduire le cinéma comme source de l’histoire et il se fit même présentateur de télévision.

Si la reconnaissance assez tardive dont il fit l’objet dessine surtout en creux le conservatisme de la corporation historienne, deux aspects de son travail peuvent plus légitimement intéresser les lectrices et lecteurs de Contretemps : sa conception de la discipline et le contenu de ses travaux sur la révolution russe.

***

Une histoire à débattre

Marqué par son engagement dans la Résistance et son expérience de l’Algérie sous domination française juste après la guerre, Marc Ferro était un homme de gauche qui intervenait dans le débat public. Publiant en 2003 un ouvrage au titre explicite (Le Livre noir du colonialisme : XVIe – XXIe siècles, de l’extermination à la repentance[1]), il répondait indirectement à un autre « livre noir », celui de Courtois et Werth[2] qui avaient voulu ériger les « crimes du communisme » en point indépassable de l’horreur. Plus récemment, il s’en prenait à la morgue des grandes puissances d’Europe occidentale vis-à-vis d’une Grèce mise à genoux par la crise[3] ou d’une Russie de Poutine démonisée par une rhétorique de guerre froide[4]. Il avait écrit ce dernier article du point de vue des intérêts stratégiques de la France, qu’il voyait plus près du Sahel que de la Vistule. Cela ne doit pas étonner de la part d’un homme qui avait jadis exprimé son soutien aux ambitions présidentielles de Jean-Pierre Chevènement et ultérieurement de Ségolène Royal.

Il n’est donc pas question d’inscrire Marc Ferro dans une visée révolutionnaire, fût-ce à un niveau purement intellectuel. Néanmoins, on doit reconnaître son attachement à une pratique démocratique de l’histoire, discipline qui ne serait pas le monopole de professionnels estampillés par diplôme. La série Histoire parallèle en témoignait. De 1989 à 2001, elle diffusa des journaux d’actualité filmés vieux de 50 ans (de 1939 à 1951), présentant les points de vue opposés d’époque (Alliés / Axe puis Est / Ouest) avec le commentaire de Ferro et d’un invité, historienne, historien et/ou témoin des événements. Outre la pluralité des regards et le pluralisme des analyses, l’émission faisait le pari de l’intelligence du spectateur : plutôt qu’un discours « pédagogique » préconstruit illustré d’archives sélectionnées, il lui présentait une source brute dans son intégralité. La diffusion de films de propagande, souvent totalitaires, toujours chauvins et justifiant bombardements et/ou massacres, n’était de plus pas soumise aux susceptibilités supposées de communautés victimaires.

Par un usage fécond de l’héritage positiviste, c’est l’analyse après projection qui mettait de la distance avec le document d’époque. Cette attitude méthodologique répondait sans doute à une exigence éthique personnelle : alors que sa mère avait été déportée comme juive et assassinée à Auschwitz, l’historien ne s’est jamais revendiqué d’une identité particulière ni prévalu d’un statut de victime pour parler des événements. Il préférait s’interroger sur les motivations des individus d’agir en situation extrême et de construire malgré tout leur vie[5]. Le générique d’Histoire parallèle était significatif à cet égard : sur fond de quelques notes graves et énigmatiques tirées des Gurre-Lieder de Schoenberg, on voyait un nageur effectuer un plongeon au ralenti, entre l’inéluctabilité du choc avec l’eau et la liberté d’élaborer des figures dans le vide. Bien qu’il ait été longtemps secrétaire de la revue des Annales, férue de structures et de longue durée, et qu’il soit mort à l’ère de l’« histoire globale », Marc Ferro n’était pas l’historien surplombant d’un processus sans sujet.

