dimanche 10 juin 2012

"Métronome" : un succès historique ?


"Métronome" dans ses différentes versions (brochée, 
brochée illustrée et télévisée)


Souvenez vous, c'était en septembre 2009. Lorànt Deutsh publiait sa première Histoire de France au rythme du métro parisien intitulée "Métronome". Porté par une critique unanime, le livre, devenu best-seller, s'est durablement installé dans les rayons histoire et sciences humaines des distributeurs. Ainsi adoubé, les produits dérivés de l'exemplaire d'origine (version illustrée, documentaire pour France 5, site internet avec carte interactive) se sont multipliés. Miraculeusement, Lorànt Deutsh semble avoir réussi, là où les historiens échouent : rendre leur discipline populaire et accessible. 

Mais quelle histoire nous donne-t-il à lire ? Livre en main, William Blanc et Damien Boone nous proposent deux lectures critiques... 


 Métronome de Lorànt Deutsch. 

Un défi lancé aux historiens. Les historiens ne peuvent ignorer Métronome de Lorànt Deutsch. Vendu à plus d'un million et demi d'exemplaires, vu par 1,3 million de téléspectateurs lors de la seconde diffusion en prime time sur France 5 le 4 juin 2012, l'ouvrage est devenu un vrai phénomène social et même historiographique qu'il convient d'analyser, ne serait-ce que parce qu'il remet en cause, sur un ton très badin, les fondements mêmes de la discipline historique. 

 Les choix de Lorànt Deutsch

L'acteur, qui prétend remettre de l'ordre dans une histoire qu'il estime « déséquilibrée » [1], ne cesse par exemple d'étonner par ses choix. Dans le chapitre consacré au XXe siècle, alors qu'il décrit sur une page et demie la manifestation d'extrême droite du 6 février 1934 [2], il ne consacre ainsi que trois lignes à l'Occupation allemande en évitant soigneusement de parler de toute collaboration [3]. Pour le reste, le lecteur attentif redécouvre un récit héroïque comme pouvait le proposer Le Tour de la France par deux enfants. Les rois et les saints catholiques en sont les héros et le moteur. Paris, et a fortiori l'État, leur doit tout. Preuve en est des monuments qu'ils auraient laissés là comme autant de marques de la permanence de leur œuvre. Face à eux, un peuple informe, jamais individualisé (sauf par quelques rares tribuns toujours issus des classes aisées), s'opposant toujours sans que l'on sache trop pourquoi au « progrès » impulsé par les monarques, dont la caractéristique la plus saillante reste la violence aveugle qui l'aurait amené à détruire lors de la période révolutionnaire une partie de ce patrimoine qu'affectionne tant Lorànt Deutsch [4]

La différence de traitement est criante lorsqu'on analyse le traitement des mouvements populaires dans le Métronome. Alors que 8 pages sont consacrées à saint Denis, 13 à sainte Geneviève, 15 à Pépin le Bref, la Commune de Paris et ses 20 000 morts n'ont droit qu'à un petit paragraphe. Et en quelques lignes, pas question d'expliquer pourquoi le peuple parisien s'est soulevé en 1871. Tout au plus l'acteur parle-t-il d'une « fureur populaire » [5] venue d'on ne sait où et de soldats rompant les rangs, parce que « fatigués, démoralisés, déboussolés. » [6]. L'épisode de la Commune sera même ignoré lors de l'adaptation télévisuelle au profit d'un panégyrique de l'oeuvre d'Haussmann. 

Pour comprendre la construction de ce récit, il suffit de prêter attention aux déclarations de l’acteur qui affiche bien haut ses convictions royalistes et catholiques ultra et milite pour un « nouveau Concordat ». Il affirme ainsi que « sans religion et sans foi, on se prive de quelque chose dont on va avoir besoin dans les années à venir » et que l'Histoire « de notre pays s’est arrêtée en 1793, à la mort de Louis XVI. Cet évènement a marqué la fin de notre civilisation. » [7] Autant de convictions, en fin de compte, qui le poussent à remettre au goût du jour un récit héroïque poussiéreux et figé, dédaigneux des débats et des avancées de la recherche historique. Mais jusqu'à quel point ? 

 Aux sources de la méthode Deutsch 

Après analyse, il s'avère que Lorànt Deutsch va jusqu'à inventer des faits pour embellir son histoire. Le Louvre aurait été ainsi construit par le père de Clovis (preuve de la permanence de l'action royale), et les communards auraient tenté de détruire la colonne de Juillet en la bombardant depuis Montmartre (preuve de leur violence aveugle). Pinaillages, nous répondra-t-on ! Pas si l'on comprend que ce procédé interroge la limite de l'Histoire. S'il est entendu qu'elle ne peut (et ne doit) pas être l'apanage des seuls historiens, s'il est entendu qu'elle soit vulgarisée, il est essentiel qu'elle obéisse à certaines règles scientifiques, dont la lecture et la critique des sources (que Lorànt Deutsch ne cite presque jamais) restent la clef. Oublier ce principe, c'est laisser la porte ouverte à toutes les inventions, à toutes réécritures, même les plus nauséabondes. On nous objectera que Lorànt Deutsch se défend parfois d'écrire de l'Histoire. C'est oublier un peu vite qu'il prétend, en introduction de Métronome, le contraire (« L'Histoire est devenue mon métier » [8]), qu'il clame dans certaines interviews être soutenu par des historiens et que son livre est vendu, dans les librairies, au rayon histoire. 

Ces erreurs ne constituent pas un simple oubli. Lorànt Deutsch oppose en effet très clairement son idéologie et le fait scientifique lors de son passage sur France Inter dans l'émission Les Affranchis du 18 avril 2012 : « L’idée n’était pas le fait, mais le fait ne doit pas l’emporter sur l’idée. Par moment, c’est l’idée qui est constitutive d’une réalité historique même si elle n’est pas inscrite dans le fait, elle est inscrite dans l’idée, c’est-à-dire qu’on voulait le faire, qu’on y pensait, c’était quelque chose de projeté. L’idéologie ne doit pas être détruite au nom du fait scientifique. » La dernière opposition est intéressante à plus d'un titre. L'acteur place autoritairement les historiens dans la position des défenseurs d'une science « froide », figée dans le rôle d'énonciateurs de faits imposés sans débat (alors que la science historique repose au contraire sur un débat aux règles acceptées par tous).

