mercredi 17 avril 2019

Prochain atelier "Les mots du politique"



Le prochain atelier du CVUH, "Migrants, migrations, mobilités" aura lieu le mercredi 22 mai 2019, de 19h à 20h30, au Lieu Dit (4-6 rue Sorbier Paris 20e).


Avec les historiennes Michèle Riot-Sarcey et Claudia Moatti, et l'historien Gérard Noiriel.
 
« Migrants, migrations, mobilités » : cette longue histoire d’errance et de rejet, d’accueil et d’exclusion, de contrainte mais aussi de liberté, il importe d’en saisir la complexité et les enjeux, en confrontant les manières de dire et de faire dans le passé et dans le présent. Nous avons choisi de faire dialoguer deux grands connaisseurs de la question, professeurs et écrivains, Claudia Moatti, spécialiste d’histoire romaine, et Gérard Noiriel, historien du contemporain, tous deux enseignants-chercheurs, l’une à Paris 8, l’autre à l’Ehess. 


Gérard Noiriel :
« Mon intervention portera sur le processus d'institutionnalisation des mouvements migratoires à partir de la IIIe République : la connexion entre la question des migrants et la question des étrangers. Je parlerai de la mise en place de nouveaux moyens bureaucratiques pour empêcher les gens de circuler ; avec une attention particulière pour la situation des réfugiés.
Le lien avec la période actuelle sera fait en partant des enjeux du langage utilisé pour désigner les « migrants » (émigrants, immigrants, exilés, réfugiés, etc.) et en évoquant toutes les personnes qui meurent aujourd'hui parce qu'elles ne trouvent pas de pays d'accueil (comparaison avec les réfugiés des années 1930) ».


Claudia Moatti :
« Pour ma part, je débuterai par une analyse du langage concernant migrants et étrangers dans les mondes anciens, puis je présenterai quelques réflexions sur les modes d’encadrement des mobilités et migrations et sur la liberté de circuler en Méditerranée antique ; la dernière partie sera consacrée plus précisément au statut des réfugiés dans le monde romain, ce qui me permettra d’introduire une distinction fondamentale entre le refuge et l’hospitalité ».
 

Nous vous y attendons nombreux !




 

mercredi 27 mars 2019

Enregistrement audio de l'atelier du CVUH sur la liberté d'expression (5 mars 2019)


L'atelier du CVUH (Les mots du politique) sur "La liberté d’expression" s'est tenu le mardi 5 mars 2019  au Lieu Dit (Paris)

avec 

Nelcya Delanoë,
« Démocratie et liberté d’expression en 2019 aux États-Unis : la foire aux mots »

et Olivier Le Trocquer,
« École caserne, enseignants sous surveillance ? La liberté pédagogique en grand danger »,

membres du CVUH.


samedi 16 mars 2019

Captation audio de la journée d’étude: Le CVUH et les usages publics de l’histoire (20 octobre 2018)



Journée d’étude
Le CVUH et les usages publics de l’histoire
20 octobre 2018

Centre Malher – Amphi Dupuis
9 rue Malher, 75004 Paris


Introduction
Anne Jollet, vice-présidente du CVUH, Université de Poitiers
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Les politiques de mémoire, nouveau paradigme international
Sébastien Ledoux, Université Paris I 

Cette intervention interroge les processus de mondialisation de la mémoire depuis une quarantaine d’années. Ces processus produisent des normes sociales aux effets bénéfiques attendus aléatoires et induisent des politiques de prévention qui témoignent et renforcent une évolution de notre rapport au temps.
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Écriture de l’histoire et air du temps (Zeitgeist), la double instrumentalisation de l’antifascisme en Allemagne
Sonia Combe, centre Marc Bloch, Berlin