Cinquante ans d’écriture sur une année révolutionnaire

Pour évaluer la contribution de Marc Ferro à l’histoire de la Révolution russe, il faut garder à l’esprit la « longue durée » qui a vu l’historien s’intéresser à 1917. Le quadragénaire commence à publier sur le sujet au moment du cinquantenaire d’Octobre, en 1967. Le dégel khrouchtchévien, que beaucoup prenaient pour une véritable déstalinisation, est encore un souvenir récent et le sourire de Iouri Gagarine est le visage du progrès humain. En France, près d’un quart des électeurs vote communiste. Quand le nonagénaire Marc Ferro est largement invité pour le centenaire en 2017, l’URSS a disparu depuis un quart de siècle, la collapsologie est un sujet d’intérêt public alors que le socialisme quelle qu’en soit l’acception ne mobilise plus. Je peux faire crédit à l’historien d’avoir toujours rappelé comment une « sainte-alliance » mondiale s’était liguée contre les soviets[6] mais je ne partage pas son intérêt tardif pour le sort de la famille impériale russe ni son hypothèse sur la survie du tsarévitch Alexis et de la Grande-duchesse Anastasia[7]. Et l’ayant entendu au siège du Parti communiste[8] expliquer que Lénine était le concepteur du goulag psychiatrique, je ne sais pas si c’était plus gênant pour l’historien qui proférait une telle énormité[9] ou pour l’organisateur qui lui donnait une tribune.

Il reste que le gros volume de Marc Ferro sur la Révolution russe[10] vaut mieux que les dernières déclarations de son auteur. D’abord, il remet en cause les deux récits de 1917 qui prévalaient jusque-là, le récit stalinien d’une marche vers l’avenir radieux guidée par le Parti et celui, totalitarien, qui voit le même parti infaillible imposer méthodiquement une dictature absolue. Grâce à des sources publiées que peu d’historiens avaient pris la peine de consulter[11] et au dépouillement d’archives soviétiques inédites[12], Ferro montrait que l’histoire de la révolution ne se résumait pas à celle du Parti, pas plus pour le pire que pour le meilleur. Il décrivait en fait une véritable révolution sociale où toutes les classes populaires et les catégories opprimées remettaient en cause l’autorité des dirigeants, des possédants et des instruits. Parmi tous les tableaux de cette subversion généralisée, dans les périphéries, au front, au village ou à l’usine, le chapitre sur « Le Travail contre le Capital » est une lecture indispensable pour qui veut réfléchir aujourd’hui au contrôle ouvrier et à la dynamique permettant de passer de luttes défensives à des luttes offensives sur fond de crise économique[13].

Un aller simple de la révolution à la dictature ?

Ébranlant les mythes staliniens comme anticommunistes, Marc Ferro bousculait également le credo des révolutionnaires, provoquant des aigreurs à l’extrême-gauche aussi. Reprenons les points de frictions. Le premier touche à la nature de l’événement. Pour Marc Ferro, discuter du caractère « prolétarien » de la révolution n’avait pas plus de sens que d’évaluer la « sainteté » du Saint-Empire. La nécrologie du Monde en souligne bien l’enjeu : « Osant un discours non idéologique, l’historien ne craint pas […] d’établir que la révolution prolétarienne, dont on crédite le mouvement ouvrier, est en fait l’affaire des femmes, des soldats et des paysans »[14]. Mais le journaliste ajoute le malentendu au désaccord avec une pointe de mauvaise foi. Souligner l’apport des femmes, des soldats et des paysans à la révolution ne revient pas à nier l’action des ouvriers : nous l’avons dit, Ferro l’a soigneusement décrite et analysée. Par contre, il est vrai qu’il ne lui accorde pas un statut particulier dans le processus historique.

