mardi 8 mai 2012

2 JUIN 2012 : prochaine journée d'étude du CVUH.

Tous à vos agendas ! 

Après une première journée d'étude le 21 janvier consacrée à "Histoire et médias" dont vous pouvez retrouver l'intégralité des interventions filmées ici,

le CVUH a la plaisir de vous convier à sa prochaine journée d'études consacrée au phénomène des séries télé dont le programme s'affiche ci-dessous. 

L'entrée est libre et gratuite.



mercredi 4 avril 2012

Et la France dans tout ça ? Par Suzanne Citron


Baptême de Clovis par St Rémi, parvis
de la cathédrale de Reims.

(texte lu à La Fabrique de l’histoire, France Culture, le 30/03/2012)

Tout ça c’est La Marseillaise sifflée au stade de France. C’est le mois de novembre 2005 quand des enfants, des adolescents, français pour la plupart mais le plus souvent d’ascendance immigrée, ont incendié des bâtiments construits pour les éduquer à la citoyenneté républicaine.
S’est-on vraiment interrogé sur ce symptôme, ce symbole d’un fantastique échec ? Comme si la mémoire collective avait refoulé l’interrogation.
Et la France, c’est quoi dans les programmes d’histoire de l’école et du collège, et dans la tête des élèves ? A-t-on mesuré l’écart qui pouvait exister entre le prescrit des hauteurs de la rue de Grenelle et le reçu dans les quartiers de relégation et aussi dans les autres ? A-t-on interrogé les psychiatres qui, dans les CMP, centres médico-psychologiques, entendent des adolescents en mal d’être leur dire : l’histoire j’y comprends rien.
Quel mode d’emploi du passé, pour reprendre le titre du beau livre d’Enzo Traverso ?
A l’école élémentaire. On croit que le roman national c’est fini parce que la tonalité héroïque et sentimentale n’est plus de mise. Mais les programmes reproduisent indéfiniment la configuration historiographique initiée au début de l’école républicaine pour nationaliser une France paysanne et multilingue. Aujourd’hui, au 21e siècle, après deux guerres mondiales, Vichy, la Shoah, la guerre d’Algérie, on veut toujours modeler l’imaginaire enfantin avec un récit de la nation conditionné par les codes épistémologiques, idéologiques, culturels du 19e siècle. L’histoire reste en filigrane celle d’une France hexagonale, pré-incarnée dans la Gaule, socle ontologique de l’avancée du temps. Un temps ponctué des origines à nos jours par une litanie de personnages incontournables et de séquences rituelles.
Le collège perpétue un temps conceptualisé dans la première moitié du 19e siècle quand l’histoire est devenue discipline académique. Cette périodisation eurocentrée – Antiquité, Moyen Age, Temps modernes – est le support du continuum prescrit par les instructions. C’est la base canonique de l’enchaînement des programmes de la 6e à la 3e. C’est l’enveloppe de la Raison d’Etat, qui a construit les histoires nationales sur l’exclusion des dominés, des vaincus, des autres.
Un grand débat serait-il sacrilège, mais sacrilège de quoi ? Comment gérer les mémoires en tension et en revendication dans la crise anthropologique d’un monde post industriel, post colonial, globalisé ?
Quels nouveaux outils, quelles démarches pour décoder un passé qui ait du sens, non pour les seules élites, mais pour les enfants d’une France diverse, métissée, complexe, chaotique, inégalitaire ? Comment forger un vouloir vivre ensemble, une identité collective orientée vers un projet d’avenir et de transformation ?
Un débat épistémologique et critique sur le vieux récit fétiche, sur le temps académique réifié, est-il possible sans susciter l’accusation d’assassiner l’histoire de France ?
Philippe Joutard, le maître d’œuvre du seul programme un peu novateur de l’école, celui de 2002, mis au rancart par Xavier Darcos, a lui-même reconnu la pesanteur des traditions. Comme si l’identité nationale reposait encore et toujours sur la défense d’Alésia, sur le mythique sacre de Clovis, sur l’usurpation d’Hugues Capet.
Couturer une histoire polyphonique de l’entité France dans un espace non plus gallo-centré mais mondialisé au départ, ajuster des temporalités multiples, trier des éclats du passé signifiants pour ceux qui les reçoivent, est-ce une inadmissible transgression ou l’injonction inéluctable du présent ?


vendredi 16 mars 2012

Pour quoi faire la Révolution : nouveau volume de la collection passé& présent.

