mardi 12 février 2013

Compte rendu de l'Assemblée Générale annuelle du 9 février 2013.




Ouverture de la séance à 10h20.
Présents : Sylvie Aprile, William Blanc, Aurore Chéry, Laurent Colantonio, Blaise Dufal, Anne Jollet, Fanny Madeline, Gilles Manceron, Jean-Pierre Martin, Christophe Naudin, Claude-Hélène Perrot, Camille Pollet, Véronique Servat.

Rapport moral 2012

Présenté par Laurent Colantonio, président

J’ai tout récemment eu l’occasion de me replonger dans l’histoire du CVUH (les 2 premières années, 2005-2007). L’association a démarré sur les chapeaux de roue ; elle correspondait sans nul doute à une attente dans la profession. Dans l’effervescence du moment, le CVUH pouvait alors à la fois répondre à l’actualité par des textes incisifs dans la presse sur des sujets variés ayant trait aux usages publics de l’histoire, proposer des analyses de fond dont on trouve toujours la trace sur le site, organiser des cycles de conférences qui attiraient un large public, lancer une collection (qui compte aujourd’hui 6 volumes)… L’ensemble reposait sur la motivation et la disponibilité de très nombreux membres « actifs ».
Puis, le dynamisme collectif est retombé. Un regain d’activité a été amorcé en 2011, qui s’est confirmé en 2012, mais nous sommes aujourd’hui beaucoup moins nombreux à faire vivre l’association, et notre activité s’en ressent. Nous n’avons pas à en rougir d’ailleurs, car les initiatives ont tout de même été assez nombreuses, variées et de qualité en 2012. Nous bénéficions d’un atout dont le Comité ne disposait pas à ses débuts : de l’argent disponible, grâce notamment aux droits d’auteurs perçus (cf. plus loin le rapport financier), pour envisager sereinement l’organisation des manifestations à venir.
Le CVUH en 2012 :

· Deux journées « histoire et médias » / « histoire et fiction à l’écran » se sont déroulées le 21 janvier et le 2 juin 2012, au centre Malher (rue Malher, Paris)
Des interventions de qualité et des échanges fructueux, entre historiens, journalistes, scénaristes, et avec la salle. Un grand merci, pour l’organisation de ces journées et son intendance, à Fanny Madeline, Blaise Dufal, Nelcya Delanoë, Véronique Servat, Jean Vettraino et Aurore Chéry. Les deux journées ont été filmées par Aurore Chaillou. Le programme complet de chaque journée ainsi que les vidéos des interventions sont en libre-accès sur le site du CVUH.

· Le CVUH à la Fête de l’Huma, samedi 15 septembre 2012, rencontre-débat autour du livre Pour quoi faire la Révolution
Au Village du livre, devant un public bien garni, retour sur l’actualité de la Révolution française (« laboratoire de la modernité ») et sur les raisons qui ont présidé à la rédaction du volume. Avec la participation de deux des auteurs : Guillaume Mazeau et Jean-Luc Chappey. Débat modéré par Anne Jollet. Un enregistrement audio de la rencontre est disponible en ligne (merci à Christophe Naudin) sur le site du CVUH.

· Rendez-vous de l’histoire de Blois, 18/21 octobre 2012.
Cette année, le CVUH a fait stand commun avec les éditions Agone, pour y présenter notamment le dernier ouvrage de la collection Passé&Présent, Pour quoi faire la Révolution. Le dimanche 20/10, le CVUH a notamment organisé une table-ronde, animée par Philippe Olivera, en présence des auteurs du volume. D’autres membres de l’association sont intervenus au cours de ces quatre jours.

· Le CVUH était présent lors des manifestations organisées pour les 40 ans des Cahiers d’histoire (vendredi 7 et samedi 8 décembre 2012).
A l’invitation d’Anne Jollet, Laurent Colantonio a participé pour le CVUH à la soirée inaugurale, place du Colonel Fabien, qui avait pour thème : « L’histoire engage toujours ». Le lendemain, plusieurs membres du Comité sont intervenus dans les différents ateliers (ENS, rue d’Ulm).

· Des prises de position collectives
(cf sur le site)
Au moment de « l’affaire » Lorant Deutsch/Métronome, le CVUH a publié sur son site les articles de William Blanc (Les Goliards), Christophe Naudin (Histoire pour tous) et Damien Boone, puis le CA de l’association a publié un communiqué en soutien à leur initiative.
Fin août, nous avons aussi relayé et soutenu le texte « aggiornamento » proposé par Laurence De Cock, Eric Fournier et Guillaume Mazeau : « Vague brune sur l’histoire de France », suite aux publications du Figaro Magazine / Figaro Histoire sur l’enseignement de l’histoire de France.

· Interventions médias/radios
Guillaume Mazeau a présenté Pour quoi faire la Révolution dans l’émission de France Inter Downtown (Collin/Mauduit) le lundi 4 février 2012 et dans l’émission de W. Blanc sur Radio-Libertaire.
Blaise Dufal est tjrs notre « correspondant média ». Il reçoit, par téléphone, les sollicitations des médias, puis soit il y répond, soit il renvoie l’interlocuteur vers le/la ou les membres du CVUH susceptibles de répondre à la demande ponctuelle.

· Le site a été alimenté par une dizaine de « vrais » articles, le dernier en date par Pierre Serna sur la Vendée. (cf. plus loin le point sur le site du CVUH)

· La liste de diffusion fonctionne et le CVUH a investi les réseaux sociaux : ouverture d’une page Facebook.

· Nous avons également choisi en 2012 un nouveau logo, et fait imprimer des flyers pour l’adhésion.

· Le Manifeste a été traduit en : anglais, espagnol, chinois et italien.

· Le 6e volume de la collection Passé & Présent est sous presse (parution prévue le 15 février 2013) : Christophe Darmangeat, Conversation sur l’origine des inégalités (cf. plus loin le point sur la collection).
Le rapport moral est adopté à l’unanimité des présents.