On comprend qu’en ne reconnaissant aucune hégémonie au prolétariat, Ferro n’accorderait aucune préséance au Parti dans l’étude des institutions révolutionnaires. Son analyse des débuts du phénomène bureaucratique[15] insiste en effet sur la conjonction d’une pluralité de facteurs. L’ascension des apparatchiki (hommes d’appareil) commence avant Octobre, aussi bien sous l’étiquette socialiste-révolutionnaire que menchevique voire anarchiste[16]. Elle s’appuie sur la tendance des soviets et comités à se doter de services administratifs professionnalisés et à former des appareils exécutifs permanents dont les membres se séparent de plus en plus des délégués de base. Après Octobre, le phénomène profite mécaniquement aux bolcheviks qui ont gagné la direction politique. À mesure de la montée des tensions sociales et politiques, ils écartent les autres partis des institutions. Les « militants des comités » lient de plus en plus leur sort aux bolcheviks, non seulement pour assurer un avenir rendu incertain par la crise, mais aussi parce que seuls les bolcheviks luttent effectivement pour que les comités et conseils assument la totalité du pouvoir.

Les critiques de Ferro ont mis en cause la logique de son argumentation et ses intentions politiques[17] mais pas la fiabilité de sa documentation. En effet, depuis cinq décennies, ses constatations ont été confirmées par d’autres historiens : Stephen Smith sur le mouvement de contrôle ouvrier et ses limites[18] ; Alexander Rabinowitch sur l’évolution du Parti bolchevique, du groupuscule révolutionnaire au parti-État[19] ; David Mandel et Simon Pirani sur la bureaucratisation des soviets en relation avec les changements qui s’opèrent au sein de la classe ouvrière[20]. Ils sont tous de gauche et, excepté Rabinowitch, ils ont le communisme conseilliste ou trotskiste comme référence intellectuelle. Tous brossent le même tableau que Ferro et ne diffèrent avec lui ou entre eux que par le dosage entre l’intentionnalité et les contraintes du temps[21] pour expliquer l’évolution générale. Ils peuvent aussi diverger sur la périodisation fine des phénomènes dans tel ou tel secteur d’activité ou région géographique.

*

Quel usage politique faire alors de ce savoir historique ? Reconnaissons d’abord qu’entre leur volume, leur niveau de spécialisation et leur style d’écriture, tous ces livres ne se prêtent guère à être utilisés comme manuels à l’École centrale d’un Parti encore à construire. À la charnière de la vulgarisation engagée et de la réflexion politique, Olivier Besancenot avait écrit en 2017 un livre largement nourri des travaux de Ferro[22]. Par contre, s’éloignant des travaux de ce dernier, il suggérait qu’une touche de politique libertaire aurait pu prévenir la nécrose des soviets, poursuivant son idée d’un rapprochement entre marxisme et anarchisme[23]. Certains des critiques du livre de Besancenot sur 1917 s’en sont néanmoins pris à … Ferro[24]. La difficulté bien réelle illustrée ici à combiner histoire et politique soulève une question bien plus vaste, celle des formes et des structures d’éducation populaire et de formation militante aujourd’hui. La formation militante doit viser la cohérence sinon l’orthodoxie mais l’éducation populaire peut fournir le cadre au débat et à la confrontation des opinions devant un public plus large. Dans ce cadre, des « Histoires parallèles » des mouvements révolutionnaires seraient assurément un beau projet !

Éric Aunoble

Éric Aunoble est historien, enseignant-chercheur à l’université de Genève. Il est notamment l’auteur de La Révolution russe, une histoire française (La Fabrique, 2016) et de « Le communisme tout de suite ! ». Le mouvement des communes en Ukraine soviétique (1919-1920) (Les Nuits rouges, 2008).

 

Notes

[1] Marc Ferro, Le Livre noir du colonialisme : XVIe – XXIe siècles, de l’extermination à la repentance, Paris, Robert Laffont, 2003.

[2] Stéphane Courtois, Nicolas Werth, Jean-Louis Panné et alii, Le Livre noir du communisme : Crimes, terreur, répression, [1997] Paris, Robert Laffont « Bouquins », 1998.

[3]Marc Ferro, « Arrêtons de prendre les Grecs pour les nouveaux colonisés de l’Europe », Le Monde, 24 février 2015.

[4] Marc Ferro, « Non, Vladimir Poutine n’est pas l’ennemi de l’Europe ! », Le Monde, 11 décembre 2014.