Nouvelle publication CVUH/Agone dans la collection Passé&Présent :

POUR QUOI FAIRE LA RÉVOLUTION

par le collectif de l'Institut d'Histoire de la Révolution Française. 

est disponible en librairie depuis le 16 mars 2012.


Le nouveau volume de la collection Passé et Présent d'Agone, par le collectif de l'IHRF : J-L Chappey, Bernard Gainot, Guillaume Mazeau, Frédéric Régent, et Pierre Serna.

Alors que son legs est de plus en plus méconnu ou délibérément ignoré, la Révolution française n’est pourtant pas morte. De Tunis au Caire, de Tripoli à Sana’a, la révolution fait son retour dans l’histoire mondiale. Face au débat public que ces événements ont inspiré, les historiens ne peuvent se contenter d’une position de commentateurs. Les analogies paresseuses et anachroniques
entre révolution et totalitarisme ne convainquent aujourd’hui plus personne. Les temps ont changé et ils invitent à interroger ce phénomène historique qui, à intervalles réguliers, vient rompre le cours du temps pour renverser les puissants et inventer des régimes censés être plus justes pour le plus grand nombre. Il s’agit de regarder la révolution bien en face, avec ce qu’elle charrie de méprises et d’occasions manquées, pour lui redonner sa dimension de laboratoire du politique.

Les auteurs sont membres de l’Institut d’histoire de la Révolution française. Depuis sa fondation en 1937, l’IHRF a pour vocation de former les historiens français et étrangers travaillantsur la période révolutionnaire.

mercredi 22 février 2012

Compte rendu de l’Assemblée générale annuelle du CVUH du 11 février 2012.



10 présents : L. Colantonio, A. Jollet, S. et T. Aprile, F. Madeline, A. Chéry, F. Pompei, V. Servat, B. Dufal, N. Delanoë.


I/ Rapport moral
Présenté par Laurent Colantonio, président

Une période (janvier 2011-janvier 2012) marquée par un regain d’activité de l’association, qui augure d’une année 2012 toute aussi fructueuse.

La journée CVUH « médias et histoire », rue Malher, le 21 janvier 2012
Des interventions de qualité et des échanges fructueux, entre historiens et journalistes, et avec la salle (une 60aine de présents sur la journée). A renouveler !
La journée a été filmée par Aurore Chaillou (qui nous remercions chaleureusement). Les vidéos des interventions sont désormais en ligne sur le site du CVUH.
Un grand merci, pour l’organisation de cette journée et son intendance, à Fanny Madeline, Blaise Dufal, Nelcya Delanoë, Véronique Servat et Jean Vettraino.

Le CVUH à la Fête de l’Huma, 17 septembre 2011
« Que faire des manuscrits de Robespierre ? Enjeux politiques et scientifiques d’une conservation étatique », débat modéré par Blaise Dufal, avec les interventions d’Anne Jollet, Pierre Serna et Yann Potin. Devant un public bien garni.
Rappel : quelques mois plus tôt, le CVUH a participé (3000 euros) à la souscription nationale lancée pour l’acquisition de ces papiers.

Rencontres de Gennevilliers, « Etre d’ici et d’ailleurs », 25-26 novembre 2011, organisées par les Cahiers d’histoire et l’Université Populaire du 92.
Notre association était associée à l’événement, et plusieurs de nos membres sont intervenus dans les différents ateliers.

Des prises de position collectives
Un texte collectif, relatif au projet de loi pénalisant les génocides, et rappelant le point de vue du CVUH sur les lois dites mémorielles, a été rédigé fin décembre 2011. Il a ensuite été publié sur Mediapart. Il est désormais consultable sur notre site.
Le CVUH a aussi apporté son soutien à l’initiative d’une collègue géographe de l’université de Grenoble, Sarah Mekdjian, qui a alerté, en janvier dernier, sur le fait que depuis la rentrée de septembre, les candidats au concours de l’IEP Grenoble ont à étudier comme œuvre unique d’histoire au programme le livre de Daniel Lefeuvre, Pour en finir avec la repentance coloniale, sans aucune précision sur la nature polémique (à la fois sur le fait colonial et ses usages publics) et spécifique du livre en question, qui s’inscrit dans le cadre du débat public lancé par l’article 4 de la loi du 23 février 2005. Depuis, une note a été ajoutée sur le site de l’IEP Grenoble : « L’ouvrage de Daniel Lefeuvre est volontairement polémique. Il appelle donc à une lecture critique et ne doit en aucun cas être considéré comme une approbation par l’IEPG des thèses qu’il défend. Les candidats sont donc invités, dans leur préparation comme lors du concours, à replacer les opinions défendues par D. Lefeuvre dans une perspective critique ». Mais la bibliographie critique complémentaire, pourtant annoncée, n’est toujours pas en ligne.

