vendredi 30 décembre 2011

La loi sur les génocides, le cas arménien et l'écriture de l'histoire: la position du CVUH.


Visite de Nicolas Sarkozy en octobre 2011.

Il est en apparence aisé de réitérer les professions de foi d’indépendance des historiens. Nous savons très bien, tous, que la liberté de l’historien est davantage menacée par les lectures officielles du passé – enfermées par exemple dans un pseudo Musée d’histoire de France –, que par une quelconque loi dite « mémorielle ». Si, dans le passé récent, le CVUH a refusé d’entonner l’hymne de la liberté pour l’histoire, c’est que certaines de ces lois parvenaient à faire entendre l’héritage d’un passé malmené. De notre point de vue, le temps était venu de répondre aux attentes en réhabilitant la mémoire des héritiers des victimes des exactions passées auxquelles l’Etat français avait pris largement sa part. Le CVUH n’a jamais pris parti en faveur des lois dites mémorielles, il s’est seulement préoccupé de tous ceux qui, dans l’histoire, telle qu’elle avait été écrite jusque là, ne retrouvaient pas trace des expériences douloureuses du passé. Le génocide des juifs ou la réalité de l’esclavage n’ont pas été écartés de l’histoire en tant que faits. En revanche, la participation active et/ou passive de l’Etat français à ces exactions a été déniée puis passée sous silence, ce qui a conduit à l’effacement des traces des expériences vécues par les acteurs dans le processus historique.

Si les historiens ont pour tâche d’établir et de transmettre des connaissances précises sur le passé, nous le répétons, l’histoire ne leur appartient pas. La Nation, si longtemps mobilisée pour justifier les multiples formes d’assujettissements et d’humiliations, est en droit, si elle le juge nécessaire à un moment de son histoire, de défendre par la loi des valeurs qui touchent au passé, de rendre une forme de justice d’après coup pour compenser, en quelque sorte, une responsabilité engagée dans les catastrophes passées, à condition de s’exprimer dans le respect des connaissances du moment. Nous avons toujours considéré que chacune de ces lois devait être appréhendée dans sa singularité. L’action de la loi Gayssot (juillet 1990) visait par exemple spécifiquement le négationnisme pro-nazi – négation de l’extermination industrielle des juifs d’Europe – dont les méthodes d’imitation perverse des procédures historiennes avaient rendu nécessaire la condamnation. Ces méthodes avaient pour but et en partie pour effet de produire une confusion telle que tout travail de recherche pouvait apparaître faussé. Ni cette loi, ni la loi Taubira (mai 2001) n’ont entravé le travail de recherche historique. Seul larticle 4 de la loi du 23 février 2005 nous apparaissait inacceptable parce que, dans son injonction à porter un jugement éthique sur un fait historique, il portait atteinte à la liberté de l’historien et de l’enseignant.


Le cas du génocide arménien est encore différent. Le CVUH avait approuvé la loi déclarative de janvier 2001 sur la reconnaissance du génocide arménien, et considère toujours que la responsabilité du déni incombe d’abord à l’Etat Turc. En revanche, le texte voté le 22 décembre dernier par les députés français nous paraît inopportun et politiquement contestable car, en cherchant à pénaliser toute contestation de ce génocide, il entrave plutôt qu’il ne favorise les nécessaires débats avec les intellectuels, les responsables et l’opinion turcs sur la qualification de ce crime et l’écriture de son histoire. Une première version de ce texte, rapportée par le député socialiste Didier Migaud, avait déjà été adoptée par l’Assemblée Nationale le 12 octobre 2006, avant d’être finalement déclarée irrecevable par le Sénat le 4 mai 2011. Aujourd’hui, la proposition de loi de la députée UMP Véronique Boyer fait suite à la visite du Président de la République en Arménie les 6 et 7 octobre 2011. La France retrouve ainsi les traditions d’ingérence européenne dans la « question d’Orient », quand les grandes puissances instrumentalisaient les frustrations nationales dans la région quitte à attiser les haines. Le dernier acte de la tragédie arménienne s’est d’ailleurs joué loin d’Erevan, lors des traités de Sèvres (1920) et de Lausanne (1923). L’initiative actuelle, nullement justifiée par la nécessité de réagir à une forme particulière de discours raciste dans la société française, reflète des positionnements idéologiques et électoralistes qui relèvent d’une instrumentalisation de l’histoire.