Rapport financier 2012

Présenté par Fanny Madeline, trésorière.
Le CVUH se porte toujours très bien. Le solde de l’année 2012 est de 8 558 euros, incluant les droits d’auteur qu’Agone versera en mars et qui s’élèvent cette année à 3 088 euros (mais dont un peu plus de la moitié seulement, soit 1831 euros, sera touchée par l’association), soit une réelle inflation par rapport aux 860 euros de l’année dernière (liée principalement à la parution de Pour quoi faire la révolution).
Nous avions l’année dernière 9 623 euros soit un tout petit peu plus. Nous commençons donc à entamer très légèrement nos finances notamment du fait des dépenses effectuées pour les 2 journées d’études sur Histoire et Fiction du 21 janvier et 2 juin 2012. Leur coût total, incluant les vidéos en ligne, est de 2 240 euros.
Nous avons également dépensé près de 950 euros pour la réalisation d’un logo et d’un flyer CVUH qui n’ont pas tout à fait la même charte graphique, à cause du fait que Morgan Thomas le designer du logo a trouvé un CDI entre temps et donc n’a pu réaliser le flyer.
Nous avons donné 500 euros à L’Autre association à la suite de l’incendie de l’appartement de Thomas Lacoste, les traductions du manifeste en chinois, espagnol et italien nous ont couté 345 euros et il y a les 250 euros traditionnels de partage des frais de Blois avec Agone.

Ce qui fait un total de 4 580 euros de dépenses pour 3 437 euros de recettes.

La relance des cotisations effectuée en début d’année a eu pour effet de réveiller d’anciens adhérents mais nous ne sommes passés que de 41 à 55 adhérents dont 4 nouveaux, ce qui amène à conclure malgré tout à l’effet assez limité de ces relances. Elles ont néanmoins permis de redresser la pente descendante des adhésions (rappel : il y avait 75 adhérents en 2005). Il ne faut pas relâcher ces efforts, mais plutôt que des relances, je me demande si on de devrait pas plutôt porter nos efforts pour recruter de nouveaux adhérents susceptibles de s’investir dans la vie de l’association : il faudrait ainsi faire en sorte que le flyer soit visible dans les principales manifestations militantes parisiennes et franciliennes (ou en province pour les volontaires).
En conclusion, nous avons encore pas mal d’argent notamment pour financer les prochains journées d’étude, dont nous pouvons également envisager une diffusion vidéo. Notre situation reste d’autant plus confortable que des prévisions de recettes sont à venir avec la parution du 6e volume de la collection Passé&Présent : l’ouvrage de Christophe Demangeat, Conversation sur la naissance des inégalités, qui parait dans une semaine (15 fév)
Le rapport financier est adopté à l’unanimité des présents.


Les projets pour 2013

· Journée vulgarisation : Laurence De Cock et Véronique Servat.

Date envisagée : le 8 juin. Le programme est en cours d’élaboration.
Après une introduction présentant les enjeux de la vulgarisation de contenus historiques, 4 tables rondes sont prévues. La 1e autour du récit graphique Dans l’ombre de Charonne, de Désirée et Alain Frappier qui pourrait être complétée par la présence d’Alain Dewerpe. Une 2e s’appuierait sur la collection Passé&Présent afin de questionner les enjeux éditoriaux en matière de vulgarisation. Une 3e table ronde aborderait le sujet au prisme de l’exemple de sites de vulgarisation comme « Histoire pour tous ». Anne Jollet suggère d’ajouter une table ronde autour de l’action des associations et/ou des universités populaires ce qui permettrait de sortir du cadre de l’écrit et d’étudier la vulgarisation portée par la parole, l’oral, hors de la hiérarchisation des acteurs. William Blanc suggère d’insérer une réflexion sur l’historiographie de la vulgarisation (les historiens et la vulgarisation).

· Journée Génocide, un mot et ses usages : Blaise Dufal.

De nombreux intervenants pressentis… La journée est programmée pour fin novembre ou début décembre 2013. Nous envisageons de lui donner une suite sous la forme d’un volume à ajouter à la collection Passé&Présent.

· Organisation d’une (ou plusieurs) conférence-débat autour du nouveau livre de la collection… Le livre pourrait notamment faire l’objet d’une rencontre débat à la fête de l’Huma.

· Participation de Blaise Dufal et Laurent Colantonio au débat organisé par la FSU-Ardèche (27 avril 2013 à St Michel de Chabrillanoux) : « Comment on s’arrange avec l’histoire pour créer une identité nationale ? » Débat animé par Philippe BRETT. Avec : François REYNAERT (écrivain et journaliste), Benoit FALAIZE (chercheur), L. COLANTONIO et  B. DUFAL (CVUH) et G. PERRET (ou un des ouvriers du film Mémoire d’ouvriers). Il y aura un coin librairie pour présenter/vendre des livres du CVUH.

· Participation du CVUH au Salon du livre d’Arras (1er mai) : à l’invitation de l’association « Colères du présent ». Débat autour du livre Pour quoi faire la Révolution (G. Mazeau sera présent).

· Blois – Rendez-vous de l’histoire 2013. Il faut réfléchir à la présence du CVUH à Blois. Le dernier livre de la collection n’entrant ni dans le thème du festival, ni tout à fait dans le rayon « histoire ». Le CVUH pourrait alors profiter de la présence en son sein de différents historiens spécialistes de la question pour proposer une table ronde en lien avec le thème du festival qui est la guerre.

· Agone – Collection Passé & Présent. Pour 2013-14, un 7e volume est pré-programmé, qui portera sur les usages publics de l’histoire en Europe (projet coordonné par Laurent Colantonio et Anne Jollet).

Bilan et perspectives de la collection Passé&Présent

Présenté par Philippe Olivera, directeur de collection.
Pour 2012, les ventes nettes se présentent ainsi.
- A quoi sert l'identité nationale ? = 180 (total depuis parution : 9097)
- Comment Nicolas Sarkozy écrit l’Histoire de France ? = 69 (5032)
- Enjeux politiques de l'histoire coloniale = 202 (2724)
- La Fabrique scolaire de l'histoire = 121 (2059)
- Pour quoi faire la Révolution = 1858 (idem)

Total droits d'auteurs pour le CVUH en 2012 = un peu plus de 3000 € (dont il conviendra de retirer un peu moins de la moitié, soit à peu près 1300 euros, qui correspondent aux 5% que le CVUH reverse aux 5 auteurs de Pour quoi faire la Révolution conformément au contrat signé).