Interventions médias/radios
Anne Jollet à la Fabrique de l’histoire (9/12/2011) : les usages politiques de Bismarck, etc.
Blaise Dufal est désormais notre « correspondant média ». Il reçoit, par téléphone, les sollicitations des médias, puis soit il y répond, soit il renvoie l’interlocuteur vers le/la ou les membres du CVUH susceptibles de répondre à la demande ponctuelle.

Le site a été alimenté par de nombreux articles
→ cf plus loin le point V/ Le site du CVUH.

Le 5e volume de la collection Passé & Présent : Pour quoi faire la Révolution est sous presse
Par l’équipe de l’IHRF. Parution le 16 mars 2012.
→ cf plus loin le point IV/ sur la collection.

La liste de diffusion.
On peut se réjouir que les informations et les débats y soient nombreux. Evitons toutefois les messages qui n’ont rien à voir avec les usages publics de l’histoire.


II/ Rapport financier
Présenté par Fanny Madeline, trésorière

La passation de la trésorerie s’est déroulée avec beaucoup de retard, entraînant une perte d’information (relevés de compte perdus), mais malgré ces petits détails presque inévitables, les choses sont maintenant bien en route.
Le compte en banque du CVUH dispose au 31 décembre 2011 de 8 968,96, sachant que quelques cotisations restent à encaisser (315 euros). Nous avions en compte au 31 décembre 2010 11 339 euros. Nous avons donc commencé à grignoter nos réserves bien que nous ayons eu très peu de frais cette année (pas de journée d’étude, seulement des participations à la fête de l’Huma, Journées de Gennevilliers, etc). Cette situation d’appauvrissement relatif est due à la baisse de 50% des DA d’Agone par rapport aux autres années mais aussi à d’importantes dépenses.
Concernant les recettes, nos deux sources principales de financement demeurent les DA d’Agone et les adhésions. De ce côté, les DA devraient être relancés par la parution de « Pour quoi faire la révolution ? » et éventuellement par la campagne présidentielle, si l’histoire est encore conviée dans les discours de campagne. Concernant les adhésions, elles sont contre toute attente, légèrement supérieures au niveau de l’an dernier grâce à de nouvelles adhésions (5 dont 2 étudiants), mais des efforts sont encore certainement à faire du côté des renouvellements. En tout cas, on peut se poser des questions quant au très fort taux de non-renouvellement des cotisations.
Concernant les dépenses, outre les frais de routine, tels que la location de la salle pour l’AG rue Vitruve, et des frais de secrétariat (frais postaux essentiellement), nous avons été relativement généreux avec les associations : études robespierristes (3 000 euros) et l’association DSF de Michel Coquery (300 euros)
En conclusion, nous avons encore pas mal d’argent et nous continuons à entamer de nouvelles dépenses notamment pour les journées d’études Histoire et Média. Notre situation reste d’autant plus confortable que des prévisions de recettes sont à venir.


III/ Les projets

La 2e journée « Histoire et médias », coordonnée par Fanny Madeline et Aurore Chéry, se déroulera le 2 juin 2012, rue Malher : « Histoire et fiction à l’écran : problèmes et enjeux de la scénarisation de l’histoire dans les séries TV. » Le programme de la journée devrait bientôt circuler.

Blois – Rendez-vous de l’histoire 2012. Cette année, le CVUH sera présent (peut-être un stand commun avec Agone ?) et proposera un débat autour du livre Pour quoi faire la révolution, en présence des auteurs et d’autres membres du CVUH qui souhaiteraient intervenir. Sylvie Aprile sera notre relais auprès des organisateurs des Rendez-vous de l’Histoire.

Nous envisageons de promouvoir le CVUH et Pour quoi faire la révolution en organisant des rencontres dans des librairies parisiennes et en province. Véronique Servat accepte de se charger de contacter les auteurs du livre (pour faire le point sur leurs disponibilités) et de coordonner les initiatives auprès des libraires. N’hésitez pas à la contacter si vous avez des idées.