 La construction d'une autorité 

Pourtant, au contraire d'une science débattue publiquement, Métronome représente bien un point de vue imposé d'un haut et érigé en fait indiscutable parce qu'indiscuté, jusqu'à en faire un ouvrage de référence. Ignoré par la plupart des spécialistes de moins en moins enclins à verser (faute de temps, de volonté, d'accès aux médias) dans l'exercice difficile (et pourtant essentiel) de la vulgarisation, adoubé par des responsables politiques (Robert Hue, mais aussi Bertrand Delanoë qui lui a remis, le vendredi 4 juin 2010, la médaille vermeille de la ville de Paris pour son livre) et scolaires (Lorànt Deutsch est intervenu plusieurs fois devant des classes) et surtout encensé par la presse écrite et audiovisuelle qui n'hésite pas à le présenter comme un livre d'Histoire [9], Métronome est en passe de faire autorité pour ses millions de lecteurs, une autorité construite médiatiquement qu'il est de plus en plus difficile de remettre en cause depuis son adaptation télévisuelle en avril 2012 sur une chaîne de service public. 

L'action des historiens de terrain et des éducateurs populaires, incitant plus à la réflexion et au débat qu'à la consommation d'images d'Épinal, s'en trouve mis à mal. Des années de travail patient, loin, très loin des cercles médiatiques dominants, sont parfois à reprendre à zéro face à cette offensive (dont Lorànt Deutsch n'est que l'exemple le plus connu. Nous pourrions, par exemple, parler des ouvrages de Franck Ferrand et de Dominique Casali) qui voudrait que l'Histoire se fige dans un réflexe identitaire crispé, où les Gaulois restent à jamais « nos » ancêtres, les saints « nos » saints (Lorànt Deutsch ne cesse d'employer le possessif en parlant d'eux) et les rois des héros. Un retour aux mythes inviolables chers à Barrès en contradiction avec la construction d'une société de citoyens libres. 

 Le Métronome. Une nouvelle histoire libérale ? 

L'analyse ne serait pas complète sans envisager Métronome pour ce qu'il est : un produit de consommation de masse, décliné sur plusieurs supports (écrit, audiovisuel, multimédia) dans lequel deux grands groupes industriels (France Télévision et la RATP) ont investi massivement (plus d'un million d'euros pour la série télévisée Métronome) et dont ils espèrent des retombés en terme d'image et de profit. Certes, cela a un goût de déjà-vu si l'on regarde la querelle opposant Pierre Vidal-Naquet à Bernard Henri-Lévy entre une histoire de qualité et un faussaire médiatique [10]. Mais le contexte a bien changé. À une époque où des menaces fortes pèsent sur les services publics de l'éducation et de l'université [11], Métronome est symptomatique d'une histoire qui se voudrait immédiatement rentable, purement utilitaire et en fin de compte privatisée, où celui qui possède de moyens financiers conséquents et un capital social important (sous forme de réseaux médiatiques), impose son point de vue à l'ensemble du public. Dans cette Histoire, la forme, inspirée des techniques de communication moderne et du storytelling (impossible en effet de détacher Métronome du récit, sans cesse répété, de son « auteur », sorte de cancre devenu historien à la seule force de sa passion, un « bon » opposé - dans un réflexe à nouveau très barrésien - à des « méchants » que sont les professeurs et les chercheurs [12]), importe plus que le fond, au point de ruiner, comme l'expliquait Cornelius Castoriadis, un « espace public de pensée » [13]

Que faire maintenant ? Réagir, réagir encore, et prôner, au sein des médias, un sain retour à la controverse public [14], sans laquelle il ne peut exister de science en démocratie. 

William Blanc
Président de l'association d'éducation populaire Goliard[s]
Doctorant en histoire médiévale


Pour plus d'informations 
Une analyse de la vision de Lorànt Deutsch de la Révolution française : http://www.goliards.fr/goliardises-2/la-revolution-version-deutsch-ou-lhistoire-yop/ 
Une analyse générale du phénomène Métronome : http://www.histoire-pour-tous.fr/actualite/58-television/4102-pour-en-finir-avec-lorant-deutsch-et-le-metronome.html William Blanc Président de l'association d'éducation populaire Goliard[s] Doctorant en histoire médiévale


Notes : 
1. Propos de L. Deutsch in Olivier Bailly, « Entretien avec Lorànt Deutsch : l'histoire sur toute la ligne », Nouvel Observateur, le 3 décembre 2009. 
2. DEUTSCH Lorànt, Métronome [version non-illustrée], Paris, Michel Lafon, 2011, p. 363-364. 
3. Idem, p. 361. 
4. Idem, p. 49, 53, 98, 108, 128, 139 et 323-337. 
5. Idem, p. 353. 
6. Ibidem. 
7. Interview de Lorànt Deutsch au Figaro le 5 mars 2011. 
8. Métronome, op. cit., p. 10. 
9. « Certes il a écrit son texte, mais il n’a pas inventé l’histoire. Il l’incarne avec justesse. C’est autant le bouquin d’un dévoreur d’histoire que celui d’un piéton parisien. », nous explique Olivier Bailly, loc. cit. Sa consoeur, Odile Quirot, nous explique que le Métronome est « un pavé d'une science impressionnante. » et que, si Lorànt Deutsch a d'abord lu des romans historiques, « il s'est plongé plus tard dans Michelet et Braudel. » Odile Quirot, « Lorànt Deutsch, le titi parisien », Le Nouvel Observateur, 6 novembre 2009. L'allusion à Braudel est évidemment faite pour donner une caution scientifique à l'ouvrage. 
10. Voir pour cette controverse passionnante, le site suivant : http://www.pierre-vidal-naquet.net/spip.php?article49
11. Voir par exemple ce texte du collectif Sauvons l'université, « Quelle Europe pour l’université ? » : http://blogs.mediapart.fr/edition/observatoire-des-reformes-des-systemes-de-formation-enseignement-et-recherche/article-89. 12. « Ce n’est pas l’école qui a amené Lorànt Deutsch à l’histoire, mais Paris. C’est en déambulant dans la ville qu’il s’est pris de passion pour elle. Il avait à peine quinze ans. » Olivier Bailly, loc. cit. Sur le storytelling, voir SALMON Christian, « Une machine à fabriquer des histoires », Le Monde diplomatique, novembre 2006 (voir en ligne : http://www.monde-diplomatique.fr/2006/11/SALMON/14124. Du même auteur, Storytelling la machine à fabriquer des histoires et à formater les esprits, Paris, La Découverte, 2007. 
13. Voilà ce qu'écrivait Cornelius Castoriadis en défense de Pierre Vidal-Naquet : « Plus insidieuse, l’imposture publicitaire n’est pas, à la longue, moins dangereuse que l’imposture totalitaire. Par des moyens différents, l’une et l’autre détruisent l’existence d’un espace public de pensée, de confrontation, de critique réciproque. La distance entre les deux, du reste, n’est pas si grande, et les procédés utilisés sont souvent les mêmes. » Cornelius Castoriadis, « L’industrie du vide », Le Nouvel Observateur, 9 juillet 1979. Ce texte, essentiel, est disponible à l'adresse suivante : http://www.pierre-vidal-naquet.net/spip.php?article49 et a été reproduit dans CASTORIADIS Cornelius, Domaines de l’homme. Les Carrefours du labyrinthe II, Paris, Seuil, 1986, pages 32 à 40. 
14. Sur l'importance des controverses en sciences « dures » et « molles », voir LATOUR Bruno, Cogitamus. Six lettres sur les humanités scientifiques, Paris, la Découverte, 2010, notamment p 151 à 183.