Le CVUH.

Retrouvez cette tribune sur le site de Mediapart.

mardi 20 décembre 2011

Prochaine parution de la collection Passé et Présent chez Agone.


A paraître en mars 2012, le nouveau volume de la collection Passé et Présent d'Agone, par le collectif de l'IHRF : J-L Chappey, Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent, et Pierre Serna.

Alors que son legs est de plus en plus méconnu ou délibérément ignoré, la Révolution française n’est pourtant pas morte. De Tunis au Caire, de Tripoli à Sana’a, la révolution fait son retour dans l’histoire mondiale. Face au débat public que ces événements ont inspiré, les historiens ne peuvent se contenter d’une position de commentateurs. Les analogies paresseuses et anachroniques
entre révolution et totalitarisme ne convainquent aujourd’hui plus personne. Les temps ont changé et ils invitent à interroger ce phénomène historique qui, à intervalles réguliers, vient rompre le cours du temps pour renverser les puissants et inventer des régimes censés être plus justes pour le plus grand nombre. Il s’agit de regarder la révolution bien en face, avec ce qu’elle charrie de méprises et d’occasions manquées, pour lui redonner sa dimension de laboratoire du politique.

Les auteurs sont membres de l’Institut d’histoire de la Révolution française. Depuis sa fondation en 1937, l’IHRF a pour vocation de former les historiens français et étrangers travaillantsur la période révolutionnaire.

dimanche 4 décembre 2011

La dé-modernisation de l’enseignement universitaire de l’histoire en Ukraine post-soviétique


L'université Chevtchenko à Kiev
Le CVUH a déjà abordé l’aspect idéologique de l’instrumentalisation de l’histoire en ex-URSS, qui est décrypté dans les textes de Korine Amacher sur la Russie et d'Eric Aunoble sur l’Ukraine. Ce nouveau texte éclaire les enjeux de l’usage de l’histoire en ex-URSS sous un jour différent. En effet, André Portnov s’attache au fonctionnement institutionnel de la corporation historienne et à ses conséquences pour la discipline. Le tableau est fort sombre, mais, à l’heure où les humanités souffrent en France aussi d’une dévalorisation morale et de coupes sombres budgétaires, il ne manquera pas de faire réfléchir.






Version augmentée de l’article
« Демодернизация исторического образования в постсоветской Украине.
Тезисы к дискуссии »,
publié sur http://net.abimperio.net/node/1827 le 07 mai 2011,
par André Portnov,
Institut d’études ukrainiennes Ivan Krypiakevych à Lviv,
rédacteur en chef de la revue Ukraïna moderna.
Article traduit du russe par Éric Aunoble

En général, les historiens ukrainiens comparent les différentes sphères de développement de leur discipline avec celles de leurs plus proches voisins, Pologne et Russie avant tout. Il est beaucoup plus rare de comparer l’état actuel de la science (comme de la société ou du pays tout entier) à la situation qu’elle connaissait à l’époque soviétique. Et, si de telles comparaisons sont faites, c’est principalement à un niveau superficiel, selon les figures de rhétorique convenues sur « la libération du diktat idéologique » et la science conçue comme « victime collective » d’un régime qui lui était étranger.
On rencontre également des jugements non moins unilatéraux et simplistes sur « la grandeur perdue » et le défunt « meilleur enseignement supérieur du monde ». Seulement, jusqu’à présent aucune analyse sérieuse des transformations de la science historique n’a été proposée. C’est en partie pourquoi les présentes notes – volontiers provocantes – serviront d’invitation à la discussion. Elles sont aussi des hypothèses de travail dans le cadre d’un projet de recherche que l’auteur de ces lignes mène avec Vladimir Masliïtchouk, projet qui s’intéresse au développement post-soviétique de la science en Ukraine.

dimanche 23 octobre 2011

Soutien à J.-P. Chrétien et J.-F. Dupaquier.