Agone – Collection Passé & Présent. Pour 2013, un 6e volume est pré-programmé, qui portera sur les usages publics de l’histoire en Europe (projet coordonné par Laurent Colantonio et Anne Jollet). Pour la suite, nous envisageons aussi une publication qui reprendrait l’essentiel de la 2e journée d’étude « Histoire et médias », ainsi que certaines des contributions de la 1e journée « Histoire et médias ».
Par ailleurs, nous invitons les membres du CVUH à soumettre au CA de nouvelles propositions de livre. Nous les encourageons aussi à proposer des articles pour le site.

Nous avons décidé de traduire le Manifeste du CVUH en plusieurs langues (anglais, allemand, espagnol, hongrois, arabe…), afin d’augmenter notre visibilité internationale et, pourquoi pas, de faciliter les contacts et les initiatives conjointes avec des collègues hors de nos frontières. L’association peut payer les traductions (le manifeste n’est pas très long), à condition que le traducteur nous fournisse une facture en bonne et due forme. Dès que vous avez un contact sérieux, merci de prévenir Laurent Colantonio, pour éviter les doublons.

Nous avons également décidé de relancer la création d’un logo, d’un flyer d’adhésion et d’une charte graphique pour le site du CVUH. Nous avons demandé un devis à un designer indépendant (voir http://morganthomas.fr) qui viendra nous proposer ses projets lors de la prochaine réunion


IV/ Bilan et perspectives de la collection Passé & Présent
Par Philippe Olivera, co-directeur de collection avec Thomas Loué

La collection est sur le point de compter un 5e titre qui paraîtra le 16 mars prochain (Pour quoi faire la Révolution, par les membres de l’Institut d’histoire de la Révolution française)
Après 1 titre en 2007, 1 titre en 2008, 2 titres en 2009, et aucun en 2010 et 2011, il y aura donc un nouvel ouvrage en 2012 ; et pour 2013, un autre titre est déjà pré-programmé, issu de la journée d’études organisée par le CVUH en avril 2009 sur « les usages publics de l’histoire en Europe » (projet coordonné par Laurent Colantonio et Anne Jollet).
Par ailleurs, il a été acté, lors de la dernière assemblée générale du CVUH, qu’il serait également possible d’inclure dans la collection « Passé & Présent » des ouvrages qui ne seraient pas directement issus de l’activité du CVUH (dès lors que leur esprit s’inscrirait dans celui de l’association et que leur auteur accepterait d’associer le CVUH à son ouvrage sous des formes à définir). Cette ouverture semble souhaitable afin de continuer à alimenter la collection en ouvrages d’un seul auteur, afin de retrouver l’équilibre des premiers temps entre livres collectifs et livres d’un seul auteur. Les directeurs de collection présenteront prochainement aux instances du CVUH certaines pistes susceptibles d’être poursuivies dans ce sens.

Voici les chiffres de vente à ce jour (jusqu’au mois d’octobre 2011 compris, et sans compter les ventes en Suisse et au Canada) :


2007
2008
2009
2010
2011
total
A quoi sert l’identité nationale
3574
1975
1260
1076
277
8162
Comment Nicolas Sarkozy…

3542
415
220
58
4235
Les enjeux politiques de l’histoire…


1664
372
201
2237
La Fabrique scolaire de l’histoire…


1295
293
134
1722
Total
3574
5517
4634
1961
670
16356

Avec un nouveau titre en 2012, nous pouvons raisonnablement compter sur l’interruption de la baisse des ventes de la collection due à l’absence de nouveauté pendant deux années consécutives.

Point important :
Pour des raisons d’équilibre financier et dans le contexte difficile que connaît le marché du livre depuis au moins 2009, la maison Agone a décidé de s’aligner sur les pratiques les plus couramment en vigueur dans l’édition de sciences humaines en matière de droit d’auteur. Il est donc à prévoir que les droits proposés pour les ouvrages à venir seront donc désormais de 8% (à la place de 10% actuellement). La proposition sera faite dans les formes le moment venu, mais je voulais d’ores et déjà en aviser l’assemblée générale.

Pour les éventuels ouvrages à venir, je rappelle que l’expérience montre à quel point il est important de les faire émerger longtemps en amont (surtout s’il s’agit d’ouvrages collectifs). Nous sommes maintenant familiers du fonctionnement de la maison Agone qui fixe en novembre le programme de ses parutions de l’ensemble de l’année suivante, ce qui suppose de disposer de manuscrits sinon achevés, du moins près de l’être au retour des vacances d’été pour parution dans la cours de l’année civile suivante.
Autre argument pour faire émerger très tôt les projets : l’expérience a montré qu’il était tout à fait possible de prévoir deux titres dans le cours d’une année (ce fut le cas en 2009), mais à condition que la « place » soit réservée assez tôt dans un programme éditorial qui ne dépasse jamais 20 ouvrages par an et qui se trouve donc facilement encombré.