[5] Marc Ferro, Les Individus face aux crises du XXe siècle, Paris, Odile Jacob, 2005 ; L’Entrée dans la vie, Paris, Tallandier, 2020.

[6] Marc Ferro, « Dix armées étrangères contre la Révolution russe », Le Monde Diplomatique, 2010 (L’Atlas Histoire) et 2014 (Manuel d’histoire critique).

[7] Marc Ferro, La Vérité sur la tragédie des Romanov, Paris, Taillandier, 2012.

[8] RÊVOLUTIONS, une initiative du Parti communiste français en partenariat avec la Fondation Gabriel Péri à l’occasion du Centenaire de la Révolution d’Octobre 1917, 28 octobre 2017.

[9] Marc Ferro se référait à une lettre de Lénine du 16 janvier 1922 disant du Commissaire du peuple aux Affaires étrangères, Tchitcherine : « il est malade. Il faut consulter d’urgence les meilleurs médecins pour savoir s’il est préférable de le mettre en congé six mois (…) après la Conférence de Gènes [ou] immédiatement pour un mois ou cinq semaines » (Lénine, Œuvres complètes en russe, éd. 1975, tome 54, p. 118). Il n’est à aucun moment question de psychiatrie ni a fortiori d’internement mais de surmenage au milieu de négociations diplomatiques de première importance pour le jeune État soviétique. De plus, Tchitcherine avait effectivement des problèmes de santé chroniques qui provoquèrent finalement son retrait des affaires à la fin des années 1920 (je remercie Jean-Jacques Marie de m’avoir informé sur la santé de Tchitcherine).

[10] Marc Ferro, La révolution de 1917 : I. La chute du tsarisme et les origines d’Octobre [1967] ; II. Octobre, naissance une société [1976], Paris, Albin Michel, 1997.

[11] Si ce n’est Oskar Anweiler, Les soviets en Russie, 1905-1921, [1958] Marseille, Agone, 2019.

[12] Privilège rare à l’époque dont l’historien sut user… et abuser au désespoir des bureaucrates qui encadraient ses séjours ! Marc Ferro, Histoires de Russie et d’ailleurs : entretiens avec Jules Chancel et Jean-François Sabouret, Paris, Balland, 1990, p. 42-50.

[13] Marc Ferro, La révolution de 1917, op. cit., p. 686-746.

[14] Philippe-Jean Catinchi, « L’historien français Marc Ferro est mort », Le Monde, 22 avril 2021.

[15] Marc Ferro, Des Soviets au communisme bureaucratique : Les mécanismes d’une subversion – avec la collaboration d’Hélène de Chavagnac –, [1980] Paris, Gallimard, coll. « Folio Histoire », 2017.

[16] Citons ici Voline : « Pendant la période du gouvernement de Kérensky et aux jours d’octobre 1917, [Makhno] fut président de l’union paysanne régionale, de la commission agricole, du syndicat des ouvriers métallurgistes et menuisiers et enfin président du Soviet des paysans et ouvriers de Goulaï-Polé » (Voline, La Révolution inconnue [1947], http://www.nestormakhno.info/french/revinc/le_mouv.htm 10.1.4 L’Anarchiste Nestor Makhno).

[17] Jean-Jacques Marie, « Pour Marc Ferro, la bureaucratie… c’est “l’émergence des milieux populaires” », Cahiers du mouvement ouvrier, n°36 (Octobre-Novembre-Décembre 2007), p. 106. Jean-Jacques Marie, « Nouvelles lueurs sur Octobre (épisode 1) », En attendant Nadeau, oct. 2017. Raphaël Preston, « Les soviets selon l’historien Marc Ferro », Convergences révolutionnaires, oct. 2017.

[18] Stephen A. Smith, Pétrograd Rouge : La Révolution dans les usines 1917-1918, [1983] Paris, Les Nuits Rouges, 2017. Voir également : Maurice Brinton, Les Bolchéviques et le contrôle ouvrier (1917-1921) : L’État et la contre-révolution, [1970] Paris, Les Nuits Rouges, 2016.