Deux spécialistes reconnus de l’histoire rwandaise, Jean-Pierre Chrétien, historien, directeur de recherches émérite au CNRS, et Jean-François Dupaquier, journaliste et écrivain, auteurs de Rwanda. Les médias du génocide (1995) et de Burundi 1972. Au bord des génocides(2007), témoins-experts auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda en 2002, sont poursuivis pour diffamation par l’ancien ambassadeur du Rwanda en France de 1990 à 1994.Celui-ci leur fait grief d’avoir critiqué, dans un courrier adressé à des responsables associatifs de Rouen, le caractère univoque d’un cycle de conférences consacrées en principe à la « réconciliation » au Rwanda et d’avoir expliqué à des personnes de bonne foi, mais mal informées, que ces conférences avaient été confiées, en fait, à des orateurs déniant la réalité historique du génocide des Tutsi et du massacre des Hutu démocrates en 1994 au profit de la thèse du « double génocide ».

Comme l’indique la pétition d’historiens et de chercheurs diffusée par le Centre d’études des mondes africains et l’Association des chercheurs de politique africaine, que soutient la Ligue des droits de l’Homme, il s’agit une nouvelle fois d’une tentative d’intimidation des chercheurs en fonction d’ambitions politiciennes.

Le travail historique n’est pas désincarné, il n’ignore pas les interrogations de son temps et il ne peut méconnaître les valeurs impliquées par les situations qu’il analyse. La liberté des chercheurs implique aussi le droit de ces derniers à faire bénéficier la société des acquis de leur travail, surtout concernant des questions aussi graves que celles liées à un génocide.

Dans le cas du Rwanda (comme dans celui de l’Arménie) les discours du déni ne sont pas pénalisés et ils s’étalent d’ailleurs librement dans des publications, des conférences et sur des sites internet. Il serait étrange et scandaleux que le droit de les identifier comme tels, de les critiquer et de les dénoncer soit refusé à des chercheurs dont la rigueur intellectuelle est connue.

« Le génocide de 1994 au Rwanda suscite de nombreuses controverses qui ne relèvent pas de la compétence du tribunal correctionnel. D'où notre décision de rendre publique cette pétition".



Une nouvelle fois, un acteur politique cherche à obtenir de la justice
qu’elle sanctionne le travail et la liberté d’expression des chercheurs.

L’ancien ambassadeur du Rwanda en France de 1990 à 1994 a porté plainte pour diffamation contre deux éminents spécialistes de l’histoire rwandaise : Jean-Pierre Chrétien, historien, directeur de recherches émérite au CNRS, et Jean-François Dupaquier, journaliste et écrivain. Il leur reproche d’avoir critiqué, dans un courrier adressé à des responsables associatifs de Rouen, le caractère univoque d’un cycle de conférences consacrées en principe à la « réconciliation » au Rwanda, mais confiées exclusivement à des orateurs déniant la réalité historique du génocide des Tutsi et du massacre des Hutu démocrates en 1994. Le courrier signé des deux accusés soulignait que l’ancien ambassadeur, un des conférenciers invités, venait de publier un ouvrage défendant, entre autres, la thèse dite d’un « double génocide » entre Hutu et Tutsi, un argumentaire habituel des réseaux négationnistes.

Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier travaillent sur cette région d’Afrique depuis les années 1960-1970. Ils avaient dénoncé en son temps le génocide des Hutu commis au Burundi en 1972. Ils ont publié de nombreuses études sur le génocide des Tutsi au Rwanda en 1994, sur sa préparation, son organisation et ses séquelles. Ils ont tenté de mettre en garde l’opinion publique française sur ce danger dès le début des années 1990. Ils ont publié en 1995, avec le soutien de l’Unesco, un ouvrage crucial sur « Les médias du génocide ». Ils ont été témoins-experts auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda en 2002.

La plainte pour diffamation vise à dénier à deux spécialistes reconnus du Rwanda le droit d’informer des responsables d’associations bernés, en septembre 2009, au point d’accepter des conférenciers très orientés dans le cadre d’une manifestation internationale pour la paix. Elle a aussi pour but de faire interdire par la justice le droit de qualifier de « négationnistes » les réseaux qui propagent la thèse d’un double génocide en 1994 au Rwanda. Plus généralement, il s’agit une nouvelle fois d’une tentative d’intimidation des chercheurs pour mettre l’Histoire au service d’ambitions politiciennes.