Ces rappels faits, la direction de collection invite bien sûr comme chaque année les membres du CVUH motivées par un projet de publication de prendre contact avec elle pour le mener à bien.

Pour la direction de collection
Philippe Olivera


V/ Le site du CVUH
Véronique Servat, secrétaire et webmestre
Le site, depuis son transfert à l’été 2010 chez l’hébergeur Blogspot, comptabilise un peu plus de 27 000 pages vues. Cette fréquentation atteste d’une reprise de l’activité de l’association (15 articles publiés en 2010, 18 en 2011, et déjà 7 pour 2012). Il faut donc poursuivre en ce sens. Le site compte 13 abonnés permanents (12 si on enlève la webmestre).

La fréquentation du site connaît une évolution très positive : on passe de 103 pages vues en mai 2011 à 4000 pages vues en octobre 2011, pour atteindre un pic à presque 7500 pages vues en janvier 2012.

Depuis le transfert du site on voit que les articles les plus lus ne sont pas ceux qui sont les plus récents, l’effet blog ne joue donc pas pleinement sur les archives du CVUH, c'est-à-dire que les visiteurs ne consultent pas uniquement les derniers articles en ligne : ainsi dans le top 5 la contribution de JP Chrétien sur le génocide arménien et l’écriture de l’histoire ainsi que celle sur l’Iep Grenoble sont les plus récentes. On trouve aussi dans ce classement de tête des articles datant de septembre 2011 sur « l’histoire de France fétiche  de la Nation » ou sur « l’enseignement de l’histoire ancienne ». Enfin,   l’article de Laurent Conlantonio sur Obama est le plus lu à ce jour.
Rappelons qu’un certain nombre d’échanges très longs via la liste de diffusion mériteraient parfois d’être proposés sous forme d’articles pour le site. Le principe de « confectionner » des contributions pour le site à partir de plusieurs points de vue exprimés sur la liste de diffusion et rassemblés, pour l’essentiel et avec l’accord des auteurs, en un seul, a été approuvé par le Conseil d’Administration.




La prochaine réunion du CVUH a été fixée au vendredi 13 avril prochain, à 18h30, à l’EHESS (105, bld Raspail, salle à préciser). 

Il y sera notamment question de l’organisation de la journée d’étude du 2 juin, du logo, des rencontres dans les librairies et du point sur les droits d’auteur soulevé par Philippe. Nous vous y attendons nombreux !

dimanche 29 janvier 2012

Journée d'études du CVUH - "Histoire et médias" en ligne.

Vidéos des interventions lors de la journée d'études du CVUH  le 21 janvier 2012 :
"Histoire et médias" 



  • "Histoire et médias" : introduction de Gérard Noiriel (CVUH).



  • "Polémiques scientifiques et scandales médiatiques, retour sur l'affaire Gouguenheim" par Blaise Dufal (CVUH) et et "A propos du dernier prix Goncourt : l'art de la guerre" par Anna Topaloff (Marianne).



  • "La médiatisation du colonial autour des années 2000" par Laurence de Cock (CVUH) et Antoinette Delafin (RFI).







  • "La mémoire du 11 septembre 2001, et l'histoire dans tout ça?" par Nelcya Delanoë (CVUH) et Jean-Paul Piérot (L'Humanité).









Retrouvez toutes les vidéos de la journée d'étude via le vidéowall :


jeudi 26 janvier 2012

Assemblée générale du CVUH

Le CVUH a le plaisir de vous informer de la tenue de

L’ASSEMBLEE GENERALE ANNUELLE DE L’ASSOCIATION
SAMEDI 11 FEVRIER 2012

à 10h
au 105 boulevard Raspail, 75006 Paris
Salle 8


Ordre du jour :

- Rapport moral
- Rapport financier
- Projets
- Collection Passé&Présent
- Le site du CVUH
- Questions diverses


dimanche 22 janvier 2012

La mémoire historique en Russie, 20 ans après la fin de l'URSS.

V.S. Izmozik, S.N. Rudnik, Istorija Rossii (Histoire de la Russie),
manuel de 11e année, Moscou, Ventana-Graf, 2009


par Korine Amacher, Historienne, Université de Genève.