[19]Alexander Rabinowitch, Prelude to Revolution: The Petrograd Bolsheviks and the July 1917 Uprising, Bloomington-London, Indiana University Press, 1968 ; Les Bolcheviks prennent le pouvoir : La révolution de 1917 à Petrograd, [1976] Paris, La Fabrique, 2016 ; The Bolsheviks in Power, The First Year of Soviet Rule in Petrograd, Bloomington, Indiana University Press, 2007.

[20] David Mandel, Les soviets de Petrograd : Les travailleurs de Petrograd dans la révolution russe (février 1917-juin 1918), [1984-1990] Paris, Syllepse, 2017. Simon Pirani, La Révolution bat en retraite, La nouvelle aristocratie communiste et les ouvriers (Russie 1920-24), [2008] Paris, Les Nuits Rouges, 2020.

[21] Là-dessus, ils apportent quelque chose qui manquait à Des Soviets au communisme bureaucratique : en analysant la bureaucratisation à l’échelle des pratiques locales, Ferro ne voyait pas ou peu la contrainte extérieure.

[22] Olivier Besancenot, Que faire de 1917, Une contre-histoire de la révolution russe, Paris, Autrement, 2017.

[23] Olivier Besancenot, Michael Löwy, Affinités révolutionnaires. Nos étoiles rouges et noires. Pour une solidarité entre marxistes et libertaires, Paris, Mille et une nuits, collection « Les Petits libres », 2014.

[24] Articles déjà cités de Jean-Jacques Marie, 2017 et Raphaël Preston, 2017.

 

 


vendredi 30 avril 2021

Billet d'humeur : Ce que le Rwanda a (enfin) appris aux historiens...

Ce n’est pas du contenu du rapport Duclert dont il sera ici question, d’autres plus compétents que moi ont fait l’analyse de ses avancées et de ses manquements au plan de la connaissance historique, mais de ce que des historiens interrogés, notamment dans Médiapart le 25 mars 2021, ont admis :

- Premièrement, que les historiens devaient écouter les témoins. Cela semble tomber sous le sens en histoire contemporaine, histoire qu’on pourrait définir précisément comme l’histoire dont il reste des témoins – mais ça ne l’était pas. Il n’y a pas si longtemps on les entendait pour certains (il s’agissait essentiellement d’hommes) dénoncer ce qu’ils appelaient « la dictature du témoignage »[1]. Je me souviens de Geneviève de Gaulle-Anthonioz, alors présidente de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR), rappelant à l’un d’entre eux, qu’elle était désolée, mais qu’il allait encore devoir attendre un peu pour pouvoir écrire l’histoire comme il l’entendait… Cet historien avait eu l’inélégance de dire devant elle et ses compagnes qu’il en avait assez d’écrire l’histoire avec des témoins contrôlant par-dessus son épaule. En voix off ces mêmes collègues considéraient l’histoire orale, qui commençait à être (tardivement) admise en France, comme un gadget pour… historiennes.

- Deuxièmement, que les archives devaient être ouvertes à tous et à toutes et sans restriction. Pendant longtemps - n’insistons pas d’avantage car j’imagine qu’ils (il s’agissait encore une fois d’hommes) rougissent aujourd’hui des propos qu’ils ont pu tenir autrefois, lorsqu’un système antidémocratique appelé « dérogation » leur permettait l’accès à des dossiers refusés à d’autres et qu’ils trouvaient cela… légitime. L’un d’eux, ah la langue me brûle de dire son nom mais je ne lui ferai pas cet honneur, devait même se moquer ouvertement de Rita Thalmann, qui fut la première historienne à dénoncer publiquement ce système. Désormais logés à la même enseigne par une mesure régressive concernant l’accès aux archives, les voilà contraints de demander le respect de la démocratie. Tant mieux, car c’est ainsi que les choses peut-être avanceront.