Solidaires de Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier, nous nous indignons que les controverses sur le génocide des Tutsi et le massacre des Hutu démocrates en 1994 au Rwanda soient considérées comme relevant du tribunal correctionnel. Non, l’Histoire ne se fait pas dans les prétoires !

PETITION DIFFUSEE PAR :

Les membres du Centre d’études des mondes africains (CEMAf, UMR 8171 du CNRS)

L’association des chercheurs de Politique africaine



Pour vous joindre à cette pétition, veuillez envoyer votre accord, en mentionnant vos nom, prénom , fonctions et titres, à l’adresse suivante :

petition.jpc.jfd@gmail.com

Quelle place pour une mémoire et une histoire critique en France et en Allemagne? Tentative de comparaison des conditions d’énonciation par Sonia Combe.


Le texte qui suit est la version légèrement abrégée du texte publié en juillet 2011 sur le site de la revue Mouvements. Il s’agit de la communication qui m’avait été demandée et que j’ai présentée en juin 2010 à la XXVIe conférence de l’Institut franco-allemand de Ludwigsburg[1]. Il s’adressait à un public d’enseignants et d’historiens allemands. Ce qui explique la présentation de problèmes plus connus d’un public français. Je l’ai cependant illustré d’exemples dont certains, moins connus, permettaient la comparaison. Il ne s’agit donc pas d’une réflexion achevée sur des problèmes aussi importants que ceux soulevés, mais, plutôt, d’une invitation à la discussion.


Pour établir une comparaison entre les possibilités d’expression d’une histoire critique en France et en Allemagne, un jugement lapidaire publié dans le Monde sur les travaux du linguiste américain, Noam Chomsky, au moment même où je préparais ma communication, me servira d’introduction. Il y était dit que, contrairement à ce qui se passait à Milan, Berlin et dans les campus américains, comme on avait l’honnêteté de préciser, les intellectuels français montraient peu d’intérêt pour « la logique de l’argumentation » du linguiste américain : « La France résiste à Chomsky. Le pays de Descartes ignore largement ce rationaliste, la patrie de Descartes se dérobe à ce militant de l’émancipation », pouvait-on lire dans  Le Monde des livres du 4 juin 2010.

On est ici confronté à une manifestation symptomatique du provincialisme français, de ce provincialisme qui s’autorise, seul contre tous, à discréditer une pensée scientifique largement reconnue en dehors de l’hexagone et qui le fait sans le moindre complexe, avec l’assurance tranquille de l’ignorant. La France et ses intellectuels seraient les seuls juges en la matière. Force est cependant d’admettre que si Noam Chomsky fait beaucoup de bruit par ses prises de position politiques et aime peut-être en faire, c’est grâce à ses découvertes en linguistique qu’il passera à la postérité. On est tout à fait en droit de critiquer les unes et les autres, mais on ne peut contester les secondes qu’à la condition d’avancer des arguments qui ne renverraient pas à une hypothétique essence des philosophes du pays de Descartes. Cette prétention nous permet d’établir d’emblée une comparaison : tandis que le provincialisme tisse bien souvent en France la toile de fond du contexte d’élaboration de toute pensée, il ménage à l’inverse davantage l’Allemagne (et les pays qui n’ont pas donné naissance à Descartes). Qui dit « provincialisme »  dit ignorance de ce qui est étranger et recherche d’homogénéité. Le provincialisme, ce n’est pas tant se sentir supérieur au reste du monde, c’est l’ignorer, c’est le tenir le reste du monde pour négligeable. Il convient maintenant d’en dégager les raisons.

jeudi 15 septembre 2011

« L’histoire de France » fétiche de la nation. Par Suzanne Citron.

Plaque de reliure en ivoire, Reims, dernier
quart du IX° siècle. Musée de Picardie, Amiens.
Le baptême de Clovis par St Rémy
avec le miracle de la Sainte Ampoule.


C’est l’histoire de France qu’on assassine titre à grand renfort d’images et d’encadrés Le Figaro magazine du 27 août 2011. Et les coordinateurs du dossier de nous mettre en garde, selon une dramatisation dont ce journal est coutumier : « Notre enquête montre que la question engage l’avenir même de notre société ».