(Une première version de cet article a été publiée dans le journal La Cité, Suisse romande, le 23 décembre 2011)







Dans l’espace postcommuniste, où ont eu lieu il y a vingt ans des bouleversements politiques ayant engendré la formation de nouveaux Etats, la réécriture de l’histoire est un phénomène majeur. Jusqu’à aujourd’hui, on observe une ressaisie du passé, une réinterprétation d’épisodes historiques. Le passé est convoqué tant par les élites politiques, qui, en faisant usage du passé, justifient une posture idéologique et légitiment un projet politique, que par l’espace public (intellectuels, médias, opinions publiques, historiographie), qui puise dans l’histoire ce dont il a besoin. Il est donc malaisé de discerner la part qui revient à chaque acteur dans ce processus complexe de réécriture de l’histoire. Enfin, alors qu’ailleurs, la tendance historiographique est à l’histoire « globale », « transnationale », « connectée » ou « croisée » (les termes utilisés varient en fonction des démarches, mais il s’agit à chaque fois d’une mise à distance des « grands récits » de la nation), dans les Etats qui ont émergé des ruines du communisme, les histoires nationales restent prioritaires. L’Autre (souvent l’Empire russe et l’URSS) y est décrit comme un agresseur contre lequel il a toujours fallu se défendre pour conserver son « identité nationale ».


Vingt ans après la chute des régimes communistes, l’activité reste fébrile. La réinvention, la réinterprétation de l’histoire n’est pas achevée : des figures considérées hier comme des traîtres et des ennemis du peuple occupent une place d’honneur dans les nouveaux panthéons nationaux. Des anciens monuments sont encore déplacés, d’autres sont élevés, des rues changent de nom alors que des places gardent ostensiblement leurs références de l’époque communiste.

En Russie, pays qui nous intéressera ici, ce sont les bolcheviks, perçus à l’époque soviétique comme des héros, qui ont été déboulonnés les premiers, transformés en individus fanatiques cruels et destructeurs. Cette vision négative de la « grande révolution socialiste d’Octobre » et de ses auteurs s’est répercutée sur une partie des nouveaux manuels d’histoire, publiés dès 1993. Comme l’ont montré les études de chercheurs tant russes qu’occidentaux, la Russie a redécouvert son passé tsariste et certains de ses dirigeants : Pierre le Grand, qui est perçu jusqu’à maintenant comme un tsar qui a transformé d’une main de fer la Russie en un Empire puissant et moderne, et dont on pardonne toutes les violences commises au nom de cette « modernisation », terme sur toutes les lèvres des hommes politiques de ces dernières années. Citons aussi le dernier tsar de Russie, Nicolas II, béatifié en 2000 dans une relative indifférence d’ailleurs, ce qui montre que la revalorisation du passé prérévolutionnaire réalisée durant les années 1990 était si déliée de la réalité que la société russe n’y a pas vraiment cru. En effet, difficile d’adhérer aux récits idéalisés d’une Russie tsariste qui marchait au début du 20e siècle vers le progrès de type occidental, comme était censée le faire la Russie de Eltsine, alors que la population se débattait dans une crise économique et sociale profonde et qu’une minorité s’accaparait les richesses du pays.

En Russie, le processus de réécriture de l’histoire n’a pas été linéaire. Il est complexe, inapaisé. Et surtout inachevé. S’y livre ce que certains appellent une « concurrence des mémoires ». Les grandes figures politiques (surtout autoritaires) du tsarisme sont réhabilitées, mais de nombreuses rues portent encore les noms des chefs des grandes révoltes cosaques qui ont fait trembler l’édifice impérial, ainsi que ceux des révolutionnaires qui ont lutté contre le tsarisme. En février 2011, à l’occasion du 150e anniversaire de l’abolition du servage en Russie, Dimitri Medvedev s’est affiché comme le continuateur d’Alexandre II, le tsar réformateur dont l’interprétation a toujours été ambivalente en Russie et sur lequel il a prononcé un discours dithyrambique : « aujourd’hui, nous tentons de développer nos institutions démocratiques, qui sont loin d’être parfaites. Nous tentons de transformer notre économie, nous changeons notre système politique. Au fond, nous continuons de suivre la voie qui a été tracée il y a un siècle et demi. J’aimerais attirer votre attention sur le fait que ce ne sont ni les fantaisies au sujet d’une voie particulière pour notre pays, ni l’expérimentation soviétique qui se sont avérées viables, mais le projet de développement normal et humain conçu par Alexandre II. En fin de compte, à l’échelle historique, c’est lui qui a eu raison, non pas Nicolas Ier ni Staline non plus »[1]. Pourtant, en prononçant son discours, Medvedev oubliait que dans certaines villes de Russie, des rues centrales portent encore les noms des terroristes qui ont assassiné le tsar en 1881. Ainsi, à Tver, une des grandes rues du centre de la ville s’appelle Jeliabov, nom du révolutionnaire responsable de l’attentat.