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"Lorànt Deutsh est entré dans
l'Histoire" - métro parisien.
[@GregSoussan]

"Métronome" Grand format dans le métro
parisien.
















Métronome, l'histoire de Lorànt Deutsch. 

Lorànt Deutsch, dans son ouvrage "Métronome", relaie une vision de l'histoire à partir des mêmes principes à l'aune desquels a été « inventée » la nation au XIXe siècle, c'est à dire via la construction d'un imaginaire national sous forme romancée. Cependant, là où l'histoire du XIXe faisait des Gaulois ou des révolutionnaires des figures centrales, Deutsch s'attache davantage à des repères religieux et royaux. L'ouvrage et son adaptation en série télévisée révèlent une vision de l'histoire partiale et dépourvue d'ambition scientifique, mais commercialement efficace. 


Dans la lignée des polémiques qui ont accompagné la sortie du livre de Lorànt Deutsch, Métronome, et la diffusion de son adaptation télévisée sur France 5, l'article publié fin mai par rue89 et les réactions de riverains qu'il a suscitées réveillent de vieux débats sur ce qu'est l'histoire, la manière dont elle est construite, et les usages que l'on en fait. Il lui est reproché de se revendiquer historien sans appliquer les préceptes de la discipline qu'il prétend pratiquer. Si l'opération de sélection des faits à laquelle il se livre n'est pas en soi contestable, l'histoire étant avant tout un travail de sélection, ce qui pose problème d'un point de vue scientifique est que cette sélection est parfois entachée d'erreurs factuelles et, surtout, elle semble reposer sur les propres convictions idéologiques de l'auteur : au final, la lecture et le visionnage de Lorànt Deutsch, en reprenant leur mode de construction mais à rebours de l'idéologie des manuels scolaires rédigés sous la Troisième République, donnent le sentiment que l'histoire de France suivait une direction cohérente jusqu'à la période révolutionnaire. 

L'histoire, un travail de sélection 

Parmi les reproches fréquemment adressés à Lorànt Deutsch figure celui d'une vision partielle de l'histoire. En fait, c'est la nature même de la démarche historique qui appelle des choix : il s'agit de rendre visible le passé. Mais comment ? Les ancêtres n'ont pas rédigé de testament indiquant ce qu'ils souhaitaient transmettre aux générations suivantes... Et quels ancêtres choisir ? Il ne s'agit donc pas d'inventorier un héritage, mais plutôt de l'inventer. Si Fénelon souhaitait que le « bon historien » ne fût « d'aucun temps ni d'aucun pays », cette exigence est aujourd'hui reconnue comme illusoire : c'est inversement à partir de son temps et de son pays que l'historien travaille et donne une unité rétrospective à ce qui n'a jamais existé que sous la forme d'une diversité confuse ; ainsi, le passé peut constamment être redécouvert ou relu à l'aune de valeurs différentes. L'objectivité de l'historien consiste davantage à exposer ses principes de recherche et d'interprétation (définir précisément son matériau, critique des documents, compréhension des faits) qu'à se prétendre « neutre ». L'historien est ainsi l'interprète du passé : pour imager le propos, l'histoire serait une toile d'araignée dont les points d'intersections sont des documents et les fils l'imagination historique de l'historien. C'est précisément là que le bât blesse pour Lorànt Deutsch.

« L'invention » de la France 

Entre le travail propre des historiens et ce que la majeure partie de la population en sait par le biais des manuels auxquels elle est familiarisée durant sa scolarité, il existe de nombreuses étapes. En France, le cadre réglementaire du contenu des manuels scolaires a un cheminement complexe, et vient en partie expliquer la façon dont Lorànt Deutsch romance le Métronome : c'est sous la Restauration que ce contenu devient un enjeu de débat : il s'agit de souligner que le présent s'ancre dans la continuité historique et doit se lire comme un aboutissement. Le but est de construire une histoire commune à tous les Français, quelles que soient leurs origines. A travers l'école, pensée comme un puissant instrument d'intégration nationale, les écoliers, durant les décennies suivantes et particulièrement sous la Troisième République, apprennent une histoire fondée sur des faits saillants et sur les figures de ceux qui ont eu « une influence sur les destinées des peuples ou sur la marche générale de l'histoire », comme le mentionne la circulaire du ministre Fortoul en 1852. Ainsi, dans le contexte post-révolutionnaire et au cœur du mouvement européen de création des identités nationales au XIXe siècle, l'histoire a une fonction éminemment politique : des chercheurs tels que Benedict Anderson ou Anne-Marie Thiesse ont souligné le caractère construit des nations et des identités nationales, à contre-courant de l'idée selon laquelle l'appartenance à une nation se baserait sur une filiation issue de grands ancêtres et que l’existence des nations remonterait à la nuit des temps [1]