- Troisièmement, avons-nous également appris ces derniers temps, le récit historique ne serait pas le domaine réservé des seul.e.s historien.ne.s (entendez ici, ceux et celles muni.e.s du titre scolaire agrégation et/ou thèse). Ce sont en effet un physicien (François Graner) et un journaliste (Patrick de Saint-Exupéry), ainsi que d’autres non-historiens aux côtés d’historien.ne.s qui ont impulsé la recherche sur le rôle de la France au Rwanda. Récemment un général alors en poste pendant le génocide disait à quel point il ne savait rien sur le pays où on l’avait expédié. C’étaient des journalistes qui l’avaient informé. La première écriture de l’histoire en train de se faire, nous autres historien.ne.s professionnel.le.s. du contemporain, nous la devons aux témoins et aux journalistes. En attendant l’ouverture des archives, ce sont nos sources.

Mais, par-delà la controverse sur la constitution de la commission Duclert, un autre enseignement est à tirer de cette implication de non-historiens. C’est celui du rôle joué par une association comme Survie et par la presse : anticipant le résultat final de ladite commission dont le rapport intermédiaire laissait fortement à désirer – même Le Monde en date du 7 avril 2020 écrivait qu’« il blanchissait déjà discrètement les autorités françaises de certaines accusations » – la presse et notamment Médiapart, a clairement mis en garde contre la raison d’État qui pourrait conduire à épargner la France. Sans doute piquée au vif, la commission a en partie, semble-t-il, mais c’est déjà ça, redressé le tir. Elle s’est cependant contentée d’éviter de cibler les responsabilités. Plus exactement, elle a accablé le défunt Président Mitterrand (mais non son fils). Les autres, bien vivants, – et la France (responsable mais non complice tout en l’étant, on ne comprend pas trop) – finalement ne s’en tirent pas trop mal.

En définitive, il convient de le répéter, nul est besoin de commission. Seuls les travaux de chercheur.e.s indépendant.e.s – à condition qu’on leur en donne les moyens en finançant leurs projets – sont à même de s’émanciper du politique.

 

Sonia Combe



[1] Cf. Stéphane Audouin-Rouzeau et Annette Becker, 14-18 Retrouver la guerre, Paris, Gallimard, 2000, p. 52.

jeudi 1 avril 2021

Assemblée générale du CVUH

 

Le Comité de vigilance face aux usages publics de l'histoire a le plaisir de vous informer de la tenue de

 

l'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE ANNUELLE DE L’ASSOCIATION

SAMEDI 10 AVRIL 2021 

à 14 heures, en visioconférence

 

Pour y assister, merci de cliquer sur le lien suivant :

https://zoom.us/j/93258824851?pwd=OVFnYmlOUkp2SldvdzAzcCtBRitaUT09

ORDRE DU JOUR
- Rapport moral
- Rapport financier
- Vie de l’association
- Modification des statuts
- Projets
- Questions diverses.

 

À 15 heures, à la suite de l’Assemblée générale, le CVUH organisera un débat sur le livre de Gérard Noiriel et Stéphane Beaud, Race et sciences sociales. Essai sur les usages publics d’une catégorie (Agone, 2021). Ce débat sera préparatoire à une rencontre publique et plus large prévue en juin.

Afin de laisser ensuite tout le temps à la discussion, les interventions prévues ne dépasseront pas une dizaine de minutes :

- Sonia Combe : introduction

- Olivier Le Trocquer : présentation du livre de Noiriel et Beaud, Races et classes sociales. 

- Michèle Riot-Sarcey : Les enjeux posés par le livre.

- Nelcya Delanoë : comment la question se pose-t-elle aux États-Unis, d'où elle serait venue ?

Avec la participation d'Éric Aunoble.

 Le lien pour participer au débat est le même que celui de l’AG.

 

Vous êtes cordialement invité.e.s à l’AG et au débat !