Pour 2013 :
Le Darmangeat parait en librairie le 15 février prochain. Par suite d'un cafouillage, les exemplaires que nous devrions déjà avoir à Marseille ne sont toujours pas arrivés, mais en revanche ils sont bien aux Belles Lettres et seront donc fournis en temps utile aux librairies.
La mise en place avoisine celle du volume IHRF (près de 600 exemplaires) dans un premier temps. L’auteur a été contacté afin de discuter de l’éventualité de conférences permettant la présentation de l’ouvrage.
Le livre sur les usages politiques de l'histoire en Europe est suspendu à la rédaction de son introduction par Anne Jollet. Et de ce projet en suspens dépend très largement la suite.

Site du CVUH
Présenté par Véronique Servat, secrétaire et webmestre

Lors de la dernière Assemblée Générale du CVUH, le nouveau site transféré sous Blogspot pouvait se prévaloir de 27 000 pages visitées. Uu an plus tard le bond de fréquentation du site est conséquent puisque le compteur statistique indique plus de 82 000 pages vues.
On constate, comme l’an passé, que l’effet « blog » ne se fait pas trop sentir et que les visiteurs continuent d’aller consulter des articles anciens. Ainsi, dans les 10 articles les plus lus 4 datent de 2011 ou d’avant (parmi ces textes consultés, on trouve le manifeste du CVUH mais aussi le texte de Blaise sur A. Minc). Parmi les textes plus récents (2012-2013), celui sur le Métronome a été vu presque 3 000 fois, ceux de S. Mekdjian et de S. Citron un peu plus de 1 200 fois.
25 mises en lignes ont été effectuées en 2012 ce qui est légèrement plus important que l’an passé. Toutefois, toutes ces contributions ne sont pas des textes, il y a aussi des annonces et des comptes rendus des journées d’études.
La fréquentation du site est sans doute un peu boostée par l’ouverture de la page facebook même si les sources du trafic montrent qu’on arrive au CVUH par google ou rezo.net ou encore via le site des Goliards. La page ouverte sur le réseau social compte un peu plus de 350 suiveurs. Cela permet de faire connaître le site mais aussi les manifestations auxquelles le CVUH participe ainsi que les publications de la collection Passé&Présent.

Election du nouveau Conseil d’Administration

Membres de droit G. Noiriel, C. Coquery, L. DeCock.
Sortants : Laurent Colantonio, Sylvie Aprile, Anne Jollet, Fanny Madeline, Véronique Servat, Blaise Dufal, Aurore Chery, Jean Vettraino, Natacha Coquery, Olivier Le Trocquer.
Une candidature spontanée qui ne s’est pas concrétisée pour des raisons géographiques.
La reconduction du CA pour 2013 a été votée à l’unanimité.
Un Doodle est programmé pour la prochaine réunion ouverte à tous (entre le 18 et le 25 mars).

Questions diverses

L’émission des Goliards sur Radio Libertaire lance un appel à candidature pour 2013. Si le CVUH ou certains de ces membres souhaitent proposer une émission (1h30) sur un thème particulier, ils sont les bienvenus. Il est par exemple envisageable de relayer une journée d’étude, comme celle à venir portant sur les usages du mot génocide.
La question est posée de la possible participation financière du CVUH en soutien à de manifestations scientifiques, en contrepartie de quoi le logo du CVUH apparaîtrait parmi les partenaires sur les programmes diffusés. Le cas du colloque Les empires ébranlés. Défaites militaires et mises en échec du colonialisme XVIe-XXe siècles (Poitiers, 9/10 octobre 2013) est discuté. Des avis plutôt favorables sont exprimés, à condition d’être bien « vigilant » sur le fait que la dimension « Usages publics de l’histoire » soit toujours bien présente (ce qui est le cas ici car il y a bien une partie du colloque qui questionne les enjeux mémoriels et les échos contemporains de ces défaites). Il semble aussi important de privilégier le soutien à des initiatives qui ne trouvent pas forcément de financements institutionnels. La question sera à nouveau à l’ordre du jour de la prochaine réunion.
En cas de participation, il faut penser à demander des retours. Par exemple, quand l’association donne 3 000 euros pour les manuscrits de Robespierre ce serait bien que cela apparaisse dans les annales de la SER.

La séance est levée à 12h30.









lundi 4 février 2013

Les trafiquants de la mémoire ou la Vendée vendue... par P. Serna




Une fois, deux fois, trois fois et maintenant quatre fois !
En moins d’un an, la direction de la programmation de France 3, chaine publique, met à l’affiche, cette nuit, 4 février 2013, une émission au titre des plus nuancés, comme si le point d’interrogation devait lever un doute « Robespierre, bourreau de la Vendée ? ». Non spécialiste de la Vendée, et plutôt rétif, à tort, à la culture télévisuelle, j’avais décidé d’ignorer l’émission. Mais devant ce qu’il convient d’appeler un acharnement médiatique dont le but ou la conséquence est de créer une vulgate partagée et finalement acceptée à force d’être répétée et ânonnée, quelques réflexions s’imposent. Un génocide aurait eu lieu en Vendée et qui dit génocide dit forcément que le coupable de l’histoire ou celui que l’on peut comparer à Hitler n’est personne d’autre que Robespierre.

Le véritable génocide des uns est relativisé – 6 millions de personnes sont mises sur le même pied que 170 000 personnes- le génocide inventé des autres se trouve décontextualisé et rendu incompréhensible parce que bricolé et impossible historiquement à démontrer.

J’ai dû regarder l’émission deux fois pour mieux comprendre les ressorts émotionnels qui structurent le docu-fiction avec ses ficelles, comme le film des cadavres et squelettes, exhumés sur fond de film de musique d’horreur dès l’introduction, ou bien à d’autres moments, c’est une musique de série d’angoisse qui envahit l’espace sonore.

Passe encore sur les approximations historiques, les documents filmés non identifiés, les interprétations des personnes interrogées, par exemple la théorie selon laquelle l’étude des coups d’épée relèveraient d’une situation d’acharnement, là où quelques années d’études de combat à l’arme blanche amènent à des conclusions inverses pour qui connait la force d’un sabreur à cheval (1).