Étude de la naturalisation des contraintes qui pèsent sur l’écriture de l’histoire (contraintes idéologiques, académiques, air du temps) à partir de l’exemple de la réécriture de l’histoire de l’antifascisme. L’Europe de l’Est – et l’Allemagne en particulier – constituent un laboratoire pour l’observation de ces contraintes. Instrumentalisé par le régime communiste pour légitimer son pouvoir, après la réunification de l’Allemagne et la fin du communisme, le concept de fascisme / antifascisme disparaît au profit de celui de totalitarisme. À terme, le fascisme comme combat est à son tour délégitimé, réduit à n’avoir été qu’un mythe, tandis que l’approche totalitaire tend à mettre un signe d’équivalence entre les deux dictatures allemandes.
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Usages publics de l’histoire et engagement au Québec et au Canada
Laurent Colantonio, Université du Québec à Montréal

Cette communication présente deux projets collectifs, l’un en anglais (Active History), l’autre en français (Histoire Engagée), animés par de jeunes historiennes et historiens au Canada qui ont choisi d’intervenir hors du strict champ académique, pour inscrire résolument leur action dans la Cité. Comment envisagent-ils et pratiquent-ils « l’histoire engagée »? Quels enjeux, quels sujets les mobilisent particulièrement ? Telles sont quelques-unes des questions que je me suis posées, avec en arrière-plan la comparaison et les convergences possibles avec le CVUH.
Diaporama ActiveHistory / HistoireEngagée

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Le CVUH, l’histoire enseignée et ses finalités
Olivier Le Trocquer, Université Paris 1
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mercredi 13 mars 2019

Réduire la RDA à une dictature de même nature que l’Allemagne nazie favorise l’extrême droite


Placer sur un même plan la terreur nazie et le régime communiste est-allemand (RDA) se banalise, déplore l’historienne Sonia Combe, dans une tribune au « Monde » (27 février 2019)

Les manifestations de Chemnitz et Cottbus contre l’accueil des réfugiés et l’entrée du parti de l’extrême droite, l’AfD, au Bundestag, en 2018, ont mis fin à l’illusion que l’Allemagne était épargnée par le populisme. Le 14 février, lors d’une rencontre organisée à Berlin par la fondation Amadeu-Antonio, engagée dans la lutte contre l’extrême droite, le racisme et l’antisémitisme, une question a été posée : « Y aurait-il un lien entre la montée de l’extrême droite et la criminalisation de la République démocratique d’Allemagne (RDA) ? »
Hubertus Knabe, directeur du Mémorial de la prison de la Stasi (police politique du régime communiste de la RDA, créée en 1949) à Berlin-Hohenschönhausen, n’a jamais caché son but : montrer que la dictature est-allemande équivalait à la terreur nazie. Devenue un lieu mémoriel depuis la chute du Mur, l’ancienne prison accueille une exposition sur un Berlin en ruine en 1945. L’Armée rouge, qui vient de libérer la capitale du Reich, place en détention des nazis dans cette prison. Mais, l’exposition ne les présente pas en tant que tels, préférant les qualifier de « milliers d’innocents ». Aucune distinction n’est opérée entre la période de la Zone d’occupation soviétique (1945-1949) et la RDA. Ainsi, la même violence policière se serait exercée sans relâche de 1945 à 1989.