Les figures historiques qui résistent le mieux en Russie sont celles de l’époque impériale ou soviétique (l’idéologie n’a plus guère d’importance) qui évoquent la puissance, la gloire et la force : militaire, politique ou technique. Le meilleur exemple d’un héros universel est celui de Iouri Gagarine, le premier homme à avoir réalisé un vol dans l’espace en 1961. De l’époque soviétique à l’époque actuelle, pas un manuel d’histoire sans Gagarine, pas une ville sans rue, monument ou place Gagarine. Il incarne les forces et les réussites de l’URSS, et il est un héros tant officiel que populaire (sa mort tragique à 34 ans en 1968 n’est pas étrangère à ce phénomène). Surtout, Gagarine ne suscite aucune polémique. Il n’est pas lié à la Seconde guerre mondiale, dont la mémoire divise et ramène à Staline. Il est un héros pur, politiquement neutre, incarnation de qualités admirables, acceptables pour tous. En mai 2011, la Douma de Moscou a même évoqué la possibilité que la monumentale statue de Gagarine, qui orne depuis 1980 la place du même nom, soit déplacée à la place Loubianka au centre de Moscou, là où siège le bâtiment du KGB. Là où, jusqu’en 1991, s’élevait le monument de Félix Dzerjinski, fondateur de la police politique de l’Etat bolchevique dont le portrait orne encore de nombreux bureaux du FSB. Finalement, il a été décidé de laisser le cosmonaute là où il est. Un des arguments invoqués était le fait que déplacer Gagarine devant le siège du KGB allait, nolens volens, l’impliquer dans les débats qui divisent douloureusement la société. Il aurait en quelque sorte perdu sa pureté, ce que personne ne voulait. La mémoire « sombre » du KGB allait « jeter une ombre » sur celle du premier cosmonaute : « que viendrait faire Gagarine sur la place Loubianka ? Est-il coupable de quelque chose ?! s’est même exclamée en riant une passante moscovite interrogée. Un autre passant a expliqué que Gagarine « n’était pas un homme du KGB, il n’a donc rien à faire à la Loubianka »[2].

Le centre de la place Loubianka est donc resté vide, même si une partie des Moscovites interrogés ont souligné qu’ils verraient positivement le retour du « Félix de Fer » sur cette place qui portait autrefois son nom. Ce qui provoque à chaque discussion à ce sujet des réactions scandalisées dans les milieux proches de l’association Memorial, qui lutte pour la mémoire des victimes des répressions du régime soviétique : « nous sommes fermement opposés au retour du ‘Félix de Fer’ », s’est exprimé Arseni Roginski, président de l’association. « Les personnes qui ont collaboré à l’organisation de la terreur n’ont pas à être célébrées dans l’espace public »[3]. Les sympathisants de Memorial, eux, se réunissent chaque année autour de la pierre de Solovki érigée en face de l’écrasant édifice du KGB. Mais ce premier monument aux victimes des répressions à avoir été érigé dans la capitale (en 1990) ne peut faire concurrence au KGB : trop modeste, elle est reléguée dans un petit square qui jouxte la place Loubianka, à l’abri des regards. En cela, elle symbolise fort bien la place octroyée en Russie à la mémoire des répressions.

Quant à Staline, il reste pour un grand nombre de citoyens russes le plus grand héros national, même si aucune réhabilitation officielle n’a lieu, malgré les signaux relevés par les observateurs (publication de manuels d’histoire qui justifient la politique de Staline, rétablissement de la phrase à son honneur dans une station de métro de Moscou, apparition de « stalinobus » lors des commémorations de la Victoire, etc.). Dimitri Medvedev a souligné dans plusieurs discours qu’il n’y avait pas, en Russie, de retour au stalinisme ou à certaines de ses valeurs, et que les répressions staliniennes constituaient une des plus grandes tragédies de l’histoire de la Russie. Surtout, dans un entretien en mai 2010, le président a souligné qu’il s’agissait d’un point de vue officiel. Telle est « l’idéologie de l’État, et mon avis en tant que Président de la Fédération de Russie ». Les individus ont certes le droit d’aimer ou de haïr Staline, a-t-il évoqué. Toutefois, ces « appréciations personnelles ne doivent pas influencer le point de vue de l’État »[4].