Passe les ignorances sur le contexte de guerre européenne, passe sur les interprétations fondamentales de la thèse sur la Vendée de Jean-Clément Martin, non utilisées, alors que l’ancien directeur de l’IHRF, auteur d’un travail magistral sur la Vendée et son invention est interrogé seulement sur des aspects factuels et en tout dernier lieu sur l’interprétation des faits, là où tous les autres historiens soutiennent de suite leur position, des positions différentes et le plus souvent hostiles, développant longuement leur interprétation… Passe sur l’ignorance de ce qu’est dans l’histoire longue des répressions, les formes de mises à sac que des troupes militaires peuvent perpétrer sur des populations civiles comme un fait connu, et hélas déjà bien intégrées par les populations de Provence, des Cévennes dans la mémoire douloureuse des armées catholiques du roi massacrant des sujets protestants de sa majesté, bien avant la Vendée. Passe sur le feint étonnement de voir des ennemis traités de brigands et donc pourchassés et exécutés lorsque pris les armes à la main… comme si les cours prévôtales d’Ancien Régime et de la guerre des farines en 1775 et 1776 n’avaient pas connu le terme de brigand. Passe sur l’incapacité à penser la spécificité des combats entre militaires de lignes et population civiles révoltées qui, sous toute latitude, conduit les premiers à une férocité disproportionnée parce qu’ils ne reconnaissent pas aux seconds le statut de combattant, élément expliquant l’ensauvagement des guerres civiles.

A ce propos, passe aussi le long entretien demandé au spécialiste des guerres révolutionnaires, Bernard Gainot dont tous les propos ont disparu (censuré ?) au montage. Il avait osé comparer et montrer des parallèles entre la violence extrême des soldats bleus, et la brutalité sans limite des soldats anglais au même moment contre les patriotes irlandais, finissant par inquiéter leurs officiers soucieux de voir se transformer en animaux féroces leurs soldats, selon les témoignages de l’époque. Surement les propos de Bernard Gainot, maître de conférence habilité à la direction de recherches, ne cadraient pas avec la volonté délibérée de démontrer l’unicité du crime franco-français, hors de tout contexte de guerre…

Passe l’ignorance de Stéphane Courtois faisant preuve de sa demi-science en soutenant que le concept de crime contre l’humanité avait été inventé en 1944. S’il connaissait un tant soit peu l’an III et la réaction thermidorienne il saurait que les contemporains eux mêmes et Cambon en particulier ont conscience de l’importance de la violence qui vient de se déchaîner (qui le nie ?) et emploie déjà l’expression dès l’automne 1794 (2).

La litanie peut être longue. On arrête ici le démontage de la manipulation d’histoire et de la transformation des faits au profit de deux thèses : il y eut génocide, mieux « dépopulation » (ce n’est pas nous qui le disons, affirment les concepteurs de l’émission, c’est Babeuf lui-même, donc on peut le dire après lui, belle démonstration d’une imposture méthodologique : une fois, l’on utilise les propos des révolutionnaires contre eux, une autre fois pour la cause de la démonstration !!).

Deux point cruciaux, car ils sont les structures invisibles de l’émission, retiennent l’attention tant ils encadrent l’émission et constituent les deux bornes idéologiques sur lesquelles se construisent les deux supercheries constitutives du message matraqué pour la quatrième fois le 4 février.


Les deux mensonges de l’émission

Le premier est répété par S. Courtois, qui n’a jamais travaillé sur la Révolution française, et qui comme tous les convertis à la cause adverse de ce qu’il a adoré dans sa jeunesse, a fait son fonds de commerce de la détestation de tout ce qui est resté un peu plus à gauche que lui dans le monde universitaire, sans partager ses outrances de jeunesse. Comportement des plus banals. S. Courtois assène donc qu’en France, il est impossible de critiquer la Révolution ! Il est le premier historien à intervenir dans l’émission, l’un des derniers à donner son avis final, alors qu’il n’a jamais travaillé sur la période. Son avis est net. En France « on ne touche pas à la Révolution ». Dont acte. Mais qu’à cela ne tienne dans cette émission, des journalistes courageux vont défaire le mythe pour faire la lumière sur le génocide, ou pas ... La seconde posture qui encadre le film est celle de R. Sécher qui soutient sans hésiter l’idée que l’on tue deux fois la Vendée par l’opération du mémoricide. Selon le polygraphe, on tue une seconde fois la Vendée en l’oubliant systématiquement, en refusant d’en parler, en l’omettant sciemment des histoires. Ces deux faits énoncés aux moments clés de l’émission constituent le principal piège du documentaire qu’il faut avoir à l’esprit.

Pour cela, il faut convoquer le livre de Pierre Vidal Naquet pour bien comprendre le fonds négationniste de cette présentation historique et sa recette que le grand historien de la mémoire assassinée et spécialiste des négateurs des chambres à gaz a construit. P. Vidal Naquet explique la ruse du fonctionnement des négationnistes : il s’agit de construire une fausseté que personne n’a jamais soutenue, pour, en la déconstruisant, remettre en doute une autre vérité qui, elle, a été établie (3). Que font d’autres S. Courtois et R. Sécher que d’utiliser ce procédé pour mettre en doute la valeur de la Révolution et instiller l’idée d’une volonté politique et planifiée de destruction d’une population ?

Première contre vérité patente donc : en France on ne critique pas la Révolution , on n’y touche pas…Mais dans quel monde vit S. Courtois ? Depuis le 15 juillet 1789, on n’a cessé de critiquer, vilipender, détester, démonter et blâmer la Révolution. Depuis le 15 juillet 1789, dans ce pays, il y a au moins 10 % de la population qui n’a jamais accepté la Révolution, ses principes, ses valeurs et qui l’ont exprimé… parce que le nouveau régime leur en a donné le droit. Ils n’ont cessé de s’exprimer, au mieux dans la meilleure tradition libérale des études historiographiques, depuis Madame de Stael jusqu’à François Furet. La révolution a été l’objet de critiques parfois fondées, acceptables , mais permanentes, continues, à livres édités à des dizaines de milliers d’exemplaires. A qui fera–t-on croire qu’en France « on ne touche pas la Révolution » ? C’est là une contre vérité qui permet d’inventer un doute là où toute la verve anti et contre révolutionnaire s’est toujours tranquillement exprimée. Et que l’on ne prenne pas comme exemple la chaire d’histoire de la Révolution française que j’ai l’honneur de diriger, comme exemple d’une volonté d’imposer un seul discours. Elle a été explicitement fondée pour contrer Taine et Sorrel qui ne cessaient de massacrer l’héritage de la Révolution en présentant une lecture univoque aux jeunes élites de la France en 1880-1890 ! Comme dans le procédé négationniste, disséqué par Vidal-Naquet, cette fausseté permet d’instiller l’idée que la République cache quelque chose, une histoire monstrueuse , le crime de la Vendée et son oubli.

