mardi 2 mai 2017
lundi 1 mai 2017
L'urgence de l'histoire
Il
est temps pour nous, membres du CVUH, de prendre position à une semaine
du second tour de l'élection présidentielle, dans un climat politique singulièrement inquiétant, et tout
particulièrement à gauche. Le CVUH n'est pas un mouvement politique ni
un syndicat, mais il a une fonction à la fois savante et critique depuis
sa fondation. Une des raisons fondatrices du CVUH, en 2005, est le
rapport à l'instrumentalisation de l'histoire de la colonisation de
l’Algérie. Rappelons-le : il s'agissait pour nous initialement de
récuser l'idée de devoir enseigner sous injonction ministérielle les
aspects positifs de la colonisation, comme le formulait le second alinéa
de l'article 4 du projet de loi : « les programmes scolaires
reconnaissent en particulier le caractère positif de la présence
française outremer et notamment en Afrique du nord ». C'était une
proposition de Jacques Chirac, mais dont il était assez évident qu'elle
cherchait à séduire l'électorat d'extrême droite, nostalgique de
l'Algérie coloniale et les milieux qui entreprenaient déjà une
réhabilitation publique de l'OAS.
Nous
sommes dans une situation infiniment pire, et qui nous requiert pour
les mêmes raisons : le FN et sa candidate ne cessent d'instrumentaliser
l'histoire, celle de la colonisation, celle de l'immigration, celle de
la déportation et de l'extermination des juifs, celle de l'occupation,
celle du protestantisme, celle de l'Islam, celle de l'Europe, etc. - la
liste est longue. Cela au nom de la « patrie », au nom du « peuple », au
nom d'une conception fermée, xénophobe et agressive de la « France »,
et de la « fierté nationale » qu'il faudrait restaurer. Et il faut
s'attendre à des projets de loi beaucoup plus graves et injonctifs
concernant l'enseignement de l'histoire, dans le primaire, le secondaire
et le supérieur.
Bien
sûr, nous constatons l'usage et l'instrumentalisation du drapeau
tricolore, de ces mêmes mots de peuple, de patrie, de France, chez la
plupart des partis politiques et des candidats à l'élection
présidentielle. Et bien sûr, en tant que citoyens d'opinions diverses,
nous pouvons nous inquiéter de certaines propositions du candidat d'En
marche concernant la sécurité sociale et la loi travail, entre autres.
Mais,
sauf à tout confondre, le danger n'est pas comparable. Un pouvoir
exécutif contrôlé par l'extrême droite ne produit pas les mêmes effets
de censure et d'action policière que le même pouvoir exécutif contrôlé
par des libéraux. Le gouvernement hongrois dirigé par Victor Orban qui
censure les médias, fait emprisonner les manifestants en dehors des
lois, réhabilite le régime fascisant et antisémite de l'amiral
Horthy tout en criminalisant les réfugiés qui tentent d'échapper à
l'extrême violence de la guerre en Syrie et en Irak, nous rappelle au
présent la nature du danger. S'agissant du seul domaine de l'histoire,
les historiens spécialistes peuvent discuter de l'utilisation de
l'expression de « crimes contre l’humanité » par Emmanuel Macron pour
désigner l'ensemble de la colonisation, incontestablement ponctuée de ce
type de crimes. Mais ce sont bien des dirigeants et des responsables FN
qui célèbrent la mémoire de Pétain, nient l'extermination des juifs par
les chambres à gaz, remettent en question le droit de pratiquer
librement ses croyances. C'est bien la candidate du FN qui propose de
supprimer le droit du sol, élément fondamental du droit républicain de
la nationalité depuis 1889, et qui cherche à rendre plus difficile la
vie quotidienne de millions de Français en prétendant distinguer
les « vrais Français » et les autres. C'est elle qui
prétend arrêter toute immigration, proposition absurde et régressive,
inapplicable, pour qui connaît l'histoire de l'immigration et pour qui
reconnaît le droit élémentaire de la vie en commun.
Il est donc impossible de nous abstenir dimanche prochain.
Et nous rejoignons les appels qui, pour les mêmes raisons que nous,
visent à dire non à la présence de l'extrême droite au pouvoir au sommet
de l'Etat le soir du 7 mai.
S’abstenir
n'aurait pas de sens, ce serait laisser à d'autres le soin de faire
barrage au Front National. Être clair c'est s'engager à voter pour
l'autre candidat, seul en lice contre le FN, afin de pouvoir ensuite
exiger du président de la République, y compris en le combattant, une
autre orientation programmatique. À nous de rester vigilants pour que
l'histoire retrouve les chemins de la critique.
Le CVUH
lundi 17 avril 2017
Conférence de Pierre Briant sur Alexandre le Grand
Le CVUH vous propose d'assister à une conférence-débat autour du livre de Pierre Briant sur les usages socio-politiques de la figure d'Alexandre le Grand.