Sous l'Ancien Régime, on avait vu apparaître Clovis comme héros dans l'historiographie : il était considéré comme le fondateur de la royauté française et, à ce titre, représentant de l'affirmation de la vraie naissance de la France (avec un roi digne de ce nom). Les Francs étaient célébrés pour leur bravoure, leur noblesse morale... et aussi parce que de l'invasion des Francs date la division entre nobles et roturiers. D'où leur opposition politique aux Gaulois, qui vont être brandis en 1789 comme les vrais ancêtres des Français, les références institutionnelles ayant changé à la Révolution : les Gaulois contre les Francs, c'est le peuple, nouvellement promu, contre les nobles, nouvellement déchus. Sous l'action des historiens libéraux du XIXe siècle, les Gaulois vont peu a peu vaincre les Troyens, les Celtes et surtout les Francs, leurs concurrents frontaux dans le concours du « meilleur ancêtre » et du « meilleur représentant de l'identité nationale », la Troisième République étant l'apogée des usages du « mythe » gaulois, à travers des ouvrages tels que Le tour de la France par deux enfants d'Augustine Fouillée et L’histoire de France d’Ernest Lavisse. Ces événements sont ainsi relus et réinterprétés comme événements fondateurs dans le cadre d’un projet politique qui leur est postérieur de plusieurs siècles : la République [2]

Ce long détour par la façon dont l'histoire est construite et la construction de l'identité nationale vise à illustrer l'idée que Lorànt Deutsch procède de façon similaire dans son Métronome. Il considère en effet que les événements forment un ensemble orienté et signifiant, à l'aune de grandes figures qui auraient impulsé ce mouvement. À la différence près que les héros de l'auteur ne sont pas ceux qui sont traditionnellement identifiés comme tels. Ainsi, de nombreux blogueurs y ont remarqué l'omniprésence des rois, chefs et saints, considérés comme les figures centrales voire les moteurs de l'histoire de France. A l'inverse, les mouvements qui tentent de subvertir l'ordre établi - comme la Révolution de 1789 - sont associés à la « fureur populaire », à la « foule en colère » [3] , soit une vision homogénéisante proche de la psychologie des foules incontrôlables chère à Gustave Le Bon. D'autres sont expédiés en quelques lignes, comme la Commune de Paris. De ce point de vue, la fonction matricielle de l'histoire, en tant que fondement du sentiment d'appartenance nationale, n'a pas disparu : on retrouve aisément une lecture du passé qui repose sur des jalons biographiques (les grands personnages) et des événements emblématiques véhiculant une version héroïsée d'un récit constitutif de la grandeur nationale. Le Métronome est donc aussi une contribution à l'édification d'un imaginaire national : l'existence d'un héritage commun, mythe nécessaire à une forme de cohésion nationale, n'est finalement pas contestée quelles que soient les options politiques de ceux qui l'érigent : c'est sa composition qui varie. 


 Lorànt Deutsch, historien d'une cause 

L'ouvrage de Lorànt Deutsch est en effet fortement marqué du sceau des convictions idéologiques de son auteur. Royaliste (« de gauche ») assumé, il déclarait récemment : « pour moi, l'histoire de notre pays s'est arrêtée en 1793, à la mort de Louis XVI. Cet événement a marqué la fin de notre civilisation, on a coupé la tête à nos racines [sic] et depuis, on les cherche » (Le Figaro, mars 2011). A la lecture, on constate assez facilement, par la mise en exergue des saints et des rois notamment, que Lorànt Deutsch plaque une sorte de grille d'intelligibilité sur le passé pour essayer de le comprendre, à l'aune de convictions royalistes et catholiques. Sa déclaration au Figaro trahit une conception selon laquelle l'histoire de l'homme aurait une origine, un développement et se dirigerait vers un but qu'il faudra atteindre, à savoir « un concordat », selon le même entretien. 

Se projeter dans l'histoire ne signifie pas y transposer arbitrairement son regard, ses jugements et ses passions. Or Lorànt Deutsch procède à une mise en ordre des événements qui correspond à l'image qu'il voudrait que la société laisse d'elle-même à travers l'héroïsation systématique des mêmes fonctions. Là où le Métronome tend à s'imposer comme une référence historique dans son domaine aux yeux du grand public, son contenu informe moins sur la nature de l'objet analysé que sur le parti pris de son auteur. 

On passera sur les erreurs factuelles, sur le manque de sources, de bibliographie et d'analyse critique des documents, d'autres s'en sont fort bien chargés (ici, , ou encore là). La méthode retenue laisse penser que le moteur de l'histoire est divin et donc transcendant : il n'y a aucune place laissée au hasard des circonstances, puisque cela manifesterait l'impuissance ou l'imperfection divines. Lorànt Deutsch tente de découvrir le sens que Dieu a donné aux événements du serrurier Biscornet à Notre-Dame, qui « signe un pacte avec le Diable », sa tâche étant impossible « sans aide surnaturelle » [4], à Martin de Tours sauvant un lépreux [5] , en passant par l'évêque Marcel tuant « un authentique dragon » [6] , on se demande bien quels faits peuvent étayer ces hypothèses. Sans parler du miracle de Saint Denis qui, bien qu'on eût tranché sa tête au mont des martyrs (Montmartre), parvint ensuite à marcher six kilomètres en la prenant sous le bras avant de s'effondrer sur le lieu de sa sépulture [7] (sans préciser que cette légende n'est issue que de la représentation iconographique des martyrs décapités)... S'en remettre à des explications irrationnelles quand on manque d'explication concrète suggère l'orientation globale d'une temporalité trouvant son point de départ dans la Création. 

La pédagogie du sentiment d'appartenance passe, aussi bien dans l'ouvrage écrit que dans le documentaire télévisé, par l'emploi répétitif des possessifs de la première personne du pluriel (« nous » et « notre ») quand il est question du christianisme et de ses martyrs, comme si ce sentiment d'identité à ces figures était collectif et partagé. Le corollaire de cette valorisation des chefs et des figures religieuses et la quasi-absence des classes populaires, groupes sociaux divers qui sont tout autant constitutifs d'une histoire qui ne serait pas vue « d'en haut ». Les faits s'imposent implicitement, ils ne sont pas le fait d'hommes et de femmes autrement désignés que sous forme globalisante. Encore une fois, quand la politique s'incarne, c'est autour d'individus majeurs (Les rois puis De Gaulle deviennent la France).    

En relayant une vision de l'histoire avant tout marquée par l'action des Saints et autres Rois, Deutsch plaque sur les faits ses propres orientations en suggérant l'ancienneté d'une détermination politique avant tout marquée par l'influence de la chrétienté, et en passant sous silence des faits majeurs, rappelant la façon dont l'histoire fut construite au XIXe siècle et au début du XXe siècle, à l'époque où elle était moins une discipline scientifique qu’une entreprise de construction d’une mémoire nationale, comme nous l'indiquions plus haut. La coupure de 1789 est presque niée, et on croirait presque à une filiation entre mérovingiens et républicains, comme pour mieux rappeler l'antériorité des racines de la France éternelle. Il est dès lors assez farfelu de voir resurgir un modèle dont les évolutions historiographiques ont entraîné de vives critiques envers une histoire enfermée dans un roman national où les dimensions compréhensive, comparatiste et critique sont totalement absentes. 