Car c’est là le second mensonge patenté soutenu par M. Sécher, l’idée du mémoricide qui repose sur le même principe : on veut oublier donc on veut cacher le génocide. La fable du mémoricide est donc construite. On aurait voulu occulter la Vendée. Mais combien de centaines et de centaines, voire de milliers d’ouvrages ont été écrits sur tous les épisodes sanglants de la Vendée depuis 1793 ? En affirmant cette contre vérité patente, l’auteur du pamphlet invente une fable avec tous les atours de la vérité pour instiller un autre mensonge, celui du génocide caché par la République et ses universitaires. Mais où est passée dans cette émission le travail de Jean-Clément Martin, certes interrogé mais point sur le fonds de son travail. Cet historien est le fondateur d’une autre vérité, sur l’absence d’un pouvoir au printemps 1793, capable de contrôler les troupes militaires, fin observateur de la manipulation à Paris, par les différentes factions de la violence désordonnée en Vendée pour s’imposer dans la capitale, en inventant "la Vendée" (4) ? Ce n’est pas là un oubli des contemporains ni des historiens mais au contraire une sur-présence de cette violence, de son récit, de son traumatisme et de ses séquelles dans la mémoire de l’Ouest de la France et de la république allant jusqu’à imaginer et nommer un espace qui n’existait même pas en tant que tel avant la Vendée !! de tout cela rien. Ou plutôt si avec l’aplomb des négationnistes connus dans d’autres champs : la fausseté affirmée avec une certitude sans faille. Ne tombons pas dans le piège de la surenchère. Ici, ce ne sont même pas des assassins de la mémoire, tout au plus des trafiqueurs de l’histoire. C’est leur droit, ils ne poursuivent qu’une longue généalogie de fossoyeurs des faits historiques, les fossoyeurs d’une histoire complexe, nuancée, douloureuse mais faisant sens, de la république. Les trafiquants du doute bricolent la montée de l’audimat… France 3 se prête à ce jeu, et nombre de leurs lecteurs n’ont jamais constitué une minorité brimée… Heureusement quelques historiens ont encore un peu de mémoire, la cultivent, non pour raconter la fable rose ou le livre d’horreurs du passé, mais pour comprendre et expliquer la violence outrancière des guerres civiles dans leur contexte.


Pierre Serna, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution française.


(1) P Brioist, H Drévillon , P Serna, Croiser le fer, culture et violence de l’épée dans la France moderne XVI-XVIIIe siècle, Seyssel Champ vallon, 2002 réed. 2008
(2) « Cambon à la séance du 3 frimaire an III affirme que « Carrier a participé à des actes atroces exercés à Nantes, contre l’humanité », Moniteur XXII, p 595
(3) Pierre Vidal Naquet, Les Assassins de la mémoire, « Un Eichmann de papier » et autres essais sur le révisionnisme), 1981, Paris Maspéro.
(4) Depuis 1985, et la parution au Seuil de La Vendée et la France, Jean-Clément Martin, auprès d’un lectorat nombreux n’a jamais cessé de travailler sur la guerre de Vendée et sa mémoire, renouvelant sans cesse ses travaux, ses analyses, offrant régulièrement au public l’avancée des travaux les plus récents et fort nombreux sur la guerre civile dans l’Ouest de la France

vendredi 25 janvier 2013

Assemblée générale annuelle du CVUH




Les membres du conseil d’administration du  CVUH a le plaisir de vous informer de la tenue de

L’ASSEMBLEE GENERALE ANNUELLE DE L’ASSOCIATION

SAMEDI 9 FEVRIER 2013 à 10h

Elle se tiendra à l’EHESS, 190-198 avenue de France, paris 13° salle A

Rapport moral
Rapport financier
Renouvellement du CA
Projets
Collection Passé&Présent
Le site du CVUH
Questions diverses


Cette année l’Assemblée Générale sera suivie d’un pot convivial offert par le bureau de l’association.

lundi 14 janvier 2013

L'Italie et ses crimes, un mausolée pour Graziani.

Cet article d'Olivier Favier a d'abord été publié sur son blog et migre aujourd'hui sur celui du CVUH. Nous remercions son auteur pour nous en avoir proposé la publication.


Inauguration du mémorial de Graziani à Affile le 11 août 2012.

Affile est une commune de 1 500 habitants à 70 km au sud-est de Rome. Dans ce village, le 11 août dernier, le maire a inauguré un mausolée au maréchal Rodolfo Graziani. Son corps repose au cimetière communal, depuis sa mort en 1955. Le monument a coûté à la région du Latium la somme de 230 000 euros(1), officiellement destinés à l’entretien du parc de Radimonte et à l’érection d’un monument “au soldat”. Nulle part, dans la demande présentée par le maire, le nom du dit “soldat” n’a été précisé, et le terme a été entendu par les autorités compétentes dans un sens générique. À ceux qui ont cru à une mauvaise plaisanterie, le maire a répondu clairement: «À Affile, quand on dit “le soldat”, on ne veut rien dire d’autre que Graziani»(2). Les dites autorités, il est vrai, n’ont pas été très vigilantes. En mai, le même maire avait inauguré un buste en bronze de Giorgio Almirante, sur la place du même nom. Il remplaçait un buste en marbre, précédemment détérioré.
Deux « petits Républicains ».
Rodolfo Graziani et Giorgio Almirante ont plusieurs points communs. Le premier a été le président d’honneur du MSI, que le second a cofondé en 1946 et dirigé de 1947 à 1949 puis de 1969 à 1987. Le MSI, Mouvement Social Italien, a un nom qui sonne un peu comme RSI, République Sociale Italienne, et ce n’est pas le fruit du hasard. La RSI, mieux connue sous le nom de République de Salò, est le petit régime(3) fasciste et fantoche, parce qu’à la solde du puissant allié nazi, qui a fait régner la terreur en Italie du nord, de 1943 à 1945. Le MSI, dit-on dans les milieux autorisés, peut aussi se lire comme Mussolini Sempre Immortale. Mussolini Toujours Immortel.