Staline est même parfois ostensiblement et étrangement absent. Ainsi, dans les écoles de Moscou, le premier cours de l’année 2009-2010 devait être consacré au thème de la Victoire, de même que le premier cours de 2010-2011, mais cette fois entendu comme les « grandes victoires du peuple russe ». Pour les aider, les enseignants avaient des recommandations méthodiques du département de l’Instruction de Moscou : la leçon, y lit-on, « doit amener les écoliers à la conclusion que la Russie a une histoire glorieuse, que les Russes peuvent en être fiers et se représenter comme un peuple-vainqueur »[5]. Or dans les 192 pages de recommandations de l’année 2009-2010, le nom de Staline n’apparaît que trois fois : une fois aux côtés de Churchill et Roosevelt, une autre fois lorsqu’est cité le discours prononcé par Staline à la radio le 3 juillet 1941, et une troisième fois lorsque il est question du grand concours organisé en décembre 2008 pour choisir le héros national de la Russie et qui avait vu Staline obtenir la troisième place. Certes, l’absence de Staline dans ce document souligne avant tout un malaise, et il a pu sembler plus simple aux auteurs d’éluder le problème plutôt que de l’affronter. Les enseignants auront donc pu donner un cours sur la Victoire aux écoliers sans aborder le rôle de Staline durant la guerre.

C’est au demeurant la mémoire de la « grande guerre patriotique » qui est au centre des désaccords entre la Russie et ses voisins. Des pays qui avaient auparavant une vision commune (imposée par Moscou) de la Victoire se divisent désormais violemment. Parfois, c’est à l’intérieur d’un même pays que les différentes mémoires de la guerre s’entrechoquent, que les interprétations divergent. Ainsi, en Galicie, une région d’Ukraine qui a longtemps été sous influence polonaise et qui a été annexée à l’Ukraine soviétique en 1939, les statues de Lénine ont été remplacées par celles des dirigeants de l’Organisation des nationalistes ukrainiens (OUN) et de l’Armée insurrectionnelle ukrainienne (UPA). La résistance « nationale » à l’occupation tant soviétique que nazie y est mise en avant, alors que d’autres faits, moins glorieux, notamment les crimes de guerre commis à l’encontre des populations polonaise et juive, sont « oubliés ». C’est pourquoi tant en Pologne que dans les régions d’Ukraine dont l’histoire s’est faite dans le giron de la Russie puis de l’URSS (et où les statues de Lénine n’ont en revanche pas disparu), les dirigeants nationalistes ukrainiens, élevés au rang de véritables héros en Galicie, sont perçus de façon négative[6].

C’est devenu un lieu commun que d’affirmer l’importance de la construction d’une mémoire historique partagée, afin que le passé devienne réellement le passé. Des historiens, en Russie, tentent de le faire, parfois sous l’égide d’Instituts académiques ouverts à ces démarches historiographiques, parfois de façon indépendante. Des commissions d’historiens, russes, polonais, ukrainiens, oeuvrent à l’écriture d’ouvrages historiques et de manuels d’histoire communs. En cela, ils vont à l’encontre des narrations nationales, qui, par définition, sont des récits « fermés ». Et si, en Russie, l’instrumentalisation de l’histoire par les pouvoirs politiques est réelle, les historiographies savantes ont plutôt tendance à converger. On le voit en ce qui concerne l’histoire du stalinisme, ou celle de l’Empire de Russie et de ses politiques nationales, deux thématiques qui ont engendré de nombreuses et excellentes études. Reste, bien sûr, le problème de leur impact, minime, sur la société. La relation entre l’histoire académique et la recherche d’une part, l’enseignement et l’usage public du passé d’autre part, est un enjeu majeur, et il le restera durablement. Toutefois, la Russie a beau être un cas exemplaire, elle n’en est pas pour autant une exception dans un espace européen traversé un peu partout par des enjeux et des tensions entre historiographie savante et usage public de l’histoire.


Korine Amacher
Historienne
Université de Genève


[1] http://www.kremlin.ru/news/10506
[2] http://www.interfax.ru/print.asp?sec=1496&id=189289
[3] http://www.interfax.ru/print.asp?sec=1496&id=189289
[4] http://kremlin.ru/transcripts/7659.
[5] http://omczo.org/
[6] Au sujet de la mémoire historique en Ukraine, cf. en particulier Andreï Portnov, Exercices avec l’histoire de l’Ukraine à la façon ukrainienne, Moscou, 2010 (ouvrage en russe).