La litanie des grands personnages 

Déjà dans les années 1979-80, Alain Decaux s’y exclamait : « On n’enseigne plus l’histoire à nos enfants ! » Aujourd’hui, les enquêteurs qui se penchent sur cet « assassinat » dénoncent, avec le procureur Dimitri Casali, la disparition dans les classes de 6e et de 5e de Clovis, Charles Martel, Hugues Capet, Louis IX dit Saint Louis, François Ier, Louis XIII, la relégation de Louis XIV en fin de programme, la réduction du premier empire en question optionnelle. Et de fourbir l’argumentaire : ces suppressions relèveraient de la règle du « politiquement correct », d’une manipulation moralisatrice de l’histoire, alors que « faire étudier aux élèves Clovis, François Ier ou Napoléon Ier n’a pourtant rien de réactionnaire ». La déploration mélange glose pseudo idéologique et défense pédagogique : « Ces personnages, ajoute Casali, permettent d’humaniser une Histoire souvent désincarnée et sont susceptibles de susciter chez les enfants une véritable émotion (sic), assez proche de celle ressentie lors d’un spectacle ». 

vendredi 9 septembre 2011

Pourquoi il faut enseigner l’histoire ancienne de l’Afrique subsaharienne. Par C. Coquery-Vidrovitch.

Statuette de terre cuite, culture du delta
inférieur du Niger, VII°-XIV° siècle.
Musée du Quai Branly.
On ne peut comprendre la situation actuelle du continent africain sans l’analyser à la lumière des héritages complexes du continent. Celui-ci n’est « né » ni avec les indépendances il y a une cinquantaine d’années, ni avec la colonisation près d’un siècle auparavant, ni avec la « découverte » par les Portugais à la fin du XVè siècle : les Européens n’ont découvert et construit que « leur » Afrique, alors qu’ils étaient, sans le savoir, les derniers arrivés dans une histoire longue de mondialisation. Car les Africains n’ont jamais vécu dans l’isolement, ne serait-ce que parce que l’humanité y est née.
Une construction négative du continent a été conçue au moment où se développait du côté européen la traite atlantique des esclaves noirs. Certes, celle-ci s’ajouta à des traites antérieures plus anciennes, aussi bien vers le monde méditerranéen que vers l’Océan Indien, animées par les Arabo-musulmans depuis le IXe siècle de notre ère. Mais l’originalité de la traite atlantique fut de déterminer une fois pour toutes la couleur des esclaves : au XVIIIe siècle, le mot nègre devint synonyme d’esclave. S’y ajouta le legs racialiste du XIXe siècle qui « scientifisa » la distinction entre race supérieure – blanche bien entendu – et races inférieures. À la fin du XIXe siècle, la traite atlantique a quasi disparu, mais lui a fait place la conviction occidentale – États-Unis inclus – de l’inégalité raciale. Bref l’essor du racisme va caractériser la première moitié du XXe siècle.

jeudi 8 septembre 2011

A propos du texte de Benoît Rayski, diffusé sur le site Atlantico, « De Vercingétorix à Napoléon : dans les poubelles de l’histoire ». par J-P Chrétien.

Kankou Moussa sur l'Atlas Catalan d'A. Cresques,
XIV° siècle.
Il y a près d’un an, le 19 septembre 2010, nous mettions en lignes sur ce site, Laurence De Cock, Suzanne Citron et moi-même, une réaction argumentée à la campagne pitoyable lancée par un certain Dimitri Casali contre la question d’histoire de l’Afrique introduite dans les programmes de 5e des collèges[1]. Cette campagne avait été, déjà, relayée par Le Figaro. Notre intervention s’intitulait « Virer l’Afrique de l’histoire de France, il paraît que C dans l’air du temps »[2].

Rappelons que ce  programme demande notamment aux enseignants de traiter au choix « une civilisation de l’Afrique subsaharienne » et qu’il énumère le Ghana, le Mali, le Songhaï et le Monomotapa (choisi d’ailleurs maladroitement au lieu de Zimbabwe). Depuis lors, des dossiers ont été publiés[3]. Ils soulignent généralement l’intérêt pour les professeurs de choisir l’empire du Mali, qui bénéficie d’une documentation (textes et iconographie) particulièrement riche et qui est la mieux connue des formations politiques de l’Afrique ancienne, au point d’avoir vu son nom repris par un Etat contemporain.

mardi 6 septembre 2011

Réunion de rentrée du CVUH

Samedi 10 septembre 2011 à partir de 10h le CVUH 
tient sa réunion de rentrée.