Avant que d’être les flambeaux du néofascisme(4), Rodolfo Graziani et Giorgio Almirante ont combattu dans la dite RSI, le premier comme Ministre de la défense puis des Forces armées, le second comme officier puis chef de cabinet du MiniCulPop, le Ministre de la culture populaire.
Du 25 avril 1945, jour de la mort de Benito Mussolini, à l’automne 1946, Giorgio Almirante choisit la clandestinité. Il reçoit l’aide d’un ami juif de sa famille, qu’il a sauvé de la déportation. La République de Salò a joué dans la Shoah un rôle actif, essentiel, comme dans la chasse aux partisans. En 1971, L’Unità publie la reproduction d’une affiche de mai 1944, signée de Giorgio Almirante, justement. Cette affiche donne localement la consigne de fusiller dans le dos les sbandati -les réfractaires à la conscription- qui ne se seraient pas promptement rendus ou seraient trouvés les armes à la main. Un mois plus tard, dans le même secteur, 83 mineurs ont été passés par les armes.
Sa vie durant, Giorgio Almirante cultive les contradictions. En 1984, il va se recueillir, rue des “Boutiques obscures”, sur le cercueil « d’un homme extrêmement honnête », le secrétaire général du Parti communiste italien, Enrico Berlinguer. Celui qui pleure ce jour-là est le même qui a salué en 1973 le coup d’état d’Augusto Pinochet, et avec lui la mort de Salvador Allende. Le même encore qui, en 1972, aide un terroriste d’extrême-droite à échapper à la justice, alors qu’il est impliqué dans la mort de trois carabiniers.
Giorgio Almirante meurt en 1988. Douze ans plus tard, on crée un prix à son nom: il récompense la meilleure œuvre de dramaturgie italienne.
En 1945, Rodolfo Graziani est lui bien trop célèbre pour se fondre dans le paysage. Il se rend aux alliés le 29 avril à Milan, est incarcéré un mois à Rome avant d’être envoyé en Algérie. Il est de retour dans une prison italienne, à Procida, en février 1946. Durant cette période, il écrit trois livres. Il est tenu à l’écart de la généreuse amnistie de juin 1946, ordonnée par Palmiro Togliatti, Ministre de la Justice et Secrétaire général du Parti communiste, ancien bras droit de Staline à Moscou. Rodolfo Graziani est jugé en deux fois par la justice italienne, d’octobre 1948 à février 1949, puis de février à mai 1950. Il est finalement condamné à 19 années de prison, pour le seul fait de collaboration avec l’ennemi. Remise de peine oblige, il est libéré en août.
 Deux « savants racistes italiens ».
Avant la guerre, Rodolfo Graziani et Giorgio Almirante sont parmi les 320 signataires -intellectuels et politiques- qui soutiennent le Manifeste des savants racistes italiens, connu sous le nom de Manifeste de la race. Rédigé principalement par Mussolini, il est d’abord signé par dix universitaires du régime, publié dans Il giornale d’Italia le 15 juillet 1938, puis, nouvelles signatures à l’appui, dans La difesa de la razza, une revue du régime créée pour l’occasion. En septembre, Giorgio Almirante en devient le secrétaire de rédaction(5). Ce manifeste est le coup d’envoi de la politique raciale du régime, mise en place à l’automne 1938(6). Mais la pratique est déjà bien présente, avec la « pacification » libyenne et la guerre d’Éthiopie.
En cette année de grand tournant des persécutions -les Lois raciales italiennes précédent de peu la Nuit de cristal- Giorgio Almirante n’est qu’un journaliste et militant fasciste de 24 ans, très prometteur bien sûr. Rodolfo Graziani, lui, est maréchal depuis deux ans. Quelques mois plus tôt, il a atteint le sommet de sa carrière coloniale par un titre éphémère de Vice-Roi d’Éthiopie, dédaigneusement cédé par Pietro Badoglio(7). Ce dernier, qu’il n’aime pas, devient son supérieur hiérarchique direct en 1939. Graziani est alors chef d’état major de l’armée d’un Badoglio chef d’état major général. L’un veut la guerre, l’autre la sait perdue d’avance. À l’été 1943, Badoglio fait arrêter Mussolini et Graziani échappe de peu à la prison. Le 8 septembre, l’armistice est signé. En octobre, Badoglio et le gouvernement officiel sont rangés du côté des alliés.

Boucher double.
À l’instar de nombre de militaires de l’époque -et cela vaut bien entendu pour la France-, c’est une carrière africaine qui a mené Rodolfo Graziani aux avant-postes de la politique nationale. Une carrière commencée en 1908 en Érythrée, poursuivie avec la guerre italo-turque de 1911-1912, qui voit l’Italie s’emparer de la Libye et se livrer, au passage, au premier bombardement aérien de l’Histoire. Pendant la Grande Guerre, Rodolfo Graziani combat en Europe, devient, en 1918, à l’âge de 36 ans, le plus jeune colonel d’Italie. Secrètement condamné à mort durant le Biennio Rosso, ces deux années d’agitation révolutionnaire, il reprend du service en 1921, un an avant l’arrivée du fascisme. On l’envoie affermir les positions italiennes en Tripolitaine puis en Cyrénaïque. Ses méthodes sont brutales: il use de colonnes mobiles depuis longtemps éprouvées par l’armée coloniale française, crée des camps de concentration. En 1931, il finit par faire pendre, devant une foule médusée, un grand chef de guerre de 69 ans, Omar Al Mokhtar. Pour venir à bout des rebelles, il les contraint à vivre dans le désert, derrière un mur de barbelés. On estime à 100 000 morts, sur une population de 800 000, les pertes occasionnées par l’occupation italienne en Libye sur cette période, dont 40 000 dans les camps: ces proportions sont proches de celles d’un génocide. Quant à Graziani lui-même, son rôle dans le Fezzan lui vaut une première fois le surnom de «boucher»(8).
Durant la guerre d’Éthiopie, il commande l’offensive sud, depuis la Somalie. Il est le premier à ordonner des bombardements aux gaz -dont l’usage ne sera reconnu par le ministre de la défense italien qu’en 1996. Devenu vice-roi, il est victime d’un attentat le 19 février 1937 dont il ressort grièvement blessé. Dans Addis-Abeba, ce sont trois jours de représailles sauvages qui font autour de 4 000 morts. En mars, Rodolfo Graziani s’en prend aux « chanteurs ambulants, aux clairvoyants et aux sorciers », perçus comme des « perturbateurs de l’ordre public ». Nombre d’entre eux sont arrêtés ou exécutés(9). Le 19 mai, il ordonne l’éradication de l’élite du clergé éthiopien à Debré Libanos. Le massacre s’étend de nouveau sur trois jours et fait quelques 500 morts. À la suite de ses méfaits, le maréchal Graziani est surnommé le « boucher d’Éthiopie ». En 1959, un obélisque est dressé dans le centre d’Addis-Abeba en souvenir de ses massacres. Hors des frontières, aucune des plaintes soumises par l’Éthiopie à l’ONU après-guerre ne donne lieu à des enquêtes. L’Italie et le Royaume-Uni bloquent toute procédure(10).
Signe des temps sans doute, mais l’indignation soulevée en août 2012 par l’érection du mausolée -en Espagne sur El Pais, en Grande-Bretagne à la BBC et sur le Daily Telegraph, aux États-Unis sur le New York Times- n’a pas seulement porté sur le rôle joué par Rodolfo Graziani durant la république de Salò. Dans un monde où l’on se met parfois à penser que la mort d’un homme noir vaut bien celle d’un homme blanc, ces deux années européennes apparaissent naturellement comme la dernière étape d’un parcours obstinément mortifère.
Ce n’est sans doute pas un hasard si l’Italie a réagi si tardivement. Elle n’a jamais fait ses comptes avec le fascisme et encore moins avec son passé colonial, qui dans le parcours Rodolfo Graziani disent à peu près tout de leur nature profonde. La véritable mobilisation, menée par l’ANPI -association nationale des partisans d’Italie- ainsi que par le collectif littéraire Wu Ming(11), n’a été accompagnée d’articles sur les grands quotidiens qu’avec un mois et demi de retard, fin septembre.
Entre temps, des graffitis ont été laissés par des révoltés anonymes, puis en novembre des silhouettes en papier découpé ont été apposés sur ces murs, où sont énumérés les crimes du Rodolfo Graziani. Ces gestes salutaires ont été parfois décrits dans la presse comme des actes de vandalisme ou de terrorisme. On a fait état d’enquêtes policières, fructueuses semble-t-il. Une fois de plus, on a confondu justice et légalité.
Ce n’est peut-être pas un hasard non plus si la France a pratiquement fait silence sur cette histoire(12). Le parcours colonial de Rodolfo Graziani possède ici certains équivalents de taille, eux aussi honorés. Cette indifférence toutefois appelle une conclusion, qu’on espère provisoire: dans cet énième accrochage mémoriel, les enfants de Salò ont gagné.

Pour aller plus loin:
•               En plus des liens indiqués en note, voir sur ce site les rubriques L’Italie derrière la mémoire et À l’Ouest d’Aden.
•               En italien, on lira avec profit le livre d’Angelo Del Boca, Italiani, brava gente ?, Neri Pozza, Vicenza, 2005. Excellent et très complet compte-rendu en français de Gilbert Meynier, repris sur le site de la LDH Toulon.
•               En italien, un entretien de l’africaniste italien Alessandro Triulzi sur La Repubblica, daté du 5 octobre 2012. Il est aussi l’un des fondateurs et le président de l’Archivio Memorie Migranti.
•               En italien, un article du grand journaliste Gian Antonio Stella, sur Il Corriere della sera, du 30 septembre 2012, sur les crimes coloniaux de Graziani.
•               Toujours en italien, par l’historien Alessandro Portelli, excellent analyste du révisionnisme à l’italienne, le compte-rendu de la journée de manifestation du 13 novembre, à Affile. Pour comprendre quelques unes des spécificités de ce révisionnisme, litre l’introduction de son livre, L’ordre a déjà été exécuté. Rome, Les Fosses ardéatines, la Mémoire, Donzelli, Rome, 1999 (nouvelle édition en 2001), ici traduite en français. Pour une mise au point plus récente, voir mon article sur ce site: « La mauvaise herbe ne meurt jamais: des fosses ardéatines à l’Internationale noire ».
•               L’article ci-dessus a été repris intégralement sur Bellaciao, Sortir du colonialisme, signalé sur Rue 89, et cité dans un dossier synthétique et très bien fait de la LDH Toulon.
•               Et pour finir, parlons français.

1.             De l’aveu même du maire de la ville, et non 127 000 comme on le lit ici et là. Voir “Metro”, interview de Sergio Rizza, 04/09/2012. [tous les liens ont été consultés le 21/12/2012] [↩]
2.            Ibid. [↩]
3.            On surnomme ses partisans les Repubblichini -et non les Repubblicani- autrement dit les “petits” Républicains. [↩]
4.            Rappelons que l’actuel président de la Chambre des députés à Rome, Gianfranco Fini, a été le dernier secrétaire général du MSI “historique” de 1987 à 1995. [↩]
5.            Voir Patria Indipendente du 21/01/2007. [↩]
6.            Sur cette question longtemps sous-estimée (elle est tout simplement passée sous silence dans la discutable Histoire de l’Italie du Risorgimento à nos jours du journaliste et diplomate Sergio Romano), voir Marie-Anne Matard-Bonucci, L’Italie fasciste et la persécution des Juifs, Paris, Perrin, 2007 et notre entretien avec l’auteure et l’écrivain Aldo Zargani “Mémoire littéraire, mémoire historique, entretien croisé sur l’Italie des lois raciales (1938-1945)”. [↩]
7.            Lui aussi signataire du Manifeste de la race en 1938, Pietro Badoglio a les honneurs d’un musée dans une petite commune du Piémont, rebaptisée à son nom. Pendant la guerre d’Éthiopie, il est l’ordonnateur de quelques 65 bombardements à l’Ypérite sur le front nord. Après la guerre, il est inclus dans la liste des criminels de guerre déposée par Addis à l’Onu. [↩]
8.            Voir sur ce site “Libye et Italie, une curieuse idylle postcoloniale”. [↩]
9.            Voir Anne Bolay, « Les poètes-musiciens éthiopiens (azmari) et leurs constructions identitaires »Cahiers d’études africaines, 176 | 2004, et Renato Sarti, Mai morti (Debré Libanos), traduit par Ève Duca. [↩]
10.        Voir sur ce site “La guerre d’Éthiopie, un inconscient italien.” [↩]
11.         Voir en particulier le dialogue très instructif entre Wu Ming 2 et Giuliano Santoro traduit pour Article 11 par Serge Quadruppani le 10 décembre 2012. L’ANPI a porté plainte contre le maire d’Affile le 20/09/12 pour apologie du fascisme. [↩]
Saluons le communiqué de RFI, le 17 août.  Voir aussi court reportage d’Arte en date du 31/10/201


mardi 4 décembre 2012

Les Cahiers d'Histoire fêtent leurs 40 ans !




Les Cahiers d’histoire, toute une histoire...


Des Cahiers de l’Institut de Recherches marxistes aux Cahiers d’histoire. Revue d’histoire critique : 1972-2012,

40 années dans la vie d’une revue




Vendredi 7 décembre 19H-21H


Place du Colonel Fabien, salle des conférences

6, ave Mathurin Moreau Paris 19e (métro Colonel Fabien)


L’histoire engage toujours : qu’est-ce qu’une histoire engagée ? quelle est l’histoire dont les luttes émancipatrices ont besoin ?

Historien/nes, acteurs, actrices politiques, associatifs en discuteront.
Présences annoncées : Gilles Candar (historien, Président de la Société d’études jaurésiennes), Laurence de Cock (historienne, Aggiornamento hist-géo), Laurent Colantonio (historien, Université de Poitiers, président du CVUH), Alexis Corbière (secrétaire national, Parti de Gauche), Nicolas Dutent (revue du Projet, PCF), Elisabeth Gauthier (directrice Espaces Marx), Mohammed Ouaddane (Réseau Mémoires-Histoires en Ile-de-France), Rosa Moussaoui (journaliste, L’Humanité), Gilles Pécout (historien, Ecole normale supérieure, Paris), Eloi Simon (animateur UEC).
Rencontre animée par Anne Jollet et Pascal Guillot, rédaction des Cahiers d’histoire.


Samedi 8 décembre 9H30-18H30
Salle Dussane, ENS, 45, rue d’Ulm, 75005 Paris (métro Censier, Luxembourg, bus 27, 21, 89)


Les Cahiers font leur histoire

Introduction : Anne Jollet, coordonnatrice de la rédaction des Cahiers d’histoire. Revue

d’histoire critique
9H45 H-11H15

Des acteurs des années 1970-1980 à celles et ceux d’aujourd’hui : quelle revue pour quelle histoire ?

Présences annoncées : Roger Bourderon (historien, ancien rédacteur en chef des Cahiers), Richard Lagache (ancien secrétaire de rédaction), Frédéric Genevée (ancien rédacteur en chef), Maurice Genty (ancien secrétaire de rédaction), Annie Lacroix-Riz (ancienne membre du comité de rédaction), Francette Lazard (ancienne dirigeante de l’Institut de Recherches marxistes), Marie-Claude L’Huillier (ancienne membre du comité de rédaction), Roger Martelli (ancien rédacteur en chef), Jean-Yves Mollier (historien, membre du Conseil de rédaction), Jean-Paul Scot (historien), Jean-François Wagniart (membre du comité de rédaction), Claude Willard (historien).
Rencontre animée par Guillaume Quashie-Vauclin et Annie Burger
PAUSE
11H30 – 13H

L’histoire du communisme, au cœur de l’histoire des Cahiers d’histoire ?

Présences annoncées : Giorgio Caredda (historien, Université la Sapienza, Rome), Michel Dreyfus (directeur de recherche émérite, CNRS, université de Paris 1), Natacha Lillo (historienne, université de Paris-Diderot Paris 7), Roger Martelli (historien), Claude Pennetier (directeur du Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier Jean Maitron), Antony Todorov (politiste, Nouvelle université bulgare de Sofia), Serge Wolikow (historien).

Table ronde animée par Marco di Maggio BUFFET

14H15- 15H45


L’histoire des Cahiers d’histoire : quelle place pour l’histoire des révolutions et des luttes sociales ?

Présences annoncées : Fabien Archambault (historien, Université de Limoges), Pascal Dupuy (historien, Université de Rouen), Caroline Fayolle (historienne, Université de Paris VIII), Claude Mazauric (historien), Stéphane Sirot (historien).
Table ronde animée par Jean-Numa Ducange et Chloé Maurel PAUSE
16H00- 17H30

L’histoire des Cahiers d’histoire: histoire des dominations, histoire des subversions, une histoire des émancipations ? Histoire des savoirs, histoire du genre ,histoire coloniale et post-coloniale.

Présences annoncées : Catherine Blain (architecte , Ecole d’architecture de Versailles), Catherine Coquery-Vidrovitch (historienne), Jacques Couland (historien), Didier Monciaud (historien), Jérôme Lamy (historien des sciences, Université de Toulouse 2), Massimo Prearo (politiste, Université de La Rochelle).

Table ronde animée par David Hamelin et Frank Noulin 17H30-18H30

Conclusion


Les Cahiers vus d’ailleurs : quel devenir pour une revue d’histoire critique en 2012 ?

Diront leur point de vue : Pierre Boichu (Archives départementales de Seine-Saint-Denis), Blaise Dufal (médiéviste), Priscilla Ferguson (sociologue, Université de Columbia, Etats- Unis), Laurent Willemez (sociologue, Université de Saint-Quentin-en-Yvelines).


Contacts : http://chrhc.revues.org/ 01 42 17 45 27/06 89 93 03 71 http://www.facebook.com/cahiers.dhistoire
Adresse 6 avenue Mathurin Moreau 75167 Paris cedex 19

Nous remercions la Fondation Gabriel Péri pour le soutien apporté à cette manifestation http://www.gabrielperi.fr/