 Que fait le service public ? 

Ces remarques étant faites, on ne sait pas grand chose de la réception qui est faite par les lecteurs et téléspectateurs de Lorànt Deutsch. Après tout, on peut penser que ceux-ci ne sont pas tous des spécialistes de l'histoire et peuvent dès lors trouver matière à s'instruire en retenant quelques informations ça et là sans forcément saisir ou être influencés par l'idéologie sous-tendue dans le livre et le documentaire. Si l'opération permet à ceux qui ne l'auraient pas fait en d'autres circonstances d'aborder un pan de l'histoire qui leur était méconnu, on ne saurait la disqualifier. Cependant, afin de prévenir toute interprétation partiale de l'histoire, il serait bon que le financeur de l'adaptation télévisée, à savoir le service public (à hauteur d'un million d'euro quand même), s'interroge sur la position et la légitimité des intervenants auxquels il fait appel. On ne peut retirer à Lorànt Deutsch sa passion pour l'histoire, mais elle ne constitue en aucun cas un gage des fondements, historiques ou mythiques, de ses arguments. En fait, il ne semble plus nécessaire de disposer d'un capital proprement scientifique pour se retrouver bombardé présentateur d'une émission d'histoire sur France 5. Dans la tension entre ce qu’est la discipline historique, qui nécessite du temps, et la façon dont elle est relayée dans les médias, dans le but de séduire un public beaucoup plus large que le seul auditoire intéressé par l'histoire, France Télévisions s'en remet à un dispositif mettant en scène une histoire distrayante, qui parle à tous, présentée par un animateur sympathique et connu du grand public, agissant sous la contrainte économique et symbolique du média qui doit « faire de l'audience », et a pour ce faire une certaine conception stratégique : la notoriété acquise par Lorànt Deutsch via ses activités originelles (acteur) et son intérêt revendiqué pour l'histoire semblent contribuer à un travail de sélection purement médiatique des commentateurs. « Bien passer » à la télévision permet de court-circuiter les instances de consécration traditionnelles : laboratoires de recherche, professeurs, instances universitaires. 

Il est à noter que France Télévisions n'en est pas à son coup d'essai en la matière : entre la minimisation des faits de collaboration de Renault, la révision historique du procès de Nuremberg (que rue89 avait déjà soulignée), et les multiples invitations, dans diverses émissions, d'« experts » - sous entendu : neutres et dépourvus de tout intérêt personnel -, en fait des personnalités qui n'ont aucune reconnaissance dans les champs académique et universitaire, alors que c'est précisément par les titres auxquels ces champs donnent droit qu'ils se présentent et sont présentés, le groupe audiovisuel prend de nombreuses libertés avec l'histoire. Avec les critères d'audience, soit l'alignement sur les canons économiques des chaînes privées, comme seule et systématique justification des approximations historiques, le service public audiovisuel semble bel et bien faillir à ses missions d'information et d'éducation. Il n'est bien sûr pas question de mettre en question la légitimité de Lorànt Deutsch à parler d'histoire ; il s'agit de situer le personnage et de comprendre quel sens de l'histoire il véhicule, au delà des mystifications selon lesquelles Métronome ferait autorité dans les milieux historiens. Au vu du succès des entreprises de Lorànt Deutsch, l'enjeu éducatif et civique semble de taille. La vigilance s'impose donc chez les lecteurs et téléspectateurs : le Métronome est l'histoire de Lorànt Deutsch

 Damien Boone Doctorant en science politique (CERAPS-Lille2)

Notes
[1]    Sur ce point, voir : ANDERSON Benedict, L'imaginaire national : réflexions sur l'origine et l'essor du nationalisme, Paris, La Découverte, 1996 (traduit de Imagined Communities: Reflections on the Origin and Spread of Nationalism, London, Verso, 1991) et THIESSE Anne-Marie, La création des identités nationales, Paris, Seuil, 1999.
[2]    CITRON Suzanne, Le mythe national, l'histoire de France en question, Paris, Les Editions ouvrières/ Etudes et documentation internationale, 1987.
[3]    Épisode 2 de l'adaptation télévisée du Métronome (réal F. Hourlier). « Le quartier [du Faubourg Saint-Antoine] est parcouru […] par des essaims de harangères [sic] redoutées pour leur violence et leur vulgarité… Cette population miséreuse, qui appartient au paysage quotidien du faubourg tout en venant de l’extérieur, se montre toujours prompte à exprimer sa colère ! C’est elle qui […] entraîne les artisans sur la route dangereuse de la protestation et de la rébellion » lit-on également dans la première version de Métronome (Paris, Michel Lafon, 2009, p. 327). On peut lire l'excellente critique de William Blanc à ce sujet à cette adresse : http://www.goliards.fr/goliardises-2/la-revolution-version-deutsch-ou-lhistoire-yop/
[4]    Épisode 1 de l'adaptation télévisée du Métronome (réal F. Hourlier).
[5]    DEUTSCH Lorànt, Métronome illustré, Paris, Michel Lafon, 2009, p. 43.
[6]    Idem, p. 57.
[7]    Idem, p. 33. On peut aussi lire p. 39 : « et le miracle eut lieu : saint Denis pris sa tête sous le bras pour une longue marche... »


mardi 8 mai 2012

2 JUIN 2012 : prochaine journée d'étude du CVUH.

Tous à vos agendas 

Après une première journée d'étude le 21 janvier consacrée à "Histoire et médias" dont vous pouvez retrouver l'intégralité des interventions filmées ici,

le CVUH a la plaisir de vous convier à sa prochaine journée d'études consacrée au phénomène des séries télé dont le programme s'affiche ci-dessous. 

L'entrée est libre et gratuite.



mercredi 4 avril 2012

Et la France dans tout ça ? Par Suzanne Citron


Baptême de Clovis par St Rémi, parvis
de la cathédrale de Reims.