A l'EHESS, 
105 boulevard Raspail
Paris
En Salle 7



A l'ordre du Jour :

La participation du CVUH à la fête de l'Humanité
La participation du CVUH aux journées de l'Université Populaire des Hauts de Seine (Gennevilliers).
Les journées d'études du CVUH (intitulé et état de leur avancement)
Les publications du CVUH
Le site du CVUH


La réunion se tiendra en présence des membres du Conseil d’administration de l'association.
Elle est ouverte à tous.


dimanche 4 septembre 2011

Le CVUH vous donne rendez-vous à la Fête de l'Humanité.

Le CVUH sera présent à la Fête de l'Humanité le Samedi 17 septembre.


Venez nous retrouver au village du Livre,  pour un débat à partir de 16h15 ayant pour thème :


« Que faire des manuscrits de Robespierre ? Enjeux politiques et scientifiques d’une conservation 
étatique»




Avec Pierre Serna, directeur de l’Institut d’Histoire de la Révolution Française (IHRF), université de Paris I,


Yann Potin des Archives Nationales 


et Anne Jollet, directrice des Cahiers d'Histoire. 





jeudi 21 juillet 2011

Barack Obama et les usages de l’histoire… irlandaise. Par Laurent Colantonio.

Depuis les années 1960, plusieurs présidents américains en activité ont effectué un voyage en Irlande, l’occasion pour eux de réaffirmer les liens solides et anciens qui unissent les deux pays, tissés dès le XVIIe siècle avec l’installation de colons protestants originaires d’Ulster, puis renforcés au XIXe siècle par l’arrivée massive de migrants catholiques, poussées hors d’Irlande par la Grande Famine (1846-1851) et l’espoir d’une vie meilleure outre-Atlantique. Des voyages présidentiels avec en ligne de mire l’électorat irlandais-américain[1], qu’il s’agit de séduire en flattant la terre des ancêtres. Pour John F. Kennedy (4 jours en Irlande en 1963), Richard Nixon (3 jours en 1970), Ronald Reagan (4 jours en 1984) et Bill Clinton (3 séjours en Irlande du Nord et en République en 1995, 1998 et 2000), la visite prend aussi un tour plus personnel. En quête de leurs racines irlandaises, chaque président effectue en effet un « pèlerinage » dans la ville ou le village d’origine de l’ancêtre parti pour le Nouveau-Monde. Un retour aux sources annoncé comme tel… même si les liens sont parfois ténus. La connexion irlandaise de Clinton est très incertaine. Celles de Nixon, lointaine et fragile : elle remonte au début du XVIIIe siècle. Par son père, Reagan est l’arrière petit-fils d’un émigrant irlandais de l’époque de la Grande Famine. Enfin, Kennedy possède la généalogie irlandaise la plus fournie, ses arrière grands-parents, paternels et maternels, ayant traversé l’Atlantique au milieu du XIXe siècle.


vendredi 8 juillet 2011

Fin de la polémique sur le fichier des Juifs.

En 1940, les Juifs de la région parisienne sont recensés dans un fichier dit "fichier Tulard" du nom du directeur de la préfecture de police de Paris pour mieux les rafler. La destruction de ce fichier fut ordonnée dès 1946 par une circulaire éditée depuis le ministère de l'Intérieur. Le fichier Juif est retrouvé par Serge Klarsfeld aux archives des Anciens Combattants mais son authenticité est contestée par le professeur René Rémond en 1992. 

L'historienne Sonia Combe conteste alors, par différentes interventions médiatiques et la publication d'un ouvrage, Archives interdites. L’histoire confisquée (1994),  les conclusions de René Rémond confirmées par J.P. Azéma. 


vendredi 1 juillet 2011

Comment adhérer au CVUH ?


Comité de Vigilance face aux Usages de l'Histoire


« En tant que chercheurs et enseignants en histoire, notre rôle principal consiste à élaborer et à transmettre des connaissances rigoureuses sur le passé. Celles-ci résultent d’une analyse critique des sources disponibles, et répondent à des questions qui ont pour but de mieux comprendre les phénomènes historiques et non pas de les juger. Mais les historiens ne vivent pas dans une tour d’ivoire. Depuis le XIXe siècle, le contexte politique et social a joué un rôle essentiel dans le renouvellement de leurs objets d’étude. […] Il y a donc un rapport étroit entre la recherche historique et la mémoire collective, mais ces deux façons d’appréhender le passé ne peuvent pas être confondues. S’il est normal que les acteurs de la vie publique soient enclins à puiser dans l’histoire des arguments pour justifier leurs causes ou leurs intérêts, en tant qu’enseignants-chercheurs nous ne pouvons pas admettre l’instrumentalisation du passé. Nous devons nous efforcer de mettre à la disposition de tous les connaissances et les questionnements susceptibles de favoriser une meilleure compréhension de l’histoire, de manière à nourrir l’esprit critique des citoyens, tout en leur fournissant des éléments qui leur permettront d’enrichir leur propre jugement politique, au lieu de parler à leur place. »[1]

Bulletin d'adhésion à copier/coller dans un mail pour envoi électronique à 
fannymadeline[à]yahoo.fr

ou par courrier accompagné de votre règlement par chèque à l'ordre du CVUH à : 
Fanny Madeline, 13 rue Raymond Lefebvre 94250 Gentilly


      -        Nom :

-        Prénom :

-        Adresse électronique :

-        Adresse postale :


-        Situation professionnelle :




-        Centres d'intérêts particuliers :







-        Montant de la cotisation :
-        Étudiant(-e) : 15 euros
-         Autres : 30 euros





[1]             Manifeste du Comité de Vigilance face aux usages publics de l’histoire du 17 juin 2005

mercredi 4 mai 2011

Il faut sauver Robespierre ! appel à souscription


Dérogeant, en apparence, à nos objectifs, en prenant l’initiative de sauver des manuscrits historiques de la loi du marché, il nous a semblé nécessaire d’engager le CVUH dans cette voie afin de réaffirmer la nécessaire conservation publique de documents du passé, quelle qu’en soit la provenance. Il nous faut en effet protester vigoureusement contre les usages, scandaleusement privés, des sources de l’histoire, usages qui vont à l’encontre d’une histoire appartenant à tous. Aucun document historique, en effet, ne peut devenir propriété privée, à fortiori par un système de vente aux enchères. Le savoir n’est pas une marchandise, faut-il le rappeler. C’est pourquoi il nous importe de garder, à la disposition du public, les sources à partir desquelles l’histoire se pense et s’écrit. C’est tout particulièrement le cas lorsqu’il s’agit d’archives portant sur un événement et un acteur aussi déterminants pour l’écriture de l’histoire que la Révolution et que Robespierre. C’est l’Assemblée nationale constituante qui transforme dès 1790 ses propres papiers en Archives Nationales.

vendredi 29 avril 2011

L’histoire en miroir. Le "récit national" du PS. Par Thierry Hohl et Vincent Chambarlhac


Un programme socialiste inscrit dans un récit national ?
Le lecteur de Mediapart, puis Marianne 2, peut juger le point d’interrogation inutile ; un retour au texte du 30 mars 2011 (un document de travail téléchargeable sur le site du PS) complique singulièrement la perspective. Une courte recherche plein texte pointe l’absence, sur les 110 pages qui le constituent, du terme récit. Alors pourquoi cette présentation ? Qu’en saisir de l’air du temps ? Le JDD du 3 avril 2011 précise que le PS s’inscrit dans un récit national contre le déclin ; auparavantMediapart avait attribué l’expression de "récit national" à Guillaume Bachelay.

jeudi 3 février 2011

Les Tunisiens ne sont pas en 1789 ! ou impossible n’est pas tunisien. par Pierre Serna


Non la Tunisie n’est pas en 1789 ! Par pitié que l’on cesse d’instrumentaliser l’Histoire en mesurant l’histoire du monde à l’aune de l’histoire de France. La posture consciente ou non de Jean Tulard, dans Le Monde du 18 janvier, qui consiste à considérer les Tunisiens en face de leur 1789, relève d’une lecture post-colonialiste insultante au pire, condescendante, au mieux. Les tunisiens auraient 220 ans de retard sur l’histoire de France et découvriraient enfin les vertus de la liberté conquise. Eh bien non !