Elle aura lieu le mardi 23 mai à 19h30 à la librairie Jonas, 14 rue de la Maison-Blanche, 75013 Paris.
lundi 10 avril 2017
Le CVUH réagit : Brighelli et la fabrique du cuistre
Suite à la chronique de J.-P. Brighelli publiée dans Le Point du 28 mars 2017, le CVUH a souhaité s'associer au collectif Aggiornamento par la déclaration suivante :
La
haine qui suinte de certains collègues et entache les commentaires
tenus en principe par des scientifiques
compétents, voire
« agrégés », ce qui devrait impliquer rigueur et
mesure, nous afflige. Il n’y a pas d’autre mot. Comment prétendre
que l’ouvrage de Suzanne Citron n’est qu’une
« étude qui plaide
pour une déconstruction du récit national » :
c’est un ouvrage d’histoire qui décortique, avec le sérieux
exigé d’une analyse critique des sources, comment le « récit
national » procède d’une construction de la fin du XIXe
siècle : c’est effectivement (et tous les historiens sérieux
le savent) une construction datée et explicable à l’époque
puisqu’il s’agissait de promouvoir l’existence, durable pour la
première fois de notre histoire, de la République. Comment oser
alléguer que le travail serait irrecevable parce que écrit par une
historienne par
ailleurs
socialiste, qui a « alimenté de ses chroniques Le
Monde et Libé » :
c’est interdit par la loi que d’avoir, comme tout un chacun, des
idées politiques ? On n’a le droit que d’alimenter une
chronique au Point ou
à l’Express ?
Est-ce une manifestation d’absence de rigueur scientifique que de
ne pas avoir les mêmes opinions que l’auteur de ces lignes
péjoratives ? Une
publication historienne peut être sérieuse, c’est à dire
rigoureuse dans ses sources
et son argumentation, et engagée
au meilleur sens du terme. Les travaux d’histoire ne sont pas des
recueils factuels mais bien des invitations à réfléchir de façon
critique. Toute science sociale peut être discutée à ce titre,
mais à condition de le faire de façon rigoureuse, honnête,
démontrée, donc non injurieuse.
Ainsi,
parler du travail
scientifique de Laurence De Cock comme
« ce qui lui a tenu lieu de thèse de doctorat »
alors qu’elle a reçu les félicitations d’un jury hautement
spécialisé, confirmé par les instances qui l’ont qualifiée
doublement pour exercer son métier à l’université, est une
injure. Ce jury est qualifié de « complice », ce qui
relève de la diffamation – triple diffamation, à l’égard de la
thèse, à l’égard du jury, à l’égard des commissions de
qualification. Dans un hebdomadaire supposé sérieux, c’est
déplorable. En sus, personnaliser à ce point une collègue en
affirmant qu’elle ne représente « qu'elle-même et les
pédagocrates » est absurde, puisque Laurence De
Cock parle
effectivement au nom de nombreux collègues, notamment membres du
CVUH fondé depuis 2005 à l’initiative de Gérard Noiriel,
directeur d’études à l’EHESS, et de Michèle Riot-Sarcey,
professeure émérite réputée spécialiste du XIXe siècle.
Ce
que nous ne comprenons pas, c’est comment il est possible qu’un
journal raisonnable publie de telles bêtises écrites de façon
aussi vulgaire.
samedi 8 avril 2017
Atelier "Les mots du politique" Intégration/assimilation, 27 avril 2017, 19h
Dans le cadre des Ateliers « Les mots du politique »
organisés conjointement par
le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH)
et la Société d’histoire de la Révolution de 1848 et des révolutions du XIXe siècle
un atelier aura lieu le
jeudi 27 avril
de 19h à 21h
au Lieu Dit
6, rue du Sorbier 75020 Paris
sur le thème : Intégration et assimilation
avec Laurence De Cock, Laurent Lévy, Gilles Manceron et Pierre Tévanian
Les mots sont pris dans des luttes idéologiques et politiques qui cherchent à les instrumentaliser. Les Ateliers du CVUH visent à décrypter leur usage et à restituer les
enjeux qu’ils recouvrent. A travers l’emploi de ceux d’assimilation et
d’intégration, c’est le fondement même de la nation qui est en
cause. Une nation essentialisée à l’identité immobile où les mouvements
migratoires sont perçus comme un « grand
remplacement », ou une communauté humaine en perpétuels mouvement et
recomposition, dont le fondement est historique et le ciment est
économique, social et politique.
dimanche 26 mars 2017
Enregistrement de l'atelier "Les Mots du politique" : civilisation/barbarie
Vous trouverez ici l'enregistrement de l'atelier "Les Mots du politique" sur les mots civilisation/barbarie.
Il s'est tenu au Lieu-Dit le 23 mars 2017.
Les intervenants sont Blaise Dufal et Olivier Le Trocquer
samedi 18 mars 2017
Atelier "Les Mots du politique", en ligne : Peuple/populisme
Le 2 mars 2017 s'est tenu l'atelier "Peuple/populisme" au Lieu-dit.
Vous pourrez en trouver ici un enregistrement audio. Cet atelier, où sont intervenus Déborah Cohen et Federico Tarragoni, était coordonné par Anne Jollet.
Fichier atelier
Vous pourrez en trouver ici un enregistrement audio. Cet atelier, où sont intervenus Déborah Cohen et Federico Tarragoni, était coordonné par Anne Jollet.
Fichier atelier
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