(texte lu à La Fabrique de l’histoire, France Culture, le 30/03/2012)

Tout ça c’est La Marseillaise sifflée au stade de France. C’est le mois de novembre 2005 quand des enfants, des adolescents, français pour la plupart mais le plus souvent d’ascendance immigrée, ont incendié des bâtiments construits pour les éduquer à la citoyenneté républicaine.
S’est-on vraiment interrogé sur ce symptôme, ce symbole d’un fantastique échec ? Comme si la mémoire collective avait refoulé l’interrogation.
Et la France, c’est quoi dans les programmes d’histoire de l’école et du collège, et dans la tête des élèves ? A-t-on mesuré l’écart qui pouvait exister entre le prescrit des hauteurs de la rue de Grenelle et le reçu dans les quartiers de relégation et aussi dans les autres ? A-t-on interrogé les psychiatres qui, dans les CMP, centres médico-psychologiques, entendent des adolescents en mal d’être leur dire : l’histoire j’y comprends rien.
Quel mode d’emploi du passé, pour reprendre le titre du beau livre d’Enzo Traverso ?
A l’école élémentaire. On croit que le roman national c’est fini parce que la tonalité héroïque et sentimentale n’est plus de mise. Mais les programmes reproduisent indéfiniment la configuration historiographique initiée au début de l’école républicaine pour nationaliser une France paysanne et multilingue. Aujourd’hui, au 21e siècle, après deux guerres mondiales, Vichy, la Shoah, la guerre d’Algérie, on veut toujours modeler l’imaginaire enfantin avec un récit de la nation conditionné par les codes épistémologiques, idéologiques, culturels du 19e siècle. L’histoire reste en filigrane celle d’une France hexagonale, pré-incarnée dans la Gaule, socle ontologique de l’avancée du temps. Un temps ponctué des origines à nos jours par une litanie de personnages incontournables et de séquences rituelles.
Le collège perpétue un temps conceptualisé dans la première moitié du 19e siècle quand l’histoire est devenue discipline académique. Cette périodisation eurocentrée – Antiquité, Moyen Age, Temps modernes – est le support du continuum prescrit par les instructions. C’est la base canonique de l’enchaînement des programmes de la 6e à la 3e. C’est l’enveloppe de la Raison d’Etat, qui a construit les histoires nationales sur l’exclusion des dominés, des vaincus, des autres.
Un grand débat serait-il sacrilège, mais sacrilège de quoi ? Comment gérer les mémoires en tension et en revendication dans la crise anthropologique d’un monde post industriel, post colonial, globalisé ?
Quels nouveaux outils, quelles démarches pour décoder un passé qui ait du sens, non pour les seules élites, mais pour les enfants d’une France diverse, métissée, complexe, chaotique, inégalitaire ? Comment forger un vouloir vivre ensemble, une identité collective orientée vers un projet d’avenir et de transformation ?
Un débat épistémologique et critique sur le vieux récit fétiche, sur le temps académique réifié, est-il possible sans susciter l’accusation d’assassiner l’histoire de France ?
Philippe Joutard, le maître d’œuvre du seul programme un peu novateur de l’école, celui de 2002, mis au rancart par Xavier Darcos, a lui-même reconnu la pesanteur des traditions. Comme si l’identité nationale reposait encore et toujours sur la défense d’Alésia, sur le mythique sacre de Clovis, sur l’usurpation d’Hugues Capet.
Couturer une histoire polyphonique de l’entité France dans un espace non plus gallo-centré mais mondialisé au départ, ajuster des temporalités multiples, trier des éclats du passé signifiants pour ceux qui les reçoivent, est-ce une inadmissible transgression ou l’injonction inéluctable du présent ?


vendredi 16 mars 2012

Pour quoi faire la Révolution : nouveau volume de la collection passé& présent.

Nouvelle publication CVUH/Agone dans la collection Passé&Présent :

POUR QUOI FAIRE LA RÉVOLUTION

par le collectif de l'Institut d'Histoire de la Révolution Française. 

est disponible en librairie depuis le 16 mars 2012.


Le nouveau volume de la collection Passé et Présent d'Agone, par le collectif de l'IHRF : J-L Chappey, Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent, et Pierre Serna.

Alors que son legs est de plus en plus méconnu ou délibérément ignoré, la Révolution française n’est pourtant pas morte. De Tunis au Caire, de Tripoli à Sana’a, la révolution fait son retour dans l’histoire mondiale. Face au débat public que ces événements ont inspiré, les historiens ne peuvent se contenter d’une position de commentateurs. Les analogies paresseuses et anachroniques
entre révolution et totalitarisme ne convainquent aujourd’hui plus personne. Les temps ont changé et ils invitent à interroger ce phénomène historique qui, à intervalles réguliers, vient rompre le cours du temps pour renverser les puissants et inventer des régimes censés être plus justes pour le plus grand nombre. Il s’agit de regarder la révolution bien en face, avec ce qu’elle charrie de méprises et d’occasions manquées, pour lui redonner sa dimension de laboratoire du politique.

Les auteurs sont membres de l’Institut d’histoire de la Révolution française. Depuis sa fondation en 1937, l’IHRF a pour vocation de former les historiens français et étrangers travaillantsur la période révolutionnaire.

mercredi 22 février 2012

Compte rendu de l’Assemblée générale annuelle du CVUH du 11 février 2012.



10 présents : L. Colantonio, A. Jollet, S. et T. Aprile, F. Madeline, A. Chéry, F. Pompei, V. Servat, B. Dufal, N. Delanoë.


I/ Rapport moral
Présenté par Laurent Colantonio, président

Une période (janvier 2011-janvier 2012) marquée par un regain d’activité de l’association, qui augure d’une année 2012 toute aussi fructueuse.

La journée CVUH « médias et histoire », rue Malher, le 21 janvier 2012
Des interventions de qualité et des échanges fructueux, entre historiens et journalistes, et avec la salle (une 60aine de présents sur la journée). A renouveler !
La journée a été filmée par Aurore Chaillou (qui nous remercions chaleureusement). Les vidéos des interventions sont désormais en ligne sur le site du CVUH.
Un grand merci, pour l’organisation de cette journée et son intendance, à Fanny Madeline, Blaise Dufal, Nelcya Delanoë, Véronique Servat et Jean Vettraino.

Le CVUH à la Fête de l’Huma, 17 septembre 2011
« Que faire des manuscrits de Robespierre ? Enjeux politiques et scientifiques d’une conservation étatique », débat modéré par Blaise Dufal, avec les interventions d’Anne Jollet, Pierre Serna et Yann Potin. Devant un public bien garni.
Rappel : quelques mois plus tôt, le CVUH a participé (3000 euros) à la souscription nationale lancée pour l’acquisition de ces papiers.

Rencontres de Gennevilliers, « Etre d’ici et d’ailleurs », 25-26 novembre 2011, organisées par les Cahiers d’histoire et l’Université Populaire du 92.
Notre association était associée à l’événement, et plusieurs de nos membres sont intervenus dans les différents ateliers.

Des prises de position collectives
Un texte collectif, relatif au projet de loi pénalisant les génocides, et rappelant le point de vue du CVUH sur les lois dites mémorielles, a été rédigé fin décembre 2011. Il a ensuite été publié sur Mediapart. Il est désormais consultable sur notre site.
Le CVUH a aussi apporté son soutien à l’initiative d’une collègue géographe de l’université de Grenoble, Sarah Mekdjian, qui a alerté, en janvier dernier, sur le fait que depuis la rentrée de septembre, les candidats au concours de l’IEP Grenoble ont à étudier comme œuvre unique d’histoire au programme le livre de Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, sans aucune précision sur la nature polémique (à la fois sur le fait colonial et ses usages publics) et spécifique du livre en question, qui s’inscrit dans le cadre du débat public lancé par l’article 4 de la loi du 23 février 2005. Depuis, une note a été ajoutée sur le site de l’IEP Grenoble : « L’ouvrage de Daniel Lefeuvre est volontairement polémique. Il appelle donc à une lecture critique et ne doit en aucun cas être considéré comme une approbation par l’IEPG des thèses qu’il défend. Les candidats sont donc invités, dans leur préparation comme lors du concours, à replacer les opinions défendues par D. Lefeuvre dans une perspective critique ». Mais la bibliographie critique complémentaire, pourtant annoncée, n’est toujours pas en ligne.

Interventions médias/radios
Anne Jollet à la Fabrique de l’histoire (9/12/2011) : les usages politiques de Bismarck, etc.
Blaise Dufal est désormais notre « correspondant média ». Il reçoit, par téléphone, les sollicitations des médias, puis soit il y répond, soit il renvoie l’interlocuteur vers le/la ou les membres du CVUH susceptibles de répondre à la demande ponctuelle.

Le site a été alimenté par de nombreux articles
→ cf plus loin le point V/ Le site du CVUH.

Le 5e volume de la collection Passé & Présent : Pour quoi faire la Révolution est sous presse
Par l’équipe de l’IHRF. Parution le 16 mars 2012.
→ cf plus loin le point IV/ sur la collection.

La liste de diffusion.
On peut se réjouir que les informations et les débats y soient nombreux. Evitons toutefois les messages qui n’ont rien à voir avec les usages publics de l’histoire.


II/ Rapport financier
Présenté par Fanny Madeline, trésorière

La passation de la trésorerie s’est déroulée avec beaucoup de retard, entraînant une perte d’information (relevés de compte perdus), mais malgré ces petits détails presque inévitables, les choses sont maintenant bien en route.
Le compte en banque du CVUH dispose au 31 décembre 2011 de 8 968,96, sachant que quelques cotisations restent à encaisser (315 euros). Nous avions en compte au 31 décembre 2010 11 339 euros. Nous avons donc commencé à grignoter nos réserves bien que nous ayons eu très peu de frais cette année (pas de journée d’étude, seulement des participations à la fête de l’Huma, Journées de Gennevilliers, etc). Cette situation d’appauvrissement relatif est due à la baisse de 50% des DA d’Agone par rapport aux autres années mais aussi à d’importantes dépenses.
Concernant les recettes, nos deux sources principales de financement demeurent les DA d’Agone et les adhésions. De ce côté, les DA devraient être relancés par la parution de « Pour quoi faire la révolution ? » et éventuellement par la campagne présidentielle, si l’histoire est encore conviée dans les discours de campagne. Concernant les adhésions, elles sont contre toute attente, légèrement supérieures au niveau de l’an dernier grâce à de nouvelles adhésions (5 dont 2 étudiants), mais des efforts sont encore certainement à faire du côté des renouvellements. En tout cas, on peut se poser des questions quant au très fort taux de non-renouvellement des cotisations.
Concernant les dépenses, outre les frais de routine, tels que la location de la salle pour l’AG rue Vitruve, et des frais de secrétariat (frais postaux essentiellement), nous avons été relativement généreux avec les associations : études robespierristes (3 000 euros) et l’association DSF de Michel Coquery (300 euros)
En conclusion, nous avons encore pas mal d’argent et nous continuons à entamer de nouvelles dépenses notamment pour les journées d’études Histoire et Média. Notre situation reste d’autant plus confortable que des prévisions de recettes sont à venir.


III/ Les projets

La 2e journée « Histoire et médias », coordonnée par Fanny Madeline et Aurore Chéry, se déroulera le 2 juin 2012, rue Malher : « Histoire et fiction à l’écran : problèmes et enjeux de la scénarisation de l’histoire dans les séries TV. » Le programme de la journée devrait bientôt circuler.

Blois – Rendez-vous de l’histoire 2012. Cette année, le CVUH sera présent (peut-être un stand commun avec Agone ?) et proposera un débat autour du livre Pour quoi faire la révolution, en présence des auteurs et d’autres membres du CVUH qui souhaiteraient intervenir. Sylvie Aprile sera notre relais auprès des organisateurs des Rendez-vous de l’Histoire.

Nous envisageons de promouvoir le CVUH et Pour quoi faire la révolution en organisant des rencontres dans des librairies parisiennes et en province. Véronique Servat accepte de se charger de contacter les auteurs du livre (pour faire le point sur leurs disponibilités) et de coordonner les initiatives auprès des libraires. N’hésitez pas à la contacter si vous avez des idées.

Agone – Collection Passé & Présent. Pour 2013, un 6e volume est pré-programmé, qui portera sur les usages publics de l’histoire en Europe (projet coordonné par Laurent Colantonio et Anne Jollet). Pour la suite, nous envisageons aussi une publication qui reprendrait l’essentiel de la 2e journée d’étude « Histoire et médias », ainsi que certaines des contributions de la 1e journée « Histoire et médias ».
Par ailleurs, nous invitons les membres du CVUH à soumettre au CA de nouvelles propositions de livre. Nous les encourageons aussi à proposer des articles pour le site.

Nous avons décidé de traduire le Manifeste du CVUH en plusieurs langues (anglais, allemand, espagnol, hongrois, arabe…), afin d’augmenter notre visibilité internationale et, pourquoi pas, de faciliter les contacts et les initiatives conjointes avec des collègues hors de nos frontières. L’association peut payer les traductions (le manifeste n’est pas très long), à condition que le traducteur nous fournisse une facture en bonne et due forme. Dès que vous avez un contact sérieux, merci de prévenir Laurent Colantonio, pour éviter les doublons.

Nous avons également décidé de relancer la création d’un logo, d’un flyer d’adhésion et d’une charte graphique pour le site du CVUH. Nous avons demandé un devis à un designer indépendant (voir http://morganthomas.fr) qui viendra nous proposer ses projets lors de la prochaine réunion


IV/ Bilan et perspectives de la collection Passé & Présent
Par Philippe Olivera, co-directeur de collection avec Thomas Loué

La collection est sur le point de compter un 5e titre qui paraîtra le 16 mars prochain (Pour quoi faire la Révolution, par les membres de l’Institut d’histoire de la Révolution française)
Après 1 titre en 2007, 1 titre en 2008, 2 titres en 2009, et aucun en 2010 et 2011, il y aura donc un nouvel ouvrage en 2012 ; et pour 2013, un autre titre est déjà pré-programmé, issu de la journée d’études organisée par le CVUH en avril 2009 sur « les usages publics de l’histoire en Europe » (projet coordonné par Laurent Colantonio et Anne Jollet).
Par ailleurs, il a été acté, lors de la dernière assemblée générale du CVUH, qu’il serait également possible d’inclure dans la collection « Passé & Présent » des ouvrages qui ne seraient pas directement issus de l’activité du CVUH (dès lors que leur esprit s’inscrirait dans celui de l’association et que leur auteur accepterait d’associer le CVUH à son ouvrage sous des formes à définir). Cette ouverture semble souhaitable afin de continuer à alimenter la collection en ouvrages d’un seul auteur, afin de retrouver l’équilibre des premiers temps entre livres collectifs et livres d’un seul auteur. Les directeurs de collection présenteront prochainement aux instances du CVUH certaines pistes susceptibles d’être poursuivies dans ce sens.

Voici les chiffres de vente à ce jour (jusqu’au mois d’octobre 2011 compris, et sans compter les ventes en Suisse et au Canada) :


2007
2008
2009
2010
2011
total
A quoi sert l’identité nationale
3574
1975
1260
1076
277
8162
Comment Nicolas Sarkozy…

3542
415
220
58
4235
Les enjeux politiques de l’histoire…


1664
372
201
2237
La Fabrique scolaire de l’histoire…


1295
293
134
1722
Total
3574
5517
4634
1961
670
16356

Avec un nouveau titre en 2012, nous pouvons raisonnablement compter sur l’interruption de la baisse des ventes de la collection due à l’absence de nouveauté pendant deux années consécutives.

Point important :
Pour des raisons d’équilibre financier et dans le contexte difficile que connaît le marché du livre depuis au moins 2009, la maison Agone a décidé de s’aligner sur les pratiques les plus couramment en vigueur dans l’édition de sciences humaines en matière de droit d’auteur. Il est donc à prévoir que les droits proposés pour les ouvrages à venir seront donc désormais de 8% (à la place de 10% actuellement). La proposition sera faite dans les formes le moment venu, mais je voulais d’ores et déjà en aviser l’assemblée générale.

Pour les éventuels ouvrages à venir, je rappelle que l’expérience montre à quel point il est important de les faire émerger longtemps en amont (surtout s’il s’agit d’ouvrages collectifs). Nous sommes maintenant familiers du fonctionnement de la maison Agone qui fixe en novembre le programme de ses parutions de l’ensemble de l’année suivante, ce qui suppose de disposer de manuscrits sinon achevés, du moins près de l’être au retour des vacances d’été pour parution dans la cours de l’année civile suivante.
Autre argument pour faire émerger très tôt les projets : l’expérience a montré qu’il était tout à fait possible de prévoir deux titres dans le cours d’une année (ce fut le cas en 2009), mais à condition que la « place » soit réservée assez tôt dans un programme éditorial qui ne dépasse jamais 20 ouvrages par an et qui se trouve donc facilement encombré.

Ces rappels faits, la direction de collection invite bien sûr comme chaque année les membres du CVUH motivées par un projet de publication de prendre contact avec elle pour le mener à bien.

Pour la direction de collection
Philippe Olivera


V/ Le site du CVUH
Véronique Servat, secrétaire et webmestre
Le site, depuis son transfert à l’été 2010 chez l’hébergeur Blogspot, comptabilise un peu plus de 27 000 pages vues. Cette fréquentation atteste d’une reprise de l’activité de l’association (15 articles publiés en 2010, 18 en 2011, et déjà 7 pour 2012). Il faut donc poursuivre en ce sens. Le site compte 13 abonnés permanents (12 si on enlève la webmestre).

La fréquentation du site connaît une évolution très positive : on passe de 103 pages vues en mai 2011 à 4000 pages vues en octobre 2011, pour atteindre un pic à presque 7500 pages vues en janvier 2012.

Depuis le transfert du site on voit que les articles les plus lus ne sont pas ceux qui sont les plus récents, l’effet blog ne joue donc pas pleinement sur les archives du CVUH, c'est-à-dire que les visiteurs ne consultent pas uniquement les derniers articles en ligne : ainsi dans le top 5 la contribution de JP Chrétien sur le génocide arménien et l’écriture de l’histoire ainsi que celle sur l’Iep Grenoble sont les plus récentes. On trouve aussi dans ce classement de tête des articles datant de septembre 2011 sur « l’histoire de France fétiche  de la Nation » ou sur « l’enseignement de l’histoire ancienne ». Enfin,   l’article de Laurent Conlantonio sur Obama est le plus lu à ce jour.
Rappelons qu’un certain nombre d’échanges très longs via la liste de diffusion mériteraient parfois d’être proposés sous forme d’articles pour le site. Le principe de « confectionner » des contributions pour le site à partir de plusieurs points de vue exprimés sur la liste de diffusion et rassemblés, pour l’essentiel et avec l’accord des auteurs, en un seul, a été approuvé par le Conseil d’Administration.




La prochaine réunion du CVUH a été fixée au vendredi 13 avril prochain, à 18h30, à l’EHESS (105, bld Raspail, salle à préciser). 

Il y sera notamment question de l’organisation de la journée d’étude du 2 juin, du logo, des rencontres dans les librairies et du point sur les droits d’auteur soulevé par Philippe. Nous vous y attendons nombreux !