Visite de cellules

Lors de la visite des cellules, les guides ne manquent pas d’insister sur le fait que les effectifs de la Stasi étaient bien supérieurs à ceux de la Gestapo, la police politique du IIIe Reich. C’est vrai, la Gestapo n’avait pas besoin d’effectifs importants, puisqu’elle croulait sous les dénonciations spontanées. Comme l’a fait remarquer l’historien Klaus Bästlein lors de la journée d’étude du 14 février, cette vision réductrice de la RDA arrangeait tout le monde. La RDA n’aurait-elle pas été une dictature ? Que ce Mémorial de la prison de la Stasi, qui draine 500 000 visiteurs par an, soit devenu une visite obligatoire pour les lycéens allemands n’aurait donc ému personne !
En septembre 2018, Hubertus Knabe a été licencié. Ce ne sont pas ses prises de position idéologiques qui ont conduit à son licenciement. Pas davantage sa conduite envers le personnel du Mémorial, qui s’était plaint plus d’une fois de sa direction. Mais parce que des femmes ont porté plainte contre l’un de ses collaborateurs qui les harcelait sexuellement. Le directeur était au courant, mais n’avait rien fait. Il protégeait cette personne, comme il avait, un an auparavant, protégé un autre de ses collaborateurs dont il s’était avéré… qu’il était membre ou proche de l’AfD. Exit Knabe ! Mais à cette heure, ni l’exposition ni le discours des guides n’ont changé d’un iota.
Des mémoriaux qui véhiculent un discours de criminalisation de l’ex-RDA ne sont pas rares en Allemagne. A Cottbus, le Centre pour les droits de l’homme, situé sur l’emplacement d’une ancienne prison, présente aujourd’hui une exposition intitulée « Détention – travail forcé dans la prison 1933-1989 ». La chronologie, comme nous l’avons tous remarqué, ne marque pas de rupture entre la terreur nazie et la dictature est-allemande. Elle serait justifiée, dit-on, par le travail forcé, qui s’étalerait sur cinquante-six ans ! Jusqu’à présent, le travail forcé n’était associé qu’à la période du IIIe Reich. On avait tort ! En RDA, les prisonniers étaient aussi soumis au travail. Rappelons que c’est à Cottbus que se déroula en 2018 l’une des plus grandes manifestations contre les réfugiés.
De son côté, le Mémorial de Buchenwald fait bien la distinction entre le camp de concentration nazi et le camp spécial où les Soviétiques enfermaient en 1945 les petits comme les hauts responsables du régime nazi. Mais le Mémorial tient à remettre en question le rôle des prisonniers communistes. Idéalisés dans le récit officiel de la RDA, ces détenus communistes, appelés désormais « kapos rouges », sont marginalisés dans l’exposition principale à Buchenwald. Qu’ils aient sauvé 900 enfants, juifs pour la plupart, et que parmi eux certains aient reçu la médaille du Juste parmi les nations de Yad Vashem, cela n’a aujourd’hui aucune importance : ils ont été destitués du piédestal où la RDA les avait placés. Voici donc les anciens héros de la RDA à leur tour déboulonnés. Que reste-t-il du communisme ? De nos jours, on ne parle en Allemagne que du « mythe de l’antifascisme », alors que ce courant a été avant tout un combat.

Audacieux programme de politique mémorielle

A quelques mois des élections, la section berlinoise du Parti social-démocrate allemand (SPD), qui craint un naufrage électoral, a pris les devants. Elle entend rafler des voix à l’AfD avec un programme audacieux en matière de politique mémorielle. Elle propose la construction dans le centre de Berlin de deux mémoriaux : le premier serait dédié « aux victimes du communisme » ; le second est prévu sur l’ancien emplacement des locaux de la Stasi, afin de ne pas oublier ses crimes. D’après ce dernier projet, ce mémorial s’intitulerait « Topographie de la répression ». Que cherche au juste le SPD Berlinois ? Rivaliser d’une part avec les actuels lieux de mémoire, celui des juifs assassinés d’Europe, des Sintis et Roms, et d’autre part avec le Musée de la topographie de la terreur, situé sur l’ancien emplacement des locaux de la Gestapo ?
A réduire ainsi la RDA à une dictature de même nature que l’Allemagne nazie, peut-on encore s’étonner que dans ces lieux marqués par la désindustrialisation et un fort sentiment de déclassement, on en arrive à voter en faveur de l’extrême droite ? Qui sème le vent récolte la tempête !

Sonia Combe est historienne, membre du CVUH, spécialisée en histoire contemporaine des pays de l’Est. Elle travaille au Centre Marc Bloch, un centre franco-allemand de recherche en sciences humaines sociales situé